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Paris-Ouest-Nanterre-La Défense : vers une révolution... pédagogique ?

Caroline Franc
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Université de Nanterre - cours d'amphi © communication université Paris Ouest Nanterre La Défense
Université de Nanterre - cours d'amphi © communication université Paris Ouest Nanterre La Défense // ©  université Nanterre

Rénover la formation en s'appuyant sur le numérique. C'est l'ambition poursuivie par l'université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense, qui multiplie les dispositifs innovants en la matière. L'établissement francilien travaille en effet à la construction de nouveaux "parcours personnalisés" en premier cycle pour la rentrée 2014. Et si désormais, à Nanterre, la révolution était surtout pédagogique ?

"Notre objectif est de rendre l'offre de formation plus attractive en permettant aux étudiants de toutes les licences d'accéder à une large palette de cours gérés par l'établissement. L'enjeu étant de les faire sortir de leur discipline d'inscription en les ouvrant à d'autres perspectives" : vice-président en charge de la formation initiale et de l'innovation pédagogique, Christophe Bréchet résume la stratégie que l'université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense met en place à partir de la rentrée 2014. 

En première année, tous les étudiants seront tenus de suivre un module "Grands repères", censé les mettre "à niveau" sur un certain nombre de sujets "que tous les jeunes débutant des études universitaires devraient maîtriser" : notions d'histoire, de philosophie, de culture générale, etc. "Nous souhaitons sortir de la logique des simples 'UE de découverte' pour approfondir un programme sur la durée", souligne Christophe Bréchet. 

Le e-learning au service de l'ouverture

Dans toutes les maquettes de licence, à chaque semestre, 4,5 ECTS seront désormais réservés à des "parcours personnalisés". Des modules permettant à l'étudiant, quelle que soit sa filière d'inscription, d'accéder à des enseignements à même de lui faire découvrir d'autres disciplines (arts, philosophie, sociologie, psychologie...), d'autres thématiques (histoire des sciences, Europe, développement durable...) ou de le doter de nouvelles compétences. En L3, par exemple, seront lancés des parcours "Entrepreneuriat", "Enseignement", ou "Sources du monde contemporain". 

D'une manière générale, ajoute le président de l'université Jean-François Balaudé, "nous ne voulons pas nous priver, dans nos cursus en présentiel, des potentialités offertes par les modules en ligne et scénarisés, avec tous les contenus augmentés qu'ils permettent". La plupart des parcours personnalisés seront donc médiatisés, "afin de les proposer à des flux très importants d'étudiants, dans une perspective d'accès démocratique à un savoir de qualité", ajoute Christophe Bréchet. "Il n'y a aucune raison de réserver ces modules à un public intégralement à distance ou aux MOOC, tous les étudiants travaillant désormais en environnement numérique."

Il n'y a aucune raison de réserver ces modules à un public intégralement à distance ou aux MOOC (C.Bréchet)

pour un “usage raisonné” du numérique

Pas question pour autant de laisser les étudiants livrés à eux-mêmes. "Nous œuvrons pour un usage raisonné du numérique", souligne Christophe Bréchet. Dans tous les modules en ligne, par exemple, les étudiants sont encadrés par des tuteurs et disposent d'espaces de travail collaboratif. Les responsables de formation travaillent également avec la bibliothèque universitaire, pour permettre aux étudiants d'accéder à distance aux livres du programme.
Enfin, dans tous les cas, un examen valide le module à la fin de chaque semestre. "L'évaluation et la diplomation sont la différence fondamentale entre ce dispositif des parcours personnalisés et les MOOC", précise Christophe Bréchet. 

Si la présidence porte le projet avec enthousiasme, les représentants étudiants restent prudents : "Nous ne sommes pas opposés au e-learning, mais uniquement s'il est conçu comme un complément au présentiel. Mais nous ne tolérerons pas que ce soit une façon de remplacer des cours qui ne peuvent pas se dérouler faute d'amphis. L'université est saturée dans certaines filières, l'enseignement à distance ne peut pas être l'unique solution", prévient Laurent Perl, ancien président de l'UNEF à Nanterre et élu au CA de l'université.

L'université est saturée dans certaines filières, l'enseignement à distance ne peut pas être l'unique solution (L. Perl, UNEF)

Campus de l'université de Nanterre © communication université Paris Ouest Nanterre La Défense

Comete, le bras armé de la stratégie numérique de l'université

Pour mener à bien ces évolutions pédagogiques et numériques, l'université de Nanterre dispose de la force de frappe de COMETE, son "centre optimisé de médiatisation et de technologies éducatives". "Nanterre s'est positionné sur l'enseignement à distance depuis fort longtemps, dès les années 1970. Nous avons acquis une véritable expertise et disposons d'ingénieurs pédagogiques extrêmement compétents", vante Christophe Bréchet. "Notre service COMETE dédié aux TICE compte 25 personnes. Cela nous permet de construire des formations à distance variées et de très haut niveau", abonde Laurent Proslier, vice-président en charge des systèmes d'information.

S'agissant de l'accueil réservé par les enseignants à cette évolution de l'offre de formation, si certains ont pu exprimer quelques réserves ou craintes que l'enseignement médiatisé prenne le pas sur le présentiel, la plupart ont, selon les dires de la présidence, perçu l'intérêt de ces nouveaux supports de cours. "1.000 heures ont été dégagées pour la mise en œuvre de ce chantier et nous avons impliqué chaque responsable d'UFR", précise Christophe Bréchet.

Une adhésion sans doute renforcée également par l'engagement personnel du président de l'université dans les MOOC, autre chantier en cours à Nanterre. L'université est en effet l'une des premières à avoir répondu présent sur la plate-forme FUN (France université numérique) lancée par le ministère. Parmi ceux en ligne, celui animé par Jean-François Balaudé, sur la philosophie, qui compte déjà plus de 8.000 inscrits.

Nanterre serait-elle entrée dans son âge de raison, faisant figure désormais de bonne élève, devançant même parfois les désirs du ministère ? Pour Jean-François Balaudé, aucune contradiction avec l'esprit contestataire légendaire de l'université : "L'ouverture sociale de l'université est une mission à laquelle nous sommes très attachés. Le numérique est l'un des moyens dont nous nous servons pour la remplir." Et d'ajouter : "Nous fêtons nos 50 ans et nous ne souhaitons rien de plus que de nous inscrire dans une continuité avec l'histoire de Nanterre, tout en nous projetant résolument dans l'avenir."


Caroline Franc | Publié le

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Agache Raphaël.

Il ne faut pas supprimer la possibilité aux élèves d'assister à des cours ailleurs que devant un ordinateur. Il ne faut pas supprimer la possibilité de bénéficier d'un contact humain, car le savoir est aussi une affaire de partage, et pas seulement d'ingestion

Pierre Dubois.

Pour aller plus loin : chroniques d'Histoires d'universités, blog "dissocié" d'EducPros http://blog.educpros.fr/pierredubois/?s=Balaud