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Les premiers pas du campus SophiaTech

Camille Stromboni
Publié le
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Université de Nice - SophiaTech - Avril 2013 ©C.Stromboni
Université de Nice - SophiaTech - Avril 2013 ©C.Stromboni

Si Sophia Antipolis réunit depuis longtemps formations et laboratoires de l'université de Nice Sophia Antipolis et entreprises, le campus SophiaTech, lui, est nouveau. Ouvert à la rentrée 2012, avec l'achèvement de deux bâtiments neufs et la venue de formations pour constituer un pôle sur les nouvelles technologies de l'information et de la communication, il prend vie pas à pas.

Polytech, IUT, INRIA... Les panneaux de signalisation ou les arrêts de bus de Sophia Antipolis ne laissent pas la place au doute. C'est dans la garrigue, où s'entremêlent entreprises, laboratoires et formations, que prend vie SophiaTech, le campus de l'université de Nice autour des STIC (sciences et technologies de l'information et de la communication) et des réseaux informatiques. Avec, depuis la rentrée 2012, deux nouveaux bâtiments en fonction, de nouvelles formations et surtout, la volonté de "faire campus".

"L'objectif est de créer une vraie dynamique de campus, alliant formations et laboratoires, avec des espaces partagés avec les entreprises et d'autres écoles comme Eurecom [école d'ingénieurs], sur un même lieu", résume Frédérique Vidal, présidente de l'UNS (université de Nice Sophia Antipolis).

Une dizaine d'années se sont écoulées entre la déclaration d'intention et la fin de la construction, en raison de blocages financiers. "Nous avons pu boucler la réalisation du projet grâce à l'aide du conseil général", rappelle la présidente. Car si la technopole Sophia Antipolis existe depuis longtemps, le campus unissant les formations de l'université de Nice a vraiment pris de l'ampleur à la rentrée de septembre 2012. Il compte désormais plus de 10 % de l'effectif étudiant de l'université pluridisciplinaire, dont la moitié au sein de l'école d'ingénieurs Polytech.

SophiaTech : emménagement à la rentrée 2012

Philippe Collet - Université de Nice - SophiaTech - Avril 2013 ©C.Stromboni"C'était un peu rock'n'roll, comme toutes les livraisons de bâtiments. On essuie les plâtres", reconnaît Philippe Collet, directeur adjoint du département informatique de l'UNS. "Les bâtiments ont mis un petit moment à être opérationnels", explique Heytem, 21 ans, en M1 informatique. Avec notamment des difficultés sur les emplois du temps et des problèmes de wi-fi.

Car si Polytech Nice était déjà installée historiquement à Sophia Antipolis - tout comme plusieurs laboratoires -, les filières informatiques de master de l'université (IFI/RIF/MBDS) et la filière MIAGE (L3 et master) ont, elles, rejoint le campus à la rentrée. Avec un jeu de chaises musicales entre les deux principaux sites d'études de SophiaTech : les Lucioles et les Templiers, le second accueillant les nouveaux bâtiments.

Une organisation pas encore achevée. "Polytech, qui se concentre aux Templiers, a encore ses deux premières années aux Lucioles. À terme, elles viendront probablement aux Templiers", prévoit Philippe Collet.

Bilan du déménagement, huit mois plus tard ? "Tout n'est pas parfait, reconnaît Michel Riveill, vice-président délégué à Sophia Antipolis. Il n'est jamais évident de faire bouger les gens. Il y a quelques mécontentements, mais j'ai l'impression que les gens sont plutôt heureux. Cela leur a apporté des choses."

Nous réfléchissons à développer d'autres cours en commun et mutualisations. La question ne se poserait pas si nous n'étions pas là physiquement (P.Collet)


LA Création d'un pôle en informatique

Pierre Crescenzo - Université de Nice - SophiaTech - Avril 2013 ©C.Stromboni

"SophiaTech a permis de réunir les formations en informatique, explique Pierre Crescenzo, maître de conférences en informatique, en charge de la filière MIAGE. Nous enseignions déjà souvent dans plusieurs de ces formations [informatique, MIAGE, Polytech, IUT]... elles sont désormais concentrées au même endroit." "Maintenant, quand j'interviens en MIAGE, je ne traverse plus que deux ronds-points", remarque Philippe Collet en souriant.

Un rapprochement propice aux synergies. "Sur les masters 2, nous travaillons déjà ensemble, avec une filière commune en informatique entre Polytech et les masters informatiques de la fac. Nous réfléchissons à développer d'autres cours en commun et mutualisations. La question ne se poserait pas si nous n'étions pas là physiquement", décrit Philippe Collet.

"Même si l'on sent qu'on est plus récent que de grands pôles comme Grenoble, ou Paris, Sophia commence à être bien identifiée pour l'informatique", se réjouit Pierre Crescenzo. "En se regroupant, on crée ce côté label, pour être mieux reconnu, ajoute Michel Riveill. L'idée est que cela soit utile à tous : étudiants, doctorants et enseignants-chercheurs."

LE Renforcement des liens avec les entreprises

Le lancement du campus intervient aussi en vue d'un renforcement des liens entre les trois ingrédients de Sophia : les formations, les laboratoires et les entreprises. L'alchimie existe évidemment déjà dans le parc vallonné de Sophia Antipolis.

Avec d'abord un atout de taille pour les étudiants. "Cela nous aide beaucoup pour les stages de nos étudiants et pour l'apprentissage, présent dans plusieurs filières, explique Pierre Crescenzo. Le club des DRH en informatique, par exemple, est très utile."

Michel Riveill - Université de Nice - SophiaTech - Avril 2013 ©C.Stromboni"Pour l'instant, l'apprentissage est en M2, nous réfléchissons à l'élargir au M1 car la demande des entreprises qui nous entourent est vraiment forte", ajoute Philippe Collet.

"La culture "start-up" est importante à Sophia, confie Michel Riveill, vice-président de l'UNS délégué à Sophia Antipolis. Beaucoup d'étudiants créent aussi des entreprises".

Enseignant, chercheur et chef d'entreprise

Une synergie qui touche aussi les chercheurs. "C'est le secteur des nouvelles technologies qui veut ça, mais il faut noter qu'à Sophia, les laboratoires sont fortement impliqués dans le dépôt de brevets ou de logiciels", explique la présidente Frédérique Vidal.

Denis Caromel - Activeeon - Université de NiceDenis Caromel illustre à lui seul les différents versants de Sophia. Enseignant-chercheur en informatique, au sein d'une équipe de recherche commune INRIA (Institut national de recherche en informatique et en automatique) et université de Nice Sophia Antipolis-CNRS, il a créé avec des collègues du laboratoire son entreprise à Sophia : ActiveEon. Objet de sa société : la technologie open source "ProActive", développée justement dans le cadre de ses recherches.

"J'ai fait une partie de mon doctorat aux États-Unis dans une start-up, c'est peut-être ça qui m'a donné envie d'aller vers la création d'entreprise", explique l'enseignant, qui reconnaît que cela n'est pas commun, même à Sophia, et même en informatique. "Pour un enseignant-chercheur, créer une entreprise devrait être synonyme de réussite, avec la diffusion de ses recherches. C'est une autre forme de reconnaissance que la publication d'articles", estime-t-il, citant l'exemple de Stanford, ou pour passer full professor (professeur titulaire), il faut avoir monté sa boîte et qu'elle ait réussi. "On est encore loin de ça", observe-t-il.

Pour un enseignant-chercheur, créer une entreprise devrait être synonyme de réussite, avec la diffusion de ses recherches (D. Caromel)


Son cumul de fonctions d'enseignant-chercheur et de chef d'entreprise
- avec une décharge horaire équivalente à un mi-temps, dont la rémunération est reversée par son entreprise à l'université - n'est pourtant même pas assuré à l'avenir. "Jusqu'ici, la loi permet de prendre la direction d'une entreprise de transfert de technologie issue de la recherche publique, tout en gardant ses fonctions à l'université, pendant trois ans. J'arrive à ce terme... J'espère que la loi va évoluer."

Si Philippe Collet n'est pas, lui, chef d'entreprise, l'enseignant-chercheur et directeur adjoint du département informatique de l'UFR Sciences a pu voir une partie de ses recherches mises en application... grâce aux discussions autour de la machine à café. L'un des professeurs associés de l'université, un industriel qui travaille à Sophia, a en effet vu l'intérêt des technologies de génération automatique sur lesquelles il travaille. Un prototype a été monté avec son laboratoire. "Ça s'est fait parce qu'il y avait unité de lieu", explique le chercheur.

L'aménagement d'un espace de rencontres avec les industriels

Des cas qui restent encore des exceptions. D'où la volonté du nouveau campus d'organiser des espaces supplémentaires de partage, à l'interface entre le monde de l'université et de l'entreprise, notamment grâce au bâtiment "Forum", l'une des deux constructions qui viennent d'ouvrir.

La moitié du bâtiment héberge le LEAT (laboratoire d'électronique, antennes et télécommunications) ; l'autre moitié a pour objectif de devenir un lieu de manifestations et de rencontres pour l'université, les associations professionnelles et les entreprises de Sophia. "Avec le milieu industriel, il est difficile de créer des liens forts qui aillent au-delà des stages et des débouchés de nos étudiants, reconnaît Michel Riveill. Les rencontres se font au niveau des dirigeants industriels et académiques, mais il faut aller plus loin, en provoquant la rencontre entre les différents acteurs." L'incubateur PACA-Est et la SATT (société d'accélération du transfert de technologies) occupent également une partie des locaux.

Parmi les autres pistes du vice-président de l'UNS délégué à Sophia Antipolis pour favoriser ce rapprochement : la mise en place d'un conventionnement avec les entreprises, pour accueillir des salariés dans les laboratoires, à la manière des chercheurs étrangers invités. "Nous avons décidé de lancer l'appel d'offres auprès des entreprises. Cela sera financé en partie par les fonds Labex [Laboratoire d'excellence]", indique Michel Riveill. Des initiatives qui devraient permettre au campus de prendre consistance.

Un campus en pleine nature, mais excentré

Situé à une demi-heure de Nice en voiture, le campus SophiaTech a l'avantage du cadre. Entreprises, laboratoires et campus d'études (les Lucioles et les Templiers) sont intégrés à la pinède qui s'étend jusqu'au petit village de Sophia Antipolis, jalonné de routes et de ronds-points, sans oublier une cité de logements universitaires et une zone commerciale.

Un lieu paisible... mais "excentré et peu vivant", soulignent les étudiants. Pour les enseignants-chercheurs, si SophiaTech a permis à certains de rassembler enseignement et recherche au même endroit, d'autres poursuivent les allers-retours. Explication : ils ont des responsabilités à la fac des Sciences, à Valrose (Nice), ou des cours en licences, restées également à Valrose. Des trajets quotidiens qu'effectuent, par exemple, Pierre Crescenzo, directeur de la filière MIAGE et vice-doyen de la faculté des Sciences de l'UNS, et Philippe Collet, directeur adjoint du département informatique de l'UFR Sciences.

SophiaTech en chiffres

• 2.380 étudiants, dont :

- 1.000 à Polytech Nice dans 6 formations d'ingénieurs ;

- 730 dans les masters de l'université ;

- 650 à l'IUT dans 4 départements de formation.

• 290 enseignants-chercheurs et BIATOS, dont :

- 240 enseignants-chercheurs ;

- 50 BIATOS (personnels de bibliothèque, ingénieurs, administratifs, techniciens, ouvriers et de santé).

• 181 chercheurs dans les EPST (établissements publics à caractère scientifique et technologique), dans des laboratoires communs avec l'université de Nice - dont 29 CNRS, 28 INRA et 124 INRIA - et 186 ITA (ingénieurs, techniciens et administratifs) - dont 27 CNRS, 77 INRA, 82 INRIA.

• Sites d'études : le campus des Templiers (Polytech Nice Sophia et IUT), laboratoire LEAT (laboratoire d'électronique, antennes et télécommunications) avec les deux nouveaux bâtiments ouverts à la rentrée 2012, le campus des Lucioles (masters, prépa intégrée Polytech).

• Laboratoires de l'UNS (université de Nice Sophia Antipolis) à Sophia : I3S (laboratoire d'informatique, signaux et systèmes de Sophia Antipolis ; UMR UNS/CNRS, comptant également des équipes communes avec l'INRIA), LEAT  (UMR UNS/CNRS), ISA (institut Sophia Agrobiotech ; UMR UNS/INRA/CNRS).

• Grand Emprunt : un Labex a été remporté par les laboratoires de l'université de Nice à Sophia : UCN@SOPHIA, autour des sciences du numérique et des mathématiques, "centré sur les services que l'Internet de demain pourra offrir aux utilisateurs".


Camille Stromboni | Publié le

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Serge Miranda.

Je pense que l Université de Nice a une belle opportunité de montrer qu elle est ouverte de maniere PLURI DISCIPLINAIRE vers l INNOVATION du futur de l économie numérique, une "MULTI -VERSITE" avec de nouvelles approches de partenariats avec les entreprises (cf le Pôle IDEAS en gestation). Des mentalités (de chapelle pour ne pas dire de chateau fort) vont devoir changer et ce n et pas le plus facile ! A suivre en énergie positive :)

Serge Miranda.

Et FELICITATIONS à Denis pour ce beau ..."challenge" ! Bonne chance !

JF Carrasco.

Je me permets de réagir à la lecture de cette incise : "Un lieu paisible... mais "excentré et peu vivant" ". Saclay est donc en centre ville? C'est en effet la volonté de donner à l'environnement un rôle entièrement à part qui a permis à la technopole qui porte le Campus en son sein de rassembler plus de 30.000 emplois et 1500 raisons sociales dont une majorité dans les filières thématiques proches des enseignements de qualité que délivre le site local de l'Université de Nice et le reste des acteurs académiques de tous horizons et de toutes tailles également présents sur cette "garrigue". Quand un étudiant prend conscience que depuis des facilités "de proximité" pour ses stages, des structures d'accueil pour sa thèse et des incubateurs pour son projet sont tous à un jet de pierre ou presque, quand il comprend des réseaux locaux que l'esprit d'entreprise est aussi présent que les pins et le romarin, quand il peut allier formation et création... Bien des "quand" qui font de beaux résultats et inspiré des créations :)