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L’université d’Orléans, entre enseignement de proximité et recherche de pointe

Olivier Monod
Publié le
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L'université d'Orléans // ©Université d'Orléans - JS Loiseau.
L'université d'Orléans // ©Université d'Orléans - JS Loiseau.

Avec des sites délocalisés à proximité du BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) et du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), l’université d’Orléans tente de faire de sa situation géographique un atout.

"Ce n’est pas à la taille des feuilles que l’on juge de la profondeur des racines." C'est par cet aphorisme que le président Youssoufi Touré résume l’ambiguïté de l’université d’Orléans, petite université française jouant la carte de l’excellence scientifique.

Des sites délocalisés remis en question


L’université d’Orléans est un établissement de proximité dont le premier défi reste l’insertion professionnelle de ses 14.000 étudiants. Pour ce faire, elle compte sur une trentaine de licences professionnelles, quatre IUT, une école d’ingénieurs et des formations en alternance, notamment en droit.

Sa principale difficulté, ces derniers temps, a été la gestion des sites délocalisés. Ouvert dans les années 1990, "quand la flambée du nombre d’étudiants justifiait leur création", d’après Gérald Guillaumet, l’ancien président de l’université, ces antennes ont été remises en cause. Elles n’étaient plus suffisamment attractives.

"Nous avons en effet réduit le nombre de formations proposées sur chaque site, précise Youssoufi Touré. Avant, nous avions beaucoup de licences mais qui s’arrêtaient en L2. Les étudiants devaient suivre la L3 à Orléans. Nous avons mis un terme à cette situation. Nous proposons sur chaque site un nombre réduit de cursus spécifiques allant de la L1 à la L3."

Les sites délocalisés se sont donc vu attribuer une spécialité. La valorisation des ressources végétales pour Chartres, un pôle risque à Bourges, enfin Châteauroux hérite de la logistique, y compris la gestion, l’automatique et le transport.

L’université est obligée de composer avec cet héritage géographique. Pour son président, "elle n’a pas choisi d’être ainsi éclatée. Mais nous devons gérer cette dispersion territoriale avec une stratégie cohérente. Il est hors de question de garder un site pour garder un site. Il faut avoir une stratégie." Il y a toujours des avantages à cet éclatement. "Cette implantation locale nous permet tout de même de participer à tous les pôles de compétitivité en création dans la région."

Nous proposons sur chaque site un nombre réduit de cursus spécifiques allant de la L1 à la L3

Gérer la proximité avec Paris


Ces sites délocalisés permettent également une proximité de l’enseignement supérieur avec la population et donc d’éviter la fuite vers Paris. "Depuis trois ans, nous observons une augmentation du nombre d’étudiants entrants, explique Youssoufi Touré. Cela est dû, selon moi, à notre maillage territorial. La somme des petites augmentations fait une augmentation."

Paris n’est plus un voisin gênant. Même les enseignants-chercheurs cèdent de moins en moins à ses sirènes. "Il y a dix ou quinze ans, nous avions des “profs turbos” qui passaient trois ans chez nous sans s’installer dans la région et retournaient vite à Paris, rappelle Aline Cheynet de Beaupré, codirectrice de l'École de droit. Mais aujourd’hui cela n’existe plus vraiment. Nous avons fidélisé nos professeurs. Ils trouvent ici des conditions qu’ils ne peuvent avoir à Paris : des bureaux, des moyens pour leur recherche, une possibilité d’évolution de carrière rapide, un contact direct avec les étudiants et un nombre de copies raisonnable."

La proximité avec la capitale peut même être un avantage. "Nous avons un laboratoire de linguistique qui profite de notre situation géographique pour organiser des colloques ou des séminaires d’une journée à la bibliothèque François-Mitterrand", relate Julien Borderieux, PRAG élu au CA.

Être visible dans quelques secteurs de pointe


L’autre proximité, plus fructueuse, dont jouit l’université d’Orléans est celle des campus du CNRS et du BRGM. Ces deux centres de recherche lui permettent de développer une politique scientifique de haut vol.

"Les investissements d’avenir sont un motif d’espoir pour nous. En géosciences, en énergie et matériaux, nous sommes au même taux de Labex et d’Equipex quant au nombre de chercheurs que des centres comme Lyon ou Grenoble. Nous émergeons au plan national dans ces secteurs d’excellence", fait valoir Youssoufi Touré.

La politique du président est clairement de se concentrer sur quelques secteurs, les "pointes de flèches", et de les hisser au plus haut niveau scientifique. "L’excellence scientifique, c’est une capacité d’être visible au niveau international et une capacité de figurer dans le concert national, considère-t-il. Mais il ne faut pas viser que l’excellence scientifique. Une université qui ne regarde pas son taux d’insertion passe à coté d’une de ses missions. Le but est de concilier nos deux missions de proximité et d’excellence dans un dynamisme global."



Olivier Monod | Publié le

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