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François-Noël Gilly (Lyon 1) : "La création d'une communauté d'universités est loin d'être une évidence pour nous"

Sophie Blitman
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François-Noël Gilly, président de l'université Lyon 1 © Service Communication / UCBL
François-Noël Gilly, président de l'université Lyon 1 © Service Communication / UCBL

Professeur des universités et praticien hospitalier, François-Noël Gilly est président de l’université Lyon 1 depuis mars 2012. Entre refonte budgétaire et relance du plan Campus, il fait le point pour EducPros sur ses priorités : les conséquences de la loi ESR pour son établissement, le budget et le plan campus.

Qu'attendez-vous de la loi sur l'enseignement supérieur et la recherche qui doit entrer en vigueur d'ici l'été ?

Sincèrement pas grand-chose… Outre le fait de devoir gérer cette précipitation à la réforme qui sévit depuis plusieurs années, la création d'une communauté d'universités est loin d'être une évidence pour nous. En effet, l'ensemble universitaire Lyon-Saint-Étienne rassemble 130.000 étudiants. Notre taille n'est certes pas comparable à l'Île-de-France, mais elle ne l'est pas non plus au reste de la province. La loi ESR va faire une exception pour les académies de Paris, Créteil et Versailles, elle aurait pu en faire une pour Lyon-Saint-Étienne en proposant de constituer deux communautés.
Ni Lyon 1 ni les autres établissements lyonnais ne souhaitent une fusion. Nous sommes tous favorables à des rapprochements, mais ne voulons pas créer un grand mastodonte ingouvernable en raison du nombre gigantesque de composantes et de sites ! Pour autant, nous sommes prêts à aller beaucoup plus loin que personne n'est jamais allé. Ainsi, fin 2012, l'INSA et Lyon 1, qui partagent le même campus, ont proposé au ministère de créer un établissement unique mais le projet a été refusé. Nous allons néanmoins continuer à travailler ensemble : nous avons déjà des services administratifs communs, par exemple pour la gestion des déchets et les achats, ainsi que des collaborations sur le plan de la recherche et de la formation. Nous souhaitons développer ces actions.

Nous ne voulons pas créer un grand mastodonte ingouvernable

Dans un contexte économique tendu, quelle est la situation financière de Lyon 1 ?

Lyon 1 a la chance d'être un grand établissement avec une importante activité de recherche. Nous sommes sur des secteurs, les sciences et la santé, qui n'ont pas trop de difficultés à lever des fonds. Nos deux filiales, Ezus pour la gestion des contrats privés et LIP [Lyon ingénierie projets] pour la valorisation et le transfert technologique, récoltent chacune environ 40 millions d'euros par an. Des montants qui doivent cependant couvrir des coûts de structure et de fonctionnement, et qui sont fléchés vers des équipes ou des laboratoires précis.

Mais cela signifie simplement que nous allons souffrir avec un certain retard par rapport à d'autres. Nous avons en effet pris de plein fouet la réduction de dotation de 2012, qui va vraisemblablement être suivie d'une nouvelle baisse en 2013, en raison notamment de la contribution au redressement des comptes de l'État. Notre résultat budgétaire annuel tend vers zéro et nous allons devoir puiser dans le fonds de roulement. D'ores et déjà, nous avons réduit la voilure sans, pour l'instant, geler de postes ni toucher à la recherche.

Où avez-vous trouvé des marges de manœuvre ?

Nous nous sommes surtout attachés à supprimer les doublons et à redistribuer ce qui pouvait l'être. Par exemple, les calculs d'indicateurs étaient effectués au sein d'une cellule spécifique dont le fonctionnement coûtait cher ; nous l'avons supprimée et réparti les personnels, en fonction de leurs domaines, au sein des autres services, sans occasionner de surcoût. De même, certains enseignants-chercheurs effectuaient des tâches administratives qui peuvent être réglées par des personnes plus appropriées, ce qui évite d'avoir à payer des heures complémentaires.

Mais ce fonctionnement était logique : quand tout va bien, on regarde mal les comptes. Lyon 1 est une grosse machine qui tournait bien, et qui tourne encore bien, mais la société est aujourd'hui en crise, ce qui nous oblige à rationaliser la gestion de l'université. Je parlais aussi de l'activité recherche.

Université Lyon 1 – Le patio, sur le campus de La Doua © S.Blitman - mai 2013

Comment comptez-vous avoir un budget 2013 équilibré ?

Côté dépenses, il faut anticiper le fait qu'avec l'autonomie et la loi Sauvadet de 2012 sur la titularisation des agents contractuels, les personnels en CDI vont être de plus en plus nombreux à l'université. Dès lors, la prudence nous incite à provisionner d'éventuels licenciements de contractuels, ce que nous avons commencé à faire.

Par ailleurs, nous devons accroître nos ressources propres. Moins que sur la levée de fonds qui fonctionne peu en France, nous misons sur le naming : les laboratoires Boiron ont financé un amphithéâtre à hauteur de 900.000 €, nous allons essayer de refaire une telle opération sur le campus de Rockefeller.
Nous voulons aussi intensifier nos activités de formation continue : le chiffre d'affaires s'élève aujourd'hui à 11 millions d'euros, mais le fonctionnement des formations et la masse salariale en coûtent 10. Une autre piste consiste à louer davantage nos locaux qui sont sous-utilisés.

Enfin, signer des contrats ANR ou européens permet à l'université hébergeuse de toucher de 15 à 20% des montants. Pour inciter nos chercheurs à décrocher de tels projets, depuis un an, nous leur reversons la prime ERC [European Research Council] en cas de réussite, comme le font déjà le CNRS ou les grandes écoles.

La prudence nous incite à provisionner d'éventuels licenciements de contractuels

Côté immobilier, Geneviève Fioraso a affiché sa volonté de relancer les plans Campus. Après de longs atermoiements, où en est la réalisation des deux projets lyonnais qui concernent votre université ?

Le premier est celui de la faculté de médecine de Lyon Sud. Nous avions commencé à définir un projet de PPP (partenariat public-privé), mode de financement que Geneviève Fioraso a remis en question à son arrivée au gouvernement. Cependant, dans la mesure où notre dossier était assez avancé et son montant relativement peu important [25 millions d'euros], la ministre nous a autorisés à mener ce PPP jusqu'au bout, et nous avons signé début mai 2013 avec un consortium d'entreprises. Les chantiers vont démarrer d'ici à la fin de l'année, pour une livraison prévue à la rentrée 2015.

Et qu'en est-il du campus de LyonTech La Doua ?

Ce second projet est beaucoup plus complexe. En effet, le montant est dix fois plus élevé et trois établissements sont concernés : l'INSA, CPE Lyon, ainsi que plusieurs composantes de Lyon 1 [Polytech, la faculté de sciences, l'UFR STAPS…]. Malgré tout, nous avançons en nous orientant cette fois vers une MOP [maîtrise d'ouvrage publique] : le coût d'un PPP à cette échelle aurait été extrêmement élevé à la sortie.

Les études financières ont été réalisées et nous devrions nous orienter vers un emprunt contracté pour moitié auprès de la CDC [Caisse des dépôts et des consignations], pour moitié auprès de la BEI [Banque européenne d'investissement]. Le remboursement a été calculé à la hauteur des intérêts annuels des sommes attribuées dans le cadre du plan Campus, mais le coût total de 250 millions d'euros a été estimé en 2008… En raison de l'inflation, il nous manque entre 25 et 30 % de cette somme. Les travaux pourraient débuter en 2015, mais seule une partie du campus sera rénovée. Il va falloir rendre des arbitrages difficiles afin de décider quelle discipline plutôt que telle autre aura son nouveau bâtiment HQE [haute qualité environnementale] : de quoi alimenter de longs débats…


Sophie Blitman | Publié le

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