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Hélène Pauliat (Unilim) : “Faire communauté ne signifie pas fusionner”

Isabelle Dautresme
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Université de Limoges. Hélène Pauliat // © Isabelle Dautresme
Université de Limoges. Hélène Pauliat // © Isabelle Dautresme // ©  Isabelle Dautresme

À la tête de l'université de Limoges depuis 2012, Hélène Pauliat est également présidente de la commission des moyens et des personnels de la CPU (Conférence des présidents d'université). Des questions budgétaires à celle de la deuxième vague des Idex, en passant par la délicate mise en place de la Comue, la présidente fait le point, pour EducPros, sur ses ambitions pour son établissement.

De nombreuses universités ont eu du mal à boucler l'année. Dans quelle situation se trouve l'Unilim ?

Nous avons terminé l'année 2013 juste à l'équilibre. Concernant 2014, la lettre de cadrage et d'orientation budgétaire prévoit une réduction de la masse salariale d'un million d'euros (sur un budget total de 156 millions d'euros). L'idée est de dégager des marges de maœuvre suffisantes pour pouvoir faire face aux dépenses de fonctionnement. La maintenance est en effet en déshérence, depuis plusieurs années. Le problème, c'est que l'État prend des décisions sur la masse salariale, comme la revalorisation des catégorie B et C, qui ont un impact sur notre budget sans que nous ayons pu les prévoir et sans compensations.

Comment comptez-vous réduire le montant de la masse salariale ?

Nous disposons de quelques leviers. Le premier concerne les contractuels. Mais nous pouvons également agir sur les heures complémentaires et le niveau des recrutements. Pour l'heure, il n'est pas question de toucher au nombre de postes, ni à l'offre de formation. Les effectifs en TD ne doubleront pas sous prétexte qu'il faut faire des économies. En revanche, la question se pose pour les options à très petits effectifs. J'ai demandé aux doyens et directeurs de chaque composante d'établir la liste de ces options. Nous prendrons une décision au cas par cas.

L'Unilim présente la particularité d'être "éclatée" sur 13 sites. N'y a-t-il pas là des sources d'économies possibles ?

Dans un premier temps, nous avons cherché à rationaliser l'organisation. Nous avons, par exemple, décidé qu'il y aurait un responsable pour chaque site et non un par composante. Cela nous a permis non seulement de faire des économies mais aussi de gagner en lisibilité. Nous avons également cherché à renforcer l'identité de chacun des sites en les "spécialisant". À la Creuse, la domotique, et à la Corrèze, le génie civil, par exemple. Il faut éviter de donner l'impression que, sur un territoire réduit, on fait des doublons très gourmands en moyens.

Les effectifs en TD ne doubleront pas sous prétexte qu'il faut faire des économies.

Où en êtes-vous concernant la Comue (communauté d'universités et établissements) qui doit rassembler cinq universités : Limoges, Poitiers, Tours, La Rochelle et Orléans ?

Nous devrions être prêts pour le 22 juillet 2014. Nous avons mis en place des groupes de travail et discutons beaucoup. Pour l'heure, il n'y a pas de points de blocage. Sur la partie scientifique correspondant au projet Idex, nous nous orientons vers une gouvernance relativement intégrée. Pour le reste, nous n'en n'avons pas encore parlé. Il nous a semblé essentiel de définir un projet avant de réfléchir à la structure. Dans tous les cas, cette dernière devra impérativement être légère, du fait, notamment, de la distance.

Qu'attendez-vous de cette Comue ?

Tout d'abord, une plus grande visibilité, notamment à l'international. Rien qu'au niveau de l'Idex, si nous voulons avoir quelques chances de l'emporter, nous n'avons pas d'autre choix que de nous regrouper. À cinq universités et trois régions, nous sommes plus forts à tous les niveaux : scientifique, économique... Nous devenons ainsi crédibles.

Obnubilés par la crainte de ne pas parvenir à boucler notre budget, nous avons eu tendance à "négliger" les hommes

Que comptez-vous mettre dans la Comue ?

La formation. On s'interroge sur des licences et des masters communs. La recherche, l'international et le numérique font également l'objet d'une réflexion. Nous réfléchissons également à une mise en cohérence des Espé (écoles supérieures du professorat et de l'éducation).

Le fait que la Comue soit sur trois régions, au moins jusqu'en 2020, a-t-il entraîné des difficultés supplémentaires ?

Il a clairement fallu tenir compte de la position des présidents de région et prendre le temps de discuter avec eux. Pour les tenir informés en permanence, nous avons décidé de monter, parallèlement à la Comue, une conférence interrégionale de l'enseignement supérieur qui réunit les responsables d'établissement et les présidents de région.

C'était d'autant plus important pour nous que nous sommes dans une situation un peu particulière : l'Unilim est, pour l'heure, la seule université de la région Limousin. Le conseil régional y est donc très attaché. D'où sa crainte de voir l'identité de l'université se perdre dans la Comue. Or, ce n'est pas le cas. Faire communauté ne signifie pas fusionner. Nous resterons une université de plein exercice.

Vous êtes à mi-mandat, quelles sont vos priorités pour les deux années à venir ?

Mon premier objectif est de réussir la Comue et l'Idex. Mais un autre chantier m'attend, celui des ressources humaines. Maintenant que j'ai un peu de recul sur la LRU et le passage aux RCE (responsabilités et compétences élargies), j'ai tendance à penser que l'on a trop mis l'accent sur la finance et la comptabilité.

Obnubilés par la crainte de ne pas parvenir à boucler notre budget, nous avons eu tendance à "négliger" les hommes : la gestion du personnel, la formation, l'action sociale... Aujourd'hui, je souhaite que l'université de Limoges mette en place une véritable politique de ressources humaines. Nous devons réfléchir à ce que sera l'université de Limoges dans cinq ou dix ans. Quels sont les métiers qui vont évoluer ? De quels emplois allons-nous avoir besoin ? Tout cela doit se faire dans le cadre d'un dialogue social vraiment construit.


Isabelle Dautresme | Publié le

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