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Anne Fraïsse (Montpellier 3) : "Nous sommes tout sauf une université mal gérée"

Camille Stromboni
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Anne Fraisse (Montpellier 3), candidate à la présidence de la CPU en 2014, aux côtés de Danielle Tartakowsky (Paris 8) et Rachid El Guerjouma (Le Mans).
Anne Fraisse (Montpellier 3), candidate à la présidence de la CPU en 2014, aux côtés de Danielle Tartakowsky (Paris 8) et Rachid El Guerjouma (Le Mans). // ©  Université Montpellier 3

Toujours le poing levé. Anne Fraïsse a l’image d’une présidente fortement contestataire dans le monde des dirigeants d’université. À la tête de Montpellier 3 depuis six ans, la latiniste a mené un bras de fer avec le ministère de l’Enseignement supérieur, durant l’hiver, sur la question du budget. Son inquiétude demeure entière, faute de mesures pérennes de l’État.

Quelle est votre priorité aujourd'hui pour Montpellier 3 ?

Il s'agit simplement d'assurer nos missions : la formation et la recherche. En protégeant nos étudiants pour que leurs formations ne soient pas amputées. Car nous savons que notre domaine des sciences humaines est toujours le plus menacé, également au niveau de la recherche.

Montpellier 3 a connu une forte période de tensions cet hiver, quand vous avez menacé de fermer l'antenne de Béziers, faute de moyens suffisants accordés par l'État à votre université. Où en est-on ?

L'État a quelque peu rattrapé les choses. Grâce à deux mesures : la compensation des exonérations pour les boursiers et celle, partielle, du GVT (glissement vieillesse technicité). Sans oublier un soutien financier pour des aménagements du campus.

Nous avons pu faire un budget, en piochant dans nos réserves, mais la situation reste provisoire. Cela tiendra jusqu'à ce que nous n'ayons plus d'argent dans les caisses.

Nos difficultés demeurent : nous avons un déficit structurel d'environ 1,5 million d'euros [en raison principalement de la progression de la masse salariale]. Cela signifie que chaque année, depuis le passage à l'autonomie, nous avons cette différence entre les dépenses et les recettes. Nous essayons néanmoins toujours d'atteindre l'équilibre.

Et attention : ces mesures positives de l'État ne sont pas financées pour demain. Nous attendons de voir le résultat du travail engagé par l'État pour transformer le modèle d'allocation des moyens 'Sympa'. Nous ne savons pas non plus si nous allons être impactés par les 50 milliards d'économies.

J'espère avant tout que l'État ne va pas prendre des mesures qui pourraient aggraver notre déficit. Par exemple en rendant le coût de nos formations plus élevé. On vient déjà de nous demander, pour nos licences "suspendues" [c'est-à-dire avec uniquement une L3 – en sciences de l'éducation, ethnologie, sciences sanitaires et sociales], d'ajouter obligatoirement les deux années supplémentaires [L1 et L2]. Cela a un coût, et c'est toujours sans compensation pour l'université !

On veut nous faire diminuer le nombre d'étudiants en fixant des capacités d'accueil plus basses

Un audit approfondi a été lancé par le ministère, à la suite des difficultés budgétaires de l'établissement. Dans quel sens vont ses conclusions ?

Les inspecteurs contredisent de nombreuses idées fausses qui ont pu être affirmées : nous n'avons pas trop de masters, et encore moins une distribution trop généreuse de primes. De manière générale, ces auditeurs sont très bons techniquement, ils nous ont montré beaucoup de choses utiles. Ils ont d'ailleurs trouvé que nous répondions bien à toutes leurs demandes, et que nous étions tout sauf une université mal gérée. Ils nous ont même demandé de servir d'exemple pour une méthode d'évaluation du coût des formations.

Quant à leurs recommandations, il s'agit d'une série de petites mesures visant à récupérer une partie des 1,5 million de déficit structurel, assez orientées politiquement. On veut nous faire diminuer notre masse salariale, et également le nombre d'étudiants en fixant des capacités d'accueil plus basses. Et on nous dit de nouveau qu'il ne sert à rien de fermer Béziers...

Université Paul Valéry Montpellier 3 - ©C.Stromboni - avril 2014 (8)

Cette fermeture constitue-t-elle toujours un risque pour les années à venir ?

Techniquement, ce serait l'option la plus économique, mais elle est difficilement tenable politiquement. Et elle s'accompagnerait bien sûr d'importants dégâts sociaux : nous accueillons 43% de boursiers en moyenne, plus de 60% à Béziers.

Nous espérons surtout qu'au sein de la politique de site un soutien sera apporté à Béziers. L'idée du recteur de voir d'autres universités montpelliéraines s'y investir semble tombée aux oubliettes, et c'est bien compréhensible car toutes les universités sont en difficulté.

En outre, plusieurs filières de l'antenne ferment progressivement : cette année, lettres-arts ; l'an prochain ce sera l'espagnol, soit deux sur six.

Contrairement à ce qu'on peut penser, mettre des choses ensemble ne coûte pas toujours moins cher, surtout lorsque l'on crée un nouvel établissement !

Le plan d'économies annoncé va-t-il être amplifié ?

Ce qui a été annoncé a été fait : les baisses sur les budgets de fonctionnement, la diminution du nombre d'heures complémentaires, que nous allons encore accentuer, la mise en place de capacités d'accueil dans six filières. Nous réduisons également le nombre de personnels, en supprimant les vacations des personnels Iatos contractuels.

Pour l'instant, les formations sont la seule chose que nous avons préservée. Aucune n'a été fermée, et nous n'avons pas gelé de postes d'enseignants. Il ne nous reste plus aucune marge.

Où en est la Comue (communauté d'universités et établissements), en cours de construction avec vos voisines du Languedoc-Roussillon ?

Nous sommes un peu dans le flou. Le ministère a voulu faire des Comue (communauté d'universités et établissements) sur le modèle des universités, mais celles-ci n'ont pas la possibilité d'avoir du personnel... C'est encore l'un des travers d'une loi totalement bancale, qui rend le dispositif assez superficiel.

Quoi qu'il arrive, les quatre universités de notre territoire s'entendent très bien et travaillent déjà beaucoup en inter-U. Si cela nous permet de collaborer encore plus, tant mieux, mais cela ne va vraiment pas bouleverser le monde universitaire.

C'est encore quelque chose qu'on nous force à faire alors que, contrairement à ce qu'on peut penser, mettre des choses ensemble ne coûte pas toujours moins cher, surtout lorsque l'on crée un nouvel établissement !


Camille Stromboni | Publié le

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