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Frédérique Vidal : "Avec le contrat unique, nous allons entrer dans une mise en compétition des universités"

Camille Stromboni
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Frédérique Vidal - Université de Nice - Avril 2013 ©C.Stromboni
Frédérique Vidal - Université de Nice - Avril 2013 ©C.Stromboni

Frédérique Vidal appartient à la vague de présidents arrivés à la tête des universités au printemps 2012, à la veille de l'élaboration de la nouvelle loi sur l'enseignement supérieur et la recherche (ESR). Le texte arrive au Parlement fin mai 2013. Quelle place pour l'université de Nice dans le paysage de l'ESR à venir ? La professeur en sciences de la vie donne son point de vue.

Quels sont vos projets pour l'université de Nice ?

Parmi les projets phares de la prochaine rentrée figure le développement de la formation à distance. Nous voulons aussi créer un service universitaire d'innovation pédagogique, permettant de soutenir les innovations des enseignants-chercheurs et de leur donner plus de visibilité.

Je travaille enfin à une meilleure circulation de l'information, sachant que nous sommes sur plus d'une dizaine de campus. J'ai notamment réintroduit des réunions très régulières avec les doyens et directeurs d'UFR (unités de formation et de recherche) et d'écoles.

La loi sur l'enseignement supérieur et la recherche est en cours de discussion au Parlement. Elle prévoit une nouvelle gouvernance dans les universités. Est-ce un progrès ?

Une revendication forte de la communauté a été entendue avec la création du conseil académique. Jusqu'ici, la notion de collégialité dans un établissement était un peu "président-dépendante". Le président et le conseil d'administration pouvaient donner du pouvoir au CS (conseil scientifique) et au CEVU (conseil des études et de la vie universitaire), et ne pas rediscuter les éléments débattus dans ces conseils, mais seul le CA avait des prérogatives. Certaines attributions reviennent désormais au conseil académique, cela va dans le bon sens.

En revanche, l'élection du président à deux tours avec le panachage des listes me semble très compliquée. Même si c'est une bonne chose d'avoir retiré la prime majoritaire et mis la parité dans les listes.

Vous ne faites pas partie d'un PRES (pôle de recherche et d'enseignement supérieur). La loi prévoit l'entrée de toutes les universités dans des communautés d'universités (sauf fusion ou choix du rattachement)...

On dit qu'on abandonne les PRES et dans le même temps, on crée les communautés... Je ne vois pas bien la différence. Au moment où l'on est en train d'affirmer nos identités, on nous demande de les refondre. Depuis les RCE (responsabilités et compétences élargies), il a fallu chercher sa place sur le territoire. Il est difficile d'avoir une supra-instance capable de comprendre finement les besoins de chaque établissement.

Nous ne sommes effectivement pas dans un PRES, mais nous sommes membres de l'association PERSAN, qui regroupe les principaux acteurs de l'ESR du département (les universités, les organismes, les observatoires) et nous permet de travailler ensemble. Je ne vois pas l'intérêt de créer quelque chose de plus rigide.

Il est important de garder un contrat par université pour prendre en compte les spécialités de chacun.


Comment voyez-vous la signature d'un contrat unique par site ?

On ne l'envisage pas vraiment non plus. Naturellement, comme pour la communauté, s'il le faut, ce sera avec Toulon ou au niveau de la Région. Mais il va falloir m'expliquer sa valeur ajoutée.

Nous sommes quatre présidents d'université en Provence-Alpes-Côte d'Azur, aucun ne souhaite signer un contrat unique. Nous voulons bien sûr travailler ensemble, ce que nous avons déjà commencé à faire. Nous organisons des réunions avec nos deux recteurs pour établir un état des lieux et proposer une mise en cohérence régionale de l'offre de formation, en évitant de dupliquer des formations quand cela n'est pas pertinent.

Mais il est important de garder un contrat par université pour prendre en compte les spécialités de chacun, avec l'appui de l'État pour certaines de nos actions. Ma crainte, avec un contrat unique, c'est qu'on se retrouve dans des situations de blocage. S'il s'agit de partager un gâteau en quatre, nous allons entrer évidemment dans une mise en compétition des universités. Encore plus si un établissement peut être mis en minorité par les autres.

Et si le contrat unique n'est qu'une superstructure qui décline nos quatre contrats, quel est l'intérêt ? On sent bien aussi que si l'on ne met rien en commun au niveau de la communauté, on sera pénalisé puisque la loi prévoit que de nouveaux moyens pourront leur être attribués...

Un nombre important d'universités rencontre des difficultés budgétaires. Est-ce le cas de Nice ?

Nice ne va pas extrêmement bien. Malgré les - 5 % de budget de fonctionnement annoncés, nous espérons être à l'équilibre en 2013. Nous avions en effet prévu une part de réserve deux fois supérieure à ce qui nous était demandé officiellement.

Pour l'année 2012, nous devrions être en déficit, pour des raisons comptables (nous nous sommes mis en conformité, notamment sur les amortissements). Nous voulions justement le combler avec cette réserve.

Université de Nice - SophiaTech - Avril 2013 ©C.Stromboni - Art 1

Université de Nice : Sophia-Tech, avril 2013. ©C.Stromboni.

Comment réalisez-vous des économies ?

Nous en avons fait beaucoup. Mes objectifs étaient de maintenir les financements de la recherche académique et de remettre des financements pour les projets pédagogiques, qui n'avaient rien reçu depuis deux ans.

Nous avons diminué les frais de fonctionnement des services de l'université et surtout, effectué un ménage drastique sur les heures complémentaires. Nous avons alloué à chaque UFR une enveloppe d'heures : chacune a dû organiser ses formations en fonction. Certaines ont choisi de ne pas ouvrir des parcours ou des options, beaucoup ont mutualisé des enseignements pour ne rien fermer. Cela a donné lieu à un travail très lourd.

Était-ce plus dur dans certaines disciplines ?

En lettres, car la structure de l'offre de formation est complexe, avec un grand nombre de départements de formation, qui gèrent chacun leurs licences et leurs masters sans avoir forcément la vision de ce que font les autres. Ils ont effectué un énorme travail de mise en commun. Quelques options ont été supprimées ou ouvertes une année sur deux, ce qui fait qu'un étudiant pourra les prendre une fois durant son cursus.

Nous avons alloué à chaque UFR une enveloppe d'heures : chacune a dû organiser ses formations


Est-il possible d'aller encore plus loin ?

Il reste évidemment du travail, nous pouvons encore aller dans le détail des formations. Cette année, il s'agissait d'abord d'éviter l'inflation des heures complémentaires avec la mise en place des nouvelles maquettes.

Les habilitations avaient été demandées, sous la mandature précédente, pour toutes les formations envisagées par les UFR, avec l'idée de voir après ce qu'on ouvrirait ou pas, ce qui a pu créer quelques frustrations.

L'IMREDD (Institut méditerranéen du risque, de l'environnement et du développement durable), l'un des projets importants de l'UNS, ne sera finalement pas financé par l'État dans le cadre de l'opération Campus. C'est une surprise ?

Non. Nous devons reconfigurer le projet, initialement imaginé sous la forme d'un partenariat public-privé, en maîtrise d'ouvrage publique. D'ici à janvier 2014, nous redéposerons un dossier avec la nouvelle architecture financière.

Cela ne change rien au projet sur le fond : construire une plateforme technologique expérimentale sur le bâtiment "intelligent", réunissant les laboratoires développant des recherches sur les matériaux et des entreprises prêtes à faire la partie "développement". Nous en étions au démarrage du préprogramme, le gros des dépenses est prévu en 2015.



Camille Stromboni | Publié le

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JB Barla.

Réduire les heures complémentaires et gérer le budget semblent être les seules perspectives, avec un "service universitaire d'innovation pédagogique" (quelle grand programme), et une ambition réduite à zéro pour le développement durable. Quelle est la vision stratégique de l'université de Nice? Quelle vision de l'avenir à part rester dans son petit milieu dans une université aux ambitions réduites, et sans doute dans l'orbite d'Aix-Marseille?

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