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Philippe Rollet, président de Lille 1 : “Avoir des moyens facilite les démarches de regroupement”

Mathieu Oui
Publié le
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Philippe Rollet, président de l'université Lille 1 // DR
Philippe Rollet, président de l'université Lille 1 // DR

À la tête de l’université des sciences et technologies de Lille depuis 2007, Philippe Rollet est également président par intérim de la communauté d’universités et établissements Lille Nord de France. De la question des moyens à celle des ressources numériques, jusqu’au feuilleton de la fusion des établissements lillois, le président fait le tour des grandes questions d’actualité.

Le conseil d'administration de Lille 1 a adopté en novembre 2013 une motion alertant le gouvernement sur l'insuffisance des moyens de l'établissement. Qu'en est-il de ces difficultés financières ?

Ce sont les mêmes que celles de toutes les autres universités. Il y a notamment la question de la masse salariale qui évolue pour des raisons ne relevant pas du choix des universités. L'évolution, de l'ordre de 1,4 million d'euros en un an, est supérieure à ce que nous avons négocié lors du passage aux RCE (responsabilités et compétences élargies) qui était d'environ 800.000 € à l'époque. L'université ne devrait avoir à répondre que de la part du GVT (glissement-vieillesse-technicité) liée à sa propre stratégie, comme la transformation des maîtres de conférences en professeurs.

Pour le reste, c'est une décision nationale qui doit être accompagnée et compensée à l'euro près. En 2013, notre budget de fonctionnement a baissé de 12 %, nous devons donc faire des économies et gérer au plus juste. Certaines dépenses, comme l'électricité, le gaz, l'eau, le chauffage, sont incompressibles. Mais, en matière de masse salariale, en intégrant l'absence de compensation du GVT, on diffère et on étale la campagne d'emplois sur 2014 et 2015.

Avec 37 % de boursiers et une forte proportion d'étudiants salariés, Lille 1 accueille une population d'étudiants souvent en difficulté sociale. Comment l'université s'adapte-t-elle à ce contexte ?

Il est sûr que la région Nord Pas-de-Calais offre un contexte particulier, avec une surreprésentation d'étudiants issus de familles défavorisées et qui ont tendance à préférer des études courtes. Ce contexte suppose une réponse multiforme, qui passe à la fois par la formation initiale, le développement de l'alternance et la formation continue, avec des retours vers l'université plus nombreux.

Nous devons nous y préparer et repenser notre modèle pédagogique ainsi que les dispositifs d'accompagnement. Le développement de cours en ligne, qui permettent de compléter les cours en présentiel, en constitue un exemple.

Précisément, l'établissement est très impliqué dans le domaine des TICE. Comment concevez-vous le rôle des outils numériques dans l'accompagnement et le soutien des étudiants ?

L'objectif d'un service tel que le SEMM (Service enseignement et multimédia) est de fournir des ressources numériques en complément des formations pour creuser une question ou répondre au nomadisme croissant des étudiants qui se développe pour des raisons diverses.

Plus fondamentalement, ces ressources viennent en accompagnement de la politique de l'établissement, par exemple en matière de transition entre le lycée et l'université avec des tests d'aptitude, ou encore dans le domaine de l'accompagnement vers la réussite. Dans ce cas, les ressources en ligne sont complémentaires d'un cours en présentiel.

Comment jugez-vous le développement des MOOC ?

Nous suivons cette question de près. L'ouverture de la plate-forme FUN (France université numérique) est une reconnaissance plus forte qu'avant que les ressources numériques peuvent constituer un appui des politiques de formation et de leurs objectifs.

Mais elle génère aussi une certaine inquiétude. Ce dispositif doit veiller à travailler en coopération avec les dispositifs existants, comme les UNT (universités numériques thématiques), sans les absorber ou les faire disparaître. Car, depuis de nombreuses années, une UNT comme Unisciel, qui est hébergée par notre université, a produit un nombre considérable de ressources mutualisées, avec, par exemple, des licences complètes proposées en ligne.

La plate-forme FUN doit veiller à travailler en coopération avec les dispositifs existants comme les UNT

Depuis quelques années, le dossier de l'université de Lille, lié à une éventuelle fusion des établissements, a connu maints rebondissements. Pourquoi est-ce si compliqué ?

Pouvez-vous me donner des exemples d'universités où le rapprochement s'est passé dans la sérénité ? Vous pensez que c'est un processus simple ? Certaines universités ont choisi la fusion et, une fois cela décidé, il reste un tas de problèmes à régler. À Lille, notre démarche a toujours consisté à suivre un mode projet, avec des réalisations concrètes. C'est ce que nous avons fait pour l'Idex 2 et le plan campus et c'est ainsi que nous poursuivons.

Nous avançons de façon pragmatique et significative dans l'idée de transfert de compétences. Il ne s'agit pas de tout mutualiser mais de se concentrer sur des actions à forte valeur ajoutée collective. Nous avons défini une série de projets avec un calendrier de réalisations concrètes étalées jusqu'en 2015. Par exemple, nous sommes en train de mutualiser la réponse à certains marchés publics, comme celui du papier. De même, nous avançons vers une politique patrimoniale commune.

Quant au socle de recherche, il est déjà très intégré, puisque les laboratoires sont souvent en multitutelle. Par exemple, dans le domaine du cancer, le SiRIC (Site de recherche intégrée sur le cancer) repose sur une collaboration entre le CHRU, l'équipe de santé de Lille 2 et des équipes de Lille 1.

Les relations entre les partenaires ne se sont-elles pas tendues avec les difficultés financières des établissements ?

Il est certainement plus facile de progresser rapidement quand on dispose des ressources. C'est d'ailleurs pour cela que nous étions candidats à l'Idex 2 : pour mobiliser des financements. Les universités ayant bénéficié de moyens considérables avancent plus vite.

C'est aussi une question de renforcement de la qualité du service public. Les universités sont porteuses de plus en plus d'exigence quant à leur mission pour la collectivité : en matière de formation aux métiers de demain ou de soutien à l'innovation. La question des moyens n'est pas un frein pour l'instant, mais c'est très clairement un facilitateur.



Mathieu Oui | Publié le

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