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Jean-François Balaudé : "L'innovation pédagogique fait partie de l'ADN de Nanterre"

Caroline Franc
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Jean-François Balaudé, président de l'université de Nanterre © communication université Paris Ouest Nanterre La Défense
Jean-François Balaudé, président de l'université de Nanterre © communication université Paris Ouest Nanterre La Défense // ©  Communication Université Paris Ouest Nanterre La Défense

Forte d'une situation financière "satisfaisante", Paris-Ouest-Nanterre-La Défense multiplie les projets pédagogiques, misant sur les enseignements en ligne et la pluridisciplinarité. Le point avec Jean-François Balaudé, président de l'université.

Quelle est la situation budgétaire et financière de l'université Paris-Ouest ?

Je pense pouvoir la qualifier de satisfaisante. Il semble que nous fassions partie des universités en bonne santé, peut-être parce que nous sommes passés tardivement aux RCE et que nous avons pu tirer certaines leçons de ce que nous avions observé dans d'autres établissements. Nous menons une politique budgétaire prudente, qui nous laisse aujourd'hui la possibilité de conduire des projets immobiliers, pédagogiques, etc. Nous bénéficions donc de marges convenables qui ont toutefois tendance à diminuer, en raison principalement du GVT (glissement-vieillesse-technicité) qui atteint les 800.000 € par an, et que l'État vient heureusement de compenser pour un peu moins de la moitié cette année. 

S'agissant des effectifs étudiants, nous avons connu une croissance de 10% sur les cinq dernières années, ce qui nous amène à environ 34.000 étudiants en 2013-2014. Nous sommes satisfaits de cette attractivité : cela dit, nous ne cherchons pas à l'être davantage, car certaines disciplines sont à saturation, et notre objectif est plutôt de stabiliser les effectifs, comme en droit par exemple, mais aussi en STAPS ou en arts du spectacle, et globalement de mieux les répartir.

Certaines disciplines sont à saturation, et notre objectif est plutôt de stabiliser les effectifs

Vous avez créé, en 2008, la filière “Humanités”, bien avant que cela devienne un intitulé promu par le ministère. Ce parcours pluridisciplinaire rencontre-t-il le succès espéré ?

La filière "Humanités", qui propose un socle de formations en lettres, philosophie, langues et histoire, plus une langue ancienne obligatoire, attire chaque année davantage d'étudiants. C'était un véritable pari au départ que de proposer un tel cursus. Nous ne savions pas si une telle formule serait viable, et la réponse apparaît aujourd'hui très positive.

Il s'agit d'un parcours exigeant, qui est ouvert à tous sans sélection, mais pour être honnête, la sélection s'opère naturellement. Les étudiants ont en effet, chaque semaine, quelques heures de cours de plus que les autres et une charge de travail plus importante : cela fonctionne avec des étudiants bien informés sur la nature de la formation et motivés, et de fait, les taux de réussite de ces étudiants sont en moyenne meilleurs que dans les autres filières. Nous récupérons pas mal d'élèves de classes prépa également, et nous constatons globalement un faible taux d'abandon. Actuellement, la licence compte environ 250 étudiants par promotion. Nous atteignons là nos limites, c'est pourquoi nous réfléchissons à la manière dont nous allons évoluer. En 2014, nous ouvrirons d'ailleurs une autre licence pluridisciplinaire en sciences sociales (histoire, économie et sociologie), pour laquelle nous venons d'obtenir l'accord du ministère. 

Mis à part ces deux licences, nous essayons de renforcer les doubles licences. Celles en droit français-droit étranger sont très prisées et attirent des candidats de tous les horizons. Nous réfléchissons à de nouveaux couplages de matières, sachant que les étudiants pourront choisir leur seconde discipline au cours de la première année : une façon de s'assurer qu'ils possèdent le niveau et la capacité de travail suffisants pour assumer un double cursus. 

D'une manière générale, nous souhaitons vraiment, dans le cadre de la troisième phase de mise en place du LMD, proposer une gamme de formations modulables à l'envi. L'innovation pédagogique a toujours fait partie de l'ADN de Nanterre, nous poursuivons dans cette voie !

Université Nanterre - la grande pelouse ©C.Franc - mars 2014

Les doubles licences sont-elles sélectives, contrairement au parcours “Humanités” ?

La plupart des doubles licences que nous allons développer ne seront pas dans les filières sélectives d'APB (catégorie 4), dans la mesure où les étudiants postuleront pour une seconde matière au cours de la première année. Restent deux exceptions "historiques" : les doubles cursus en droit français-droit étranger ainsi qu'en économie-langues étrangères. Pour ces parcours, nous imposons un test de langue, ce qui ne nous empêche pas d'avoir beaucoup plus d'admis que de places disponibles.

C'est APB qui mouline par la suite et détermine, parmi les candidats ayant réussi le test, lesquels peuvent s'inscrire à ces cursus, sans que nous n'intervenions. De ce point de vue, on ne peut pas strictement parler de sélection. À cet égard d'ailleurs, je pense qu'il serait bon d'introduire davantage de transparence concernant le recrutement des doubles cursus : plusieurs universités proposent en effet des formations qui ne sont pas sur APB, avec des modes de sélection assez opaques.

 Avec Paris 8, nous nous voyons comme une communauté sans transfert de compétences

Quelques mois à peine après votre élection, vous avez constitué un PRES [Pôle de recherche et d'enseignement supérieur] avec Paris 8. Où en êtes-vous ?

Oui en effet, cela faisait partie de mes engagements car il était dommageable pour notre université de ne pas s'inscrire dans une stratégie de regroupement. Cette alliance avec Paris 8 nous semblait naturelle, nous avions déjà beaucoup de partenariats de recherche via notamment des UMR et un Labex commun. Le PRES Paris Lumières a été créé à l'automne 2012, mais nous avons été très peu dotés, 500.000 € sur deux ans. Nous avons d'emblée encouragé dans ce cadre le développement de projets scientifiques de collaboration pluridisciplinaires. 

En 2013, en vertu de la nouvelle loi, notre PRES est de facto devenu une Comue (Communauté d'universités et d'établissements) : nous nous voyons comme une communauté sans transfert de compétences, qui développe plusieurs volets d'actions communes dans des domaines de recherche SHS au sens large, et qui porte également un projet pédagogique commun autour des études politiques. Nous ambitionnons aussi et en particulier de nous renforcer mutuellement à travers la Comue pour viser un plus haut niveau d'engagement européen et international. Avec la dizaine d'établissements associés au projet Paris Lumières, qui relèvent pour beaucoup des domaines patrimonial et artistique en particulier, nous constituons un pôle de pointe dans le domaine des arts et de la création. 

Cela étant, ce n'est pas le seul partenariat que nous mettons en place. Nous souhaitons également développer et consolider nos liens notamment avec l'université de Cergy-Pontoise ainsi qu'avec l'ESSEC, mais également avec l'ENS de la rue d'Ulm ou encore Dauphine – à travers notamment notre implantation commune à La Défense au sein du Pôle universitaire Léonard-de-Vinci, dans l'idée d'en faire un lieu majeur de formation professionnelle et continue, notamment autour du droit, du management et de la finance. Sur le sujet Léonard-de-Vinci, nous échangeons actuellement avec le Conseil général et le ministère pour rechercher la meilleure solution en termes de financements, le Conseil général ayant émis le souhait de faire évoluer son engagement.

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La biographie de Jean-François Balaudé et sa tribune, publiée en juin 2013, sur EducPros : "Faire le pari des universités."

Caroline Franc | Publié le

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