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Orientation des lycéens : une priorité stratégique pour l'université de Nantes

Mathieu Oui
Publié le
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L’intérieur du bâtiment Censive de la fac de lettres et sociologie de Nantes // © Mathieu Oui
L’intérieur du bâtiment Censive de la fac de lettres et sociologie de Nantes // © Mathieu Oui

Axe fort de l'université de Nantes, l'orientation des lycéens se décline à travers de multiples actions et un vaste réseau de correspondants, piloté depuis 2008 par un enseignant-chercheur.

Comment informer 14.000 élèves de terminale, inscrits dans 77 lycées de Loire-Atlantique et Vendée sur une offre universitaire portée par 21 composantes ? Telle est l'équation à laquelle Marie Blain, la chargée de mission Université-Lycées, a dû se confronter lors de la prise en charge de sa mission en 2008. Chargée de "réduire la marche" entre le secondaire et l'université, l'enseignant-chercheur en littérature française a mis en place un dispositif ambitieux : un réseau de correspondants "université" dans chaque lycée et, à l'inverse, des correspondants "lycée" dans chaque composante de l'université, la rédaction de fiches profils pour chaque licence, un site d'orientation des lycéens, très riche dans son contenu (présentation détaillée de chaque licence, foire aux questions, taux de réussite par licence), etc. Elle dispose pour ce faire de 45.000 € de budget et d'un poste d'appui au SCUIO (Service commun universitaire d'information et d'orientation) pour rédiger les fiches.

Un partenariat avec le rectorat

Pour Marie Blain, la réussite du dispositif d'orientation repose notamment sur deux points clés. Tout d'abord, celui-ci est réalisé en pleine concertation avec le rectorat, qui soutient le dispositif depuis les débuts,  l'académie étant pilote sur la mise en place d'APB dès 2006-2007. Autre élément important : le fait que cette mission est exercée par un enseignant-chercheur. "Être positionnée à la fois au cœur de l'équipe présidentielle, tout en étant enseignant-chercheur, c'est-à-dire dans la proximité des pairs, m'a permis de donner une véritable dynamique à cette politique."

La chargée de mission prend l'exemple des fiches profils, qui présentent, résumée en une feuille de format A4, tous les éléments pour choisir telle ou telle licence (rythme de la formation, contenu, qualités requises...), distribuées à tous les lycées pour faciliter l'information des élèves. Un travail qui a nécessité beaucoup d'aller-retour entre les enseignants et la chargée de mission. "Rendre cette information simple et compréhensible par les lycéens constitue une petite révolution culturelle, insiste Marie Blain. Les composantes ont l'habitude de communiquer à travers un fascicule de 25 pages. Je passais mon temps à renvoyer la copie, en demandant de ne pas utiliser de sigles ou de faire un effort pour se décentrer du discours habituel. Ce n'est qu'en ma qualité d'enseignant-chercheur et en mettant en avant les bonnes pratiques que ce discours a pu passer auprès des collègues."

L'université à l'essai pour plus de 1.000 lycéens

Autre initiative : l'organisation de journées "Universités à l'essai" qui consistent à proposer aux lycéens de venir assister à un ou deux cours de première année, pendant les vacances de février. En 2012, pour la troisième édition, 1.008 lycéens ont participé à l'opération, avec des retours plutôt positifs de la part des chefs d'établissements. "Les proviseurs racontent que leurs élèves découvrent qu'on travaille vraiment à l'université ! s'amuse la chargée de mission. Certains nous ont même confié que cela relançait une dynamique de travail à cette période !"... "Alors que les journées portes ouvertes peuvent donner une vision superficielle de l'université, les cours à l'essai offrent l'occasion de passer plus de temps sur le campus, complète Mohamed Bernoussi, le vice-président du CEVU. Au-delà de l'aspect strictement pédagogique, on leur propose de déjeuner au resto U et ils ont des premiers contacts informels avec les étudiants."

Alors que les journées portes ouvertes peuvent donner une vision superficielle de l'université, les cours à l'essai offrent l'occasion de passer plus de temps sur le campus.

Autre rendez-vous important : l'organisation d'une rencontre annuelle de tous les acteurs de l'orientation. Une journée au cours de laquelle 300 participants des lycées et des composantes peuvent échanger : les correspondants lycées s'informent sur l'offre de formation, et leurs homologues des composantes universitaires vont découvrir cette année les derniers éléments de la réforme du baccalauréat. Une journée qui est inscrite au plan de formation des enseignants du secondaire.

Des étudiants ambassadeurs

"En matière d'orientation, l'université est en train de rattraper son retard par rapport aux autres formations supérieures, reconnaît Michel Cocotier, proviseur du lycée Guist'hau de Nantes. Quand nous organisions des forums de formation au lycée, les représentants des IUT, BTS et prépa participaient sans problème, mais il était plus difficile d'identifier un interlocuteur pour l'université", se rappelle le proviseur.

Selon ce dernier, le dispositif des "étudiants ambassadeurs", inscrits en L3, supplée désormais efficacement ce manque de disponibilité. "Ils sont souvent bien formés par l'université et leur parole a vraiment de la portée." Formés par une dizaine de séances (environ 30 heures de formation) dans le cadre d'une UE spécifique, les ambassadeurs étudiants sont amenés à intervenir entre cinq heures et 40 heures (rémunérées) par an sur les forums, salons et journées d'accueil.

Une évolution des mentalités

Même s'il est parfois difficile de mesurer précisément l'impact du dispositif, Marie Blain perçoit une reconnaissance de l'importance de la thématique de l'orientation, perçue comme véritablement stratégique (les rencontres annuelles attirent chaque année plus de correspondants) et une évolution des discours des collègues. Concrètement, les filières les plus demandées comme santé ou psychologie se retrouvent un peu moins sous pression à l'entrée. "Là où on enregistrait 500 candidatures sur une filière, la pression est retombée à 380 dossiers, note Marie Blain. Il y a une certaine autorégulation qui s'installe et l'on note aussi que les primo-entrants sont plus autonomes et à l'aise lors de la rentrée universitaire."

Reste que ce dispositif a aussi ses limites, notamment géographiques. Michel Cocotier en convient : "Autant les journées à l'essai fonctionnent pour les lycées de Nantes, autant elles mobilisent plus difficilement les élèves de Chateaubriand, Ancenis ou Pornic, des villes plus éloignées de Nantes mais qui disposent pourtant d'une population scolaire importante."


Mathieu Oui | Publié le

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