Newsletter

Université Montpellier 3 : un bouquet d’expérimentations pour la L1

Camille Stromboni
Publié le
Envoyer cet article à un ami
Université Montpellier 3 - Jeu de l'oie de la réussite en licence réalisé par les étudiants du Parcours relais 2014. ©CS avril 2014
Université Montpellier 3 - Jeu de l'oie de la réussite en licence réalisé par les étudiants du Parcours relais 2014. ©CS avril 2014

Expérimenter, adapter, disséminer. L’université Paul-Valéry - Montpellier 3 tente, via un ensemble de mesures soutenues par un Idefi, de lutter contre l’échec en licence. La fac de sciences humaines et sociales, et ses 6.000 étudiants de L1, est confrontée à différentes populations de "décrocheurs", pas toujours faciles à raccrocher.

"Étant donné la vocation sociale de l'université, nos efforts pour la réussite en licence sont fondamentaux", tranche Anne Fraïsse, présidente de l'université Paul-Valéry - Montpellier 3. L'établissement de sciences humaines s'investit depuis plusieurs années dans cette mission et a obtenu en 2012 un Idefi (Initiative d'excellence en formations innovantes).

"Il n'y a pas de baguette magique, c'est un ensemble de petites mesures que nous développons", reconnaît la présidente. Avec plus de 6 millions d'euros promis sur huit ans, l'Idefi montpelliérain approche peu à peu de la maturité. L'expérimentation des deux premières années laisse désormais place aux bilans. "Nous échangeons maintenant pour faire progresser nos dispositifs, les adapter et les disséminer, en fonction des résultats et difficultés rencontrés", résume Cécile Poussard, enseignant-chercheur chargée de mission Idefi.

Prépafac : mission découverte

C'est d'abord en amont que se situe l'accompagnement, avec la "Prépafac". Une semaine de découverte de l'université et de ses méthodes, de manière ludique, à la fin août pour les nouveaux inscrits. Mise en place en 2013 pour une cinquantaine d'étudiants, elle devrait être cette année ouverte à une centaine de primo-entrants – ce qui correspond à la demande !

"Le bilan est très positif. Même si nous sommes conscients que ce sont souvent des élèves très motivés qui s'inscrivent, ou bien des jeunes qui ne sont pas originaires de Montpellier", confie Sandrine Faure-Mayol, chargée d'orientation et d'insertion professionnelle au SCUIO-IP (service commun universitaire d'information, d'orientation et d'insertion professionnelle). Et donc pas forcément les jeunes qui risquent d'être le plus en difficulté par la suite.

Université Paul Valéry Montpellier 3 - ©C.Stromboni - avril 2014 (3)

Donner une chance supplémentaire aux étudiants "limite"

Autre dispositif, qui a trouvé son rythme de croisière : le "Semestre renouvelé", destiné cette fois-ci aux étudiants "limite", c'est-à-dire qui frôlent la moyenne au premier semestre [entre 9 et 10/20]. Le principe : ces derniers pourront se rattraper en suivant, en juin, trois semaines d'enseignement supplémentaires, afin de décrocher 10/20.

Lancé dans deux départements, ce dispositif est monté en puissance puisqu'il a été proposé par tous les UFR en 2013. Près de 130 étudiants en ont bénéficié. "Certains collègues pouvaient être sur la réserve au départ, par exemple en histoire ou en psycho, craignant qu'on ne donne le diplôme aux étudiants, raconte Cécile Poussard. Mais ils se rendent compte que ce n'est pas du tout le cas. Il s'agit de semaines très intensives, souvent axées d'abord sur la méthodologie, où les étudiants travaillent énormément, entre 6 et 8 heures par jour le plus souvent."

Les trois quarts des participants de 2013 ont ainsi obtenu la moyenne pour valider leur premier semestre. Au total : 30% ont pu passer en deuxième année, la moitié a rejoint une L2 mais avec quelques matières de L1 à rattraper, tandis que 20% ont été ajournés. Reste à suivre les parcours des étudiants en L2 et L3.

Souvent les étudiants en grande difficulté ne demandent pas d'aide et nous avons du mal à arriver jusqu'à eux (C.Poussard)

Parcours relais : une action pour les grands décrocheurs

Pour les grands décrocheurs, Montpellier 3 a conçu une action bien particulière : le "Parcours relais", soit cinq semaines intensives sur la connaissance de soi, la méthodologie, la découverte des secteurs professionnels. Toujours en laissant une place au jeu, notamment grâce à l'intervention de formateurs spécialisés. Public visé : les étudiants qui ont obtenu entre 2 et 6/20 aux partiels du premier semestre.

Après avoir accueilli une quinzaine d'étudiants lors de sa première édition, le dispositif a réuni en 2014... 6 étudiants seulement, faute de volontaires – bien que deux groupes de 12 aient été prévus. Et ce, malgré le millier de mails envoyés aux jeunes potentiellement concernés.

"On s'interroge sur la pertinence de reconduire cette action, reconnaît Cécile Poussard. Peut-être vaut-il mieux l'éclater en plusieurs."

"Expérimenter, cela permet ensuite de réfléchir à de meilleures formules. Cette année nous a permis d'accumuler énormément de matériel pédagogique que nous allons essayer de réutiliser pour l'ensemble des étudiants, explique Sandrine Faure-Mayol. Nous préparons un kit méthodologique – sur la prise de notes, l'organisation de son temps, les manières d'apprendre efficacement, etc. – avec des fiches, des cartes, des jeux. L'idée est de mettre ces outils à disposition des enseignants et des tuteurs."

Université Paul Valéry Montpellier 3 - ©C.Stromboni - avril 2014 (4)

Le problème du timing

L'ensemble des personnels investis dans la réussite en licence pointe d'ailleurs cette difficulté récurrente : celle de faire venir le public auquel est destinée l'aide !

"Souvent les étudiants en grande difficulté ne demandent pas d'aide, et nous avons du mal à arriver jusqu'à eux", explique Cécile Poussard, qui compte développer encore cette année la communication autour des actions Idefi.

La question du moment où intervient le dispositif a elle aussi toute son importance. "Quand un bachelier sort du lycée, quoi que disent les chiffres sur sa potentielle réussite, le plus souvent il ne l'entend pas. Il doit être vraiment confronté à l'échec pour recourir aux dispositifs", ajoute l'enseignante. "Beaucoup ne veulent pas être identifiés comme 'décrocheur' ou 'en échec'. Nous devons nous adapter", complète Isabelle Faurie, directrice du SCUIO-IP (service commun universitaire d'information, d'orientation et d'insertion professionnelle).

Ce qu'illustre également l'expérience de la licence AES de l'université : la composante, qui accueille une part importante de bacheliers pro et techno, avait conçu un cursus sur mesure en quatre ans destiné à ces élèves le plus en difficulté à l'université. Résultat : en 2013, aucun inscrit !

Une nouvelle formule va être mise en place à la rentrée 2014, en trois ans cette fois-ci; mais avec une première année renforcée, dénommée "Parcours réussite".

Concernant le taux de réussite en licence, nous sommes un peu meilleurs que les autres [...] mais on ne peut considérer cela comme un 'bon' résultat (A.Fraïsse)

Résultats : quel taux de réussite ?

Cet investissement de l'université trouve-t-il un écho dans les résultats chiffrés de l'établissement sur la réussite en licence? Près d'un tiers des étudiants de l'université obtiennent leur licence en trois ans, soit un chiffre proche de ceux des autres universités, tandis qu'environ 45% passent en L2.

"Globalement, nous sommes un peu meilleurs que les autres dans nos disciplines, décrit Anne Fraïsse. Nous faisons aussi un peu mieux réussir les bacs pro et techno qu'au niveau national [12% contre 7% pour les bacheliers pro; 21% contre 15% pour les bacheliers techno]. Mais on ne peut considérer cela comme un 'bon' résultat." Et surtout, ce taux de réussite est un indicateur défaillant, tient à souligner la professeur. "Il baisse légèrement chez nous ces dernières années, mais cela n'a pas de sens : nous avons simplement une très forte augmentation de la part de bacheliers professionnels parmi nos nouveaux étudiants, c'est donc normal."

La présidente rappelle inlassablement que 700 de ses 6.000 étudiants de première année ont eu entre 0 et 2/20 aux partiels. "Sont-ils véritablement des jeunes qui veulent étudier ? Ou bien est-ce le résultat de la crise sociale actuelle... Doivent-ils donc être considérés comme de l'échec pour l'université ?", interroge-t-elle.

Et de poser la question de la sélection. "Je suis contre la sélection mais je souhaite qu'on vérifie que les jeunes qui entrent chez nous ont l'intention de faire des études. L'université est une chance, il ne faut pas l'utiliser n'importe comment." Montpellier 3 révoltée, toujours.

Le coût annuel des principaux dispositif Idefi
Voici le budget consacré aux actions Idefi décrites ci-dessus en 2013  :
- Semestre renouvelé : 47.192 € (130 étudiants [120 en 2014])
- Parcours relais : 8.716 € (15 étudiants [6 en 2014])
- Prépafac : 8.363 € (50 étudiants [100 étudiants prévus en 2014])

- Les taux de réussite en licence de l'université Montpellier 3 (pdf)

Source : Montpellier 3.

Camille Stromboni | Publié le

Vos commentaires (0)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires