Philippe Boutry (université Paris 1) : "Nous espérons que le ministère va accomplir sa part de l’effort financier"

Camille Stromboni
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Philippe Boutry - université Paris 1 Panthéon-Sorbonne – oct2013 ©CS
Philippe Boutry - université Paris 1 Panthéon-Sorbonne – oct2013 ©CS
L’université Paris 1 - Panthéon-Sorbonne a vécu d’importantes tensions au début de l’été 2013, avec l’adoption d’un plan d’économies fondé sur la réduction de l’offre de formation. Le président Philippe Boutry fait le point sur la situation financière de son établissement, ainsi que sur ses perspectives immobilières et stratégiques pour l’année à venir.

Comment s’est passée la rentrée, après les fortes tensions autour du plan de réduction de l’offre de formation de l’université ?

La rentrée s’est bien passée. Nos effectifs sont stables, oscillant entre 40.000 et 45.000 étudiants. Il n’y a pas eu d’incidents particuliers, les conseils centraux se sont tenus normalement, le climat s’est apaisé.

La nouvelle offre de formation a été mise en place, avec des réductions de l’offre de l’ordre de 6 à 10%, essentiellement grâce à des mutualisations d’enseignements. Nous n’avons fermé aucun diplôme ni parcours. Le casse-tête revient plutôt aux responsables des plannings, qui ont dû les rendre compatibles avec la contrainte des locaux très limités à Paris 1.

Grâce à ce plan d’économies, nous pouvons opérer, pour le printemps 2014, la republication de l’intégralité des postes que nous avions rééchelonnés [non publiés, NDLR] lors de notre arrivée à la présidence au printemps 2012.

Depuis trois ans, nous avons un déficit structurel d’environ 4 millions d’euros par an

Soutenez-vous la démarche d’Anne Fraïsse, qui a dénoncé avec fracas les difficultés budgétaires que rencontre Montpellier 3, ou encore les 17 présidents qui ont signé une motion sur l’inaction de l’État vis-à-vis de la situation financière de l’université ?

Nous sommes dans le même état d’esprit. Nous avons adopté une motion, avec le conseil d’administration, qui rappelle notre démarche.

Depuis trois ans, nous avons un déficit structurel d’environ 4 millions d’euros par an. Nous avons fait des efforts internes très importants : outre ces mesures sur l’offre de formation, nos dépenses de fonctionnement ont été réduites au minimum. Les investissements ne représentent presque plus rien. Malgré cela, notre fonds de roulement est désormais quasiment vide.

Nous sommes victimes du problème principal des universités : le passage aux RCE [responsabilités et compétences élargies] n’a pas tenu compte des dépenses des universités. Et précisément du GVT [glissement vieillesse technicité, ou évolution de la masse salariale des universités en raison de celle des carrières et promotions des fonctionnaires, NDLR], qui n’est pas financé par l’État. Cela pèse très lourdement sur Paris 1, qui est plutôt une université de fin de carrière pour les personnels.

C’est simple : nous recevons près de 165 millions d’euros de masse salariale, tandis que celle-ci représente en réalité 168 millions d’euros.

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne – oct2013 Centre Panthéon ©Camille Stromboni

L’État vous a-t-il apporté une réponse sur cette question du GVT, mais aussi sur l’une de vos problématiques majeures : le coût de l’immobilier ?

Sur le GVT pour l’instant, la réponse de l’État est négative, comme pour l’ensemble des universités. Notre demande principale porte sur la compensation de nos loyers : il existe en effet un delta de deux millions d’euros entre les loyers que nous versons et ce que l’État compense. La réponse de l’État demeure très insuffisante sur ce point. Nous avons obtenu 300.000€, notifiés officiellement. Nous y sommes sensibles, mais nous sommes encore loin du compte.

Un nouveau plan d’économies est-il à craindre ?

Non, pas pour l’instant, dans la mesure où nous espérons que le ministère va accomplir sa part de l’effort. Mais notre situation financière n’est ni saine, ni stable.

Où en sont les opérations immobilières de l’université Paris 1, avec le projet Condorcet, qui devrait également pallier en partie votre manque de mètres carrés ?

Cela avance bien. Sur Aubervilliers, qui accueillera des masters et des chercheurs, les présidents et directeurs d’établissement examinent les projets architecturaux et immobiliers dans le détail. L’objectif est d’emménager en 2018.

À La Chapelle, qui concerne principalement notre premier cycle, un accord a été trouvé entre les trois partenaires (État, ville, région) : la maîtrise d’ouvrage est déléguée au campus Condorcet lui-même. Il reste à régler quelques problèmes liés aux coûts de la dépollution des sols. L’emménagement est prévu pour 2019.

Enfin, une seconde opération d’envergure nous concerne : la caserne de Lourcine (XIIIe arrondissement), dont nous allons, grâce à mon prédécesseur, récupérer deux ailes du bâtiment pour installer l’ensemble des masters de droit, les bibliothèques, quelques amphithéâtres... L’emménagement aura lieu en 2016.

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne – oct2013 Centre Tolbiac ©Camille Stromboni

Côté regroupements, le PRES auquel vous appartenez, Hésam, est devenu une communauté d’universités et établissements avec la promulgation de la loi ESR cet été. Dans quel sens le projet évolue-t-il ?

Il reste le même : nous voulons créer une grande université de recherche en SHS (sciences humaines et sociales), de type confédéral, sans aucune perspective fusionnelle. Nous voulons développer les synergies ensemble.

Un collège des écoles doctorales de la CUE existe déjà. Nous envisageons de mettre en place des collégiums disciplinaires, réunissant enseignants-chercheurs et chercheurs des différents établissements. Nous préparons actuellement le contrat de site pour 2014.

Une nouvelle saison d’appels à projets pour les Initiatives d’excellence va être lancée en 2014. Votre pôle a déjà obtenu un "Idex prometteur". Sera-t-il de nouveau sur les rangs pour cette troisième compétition ?

Nous n’avons aujourd’hui qu’un "demi-Idex", ce que nous regrettons. Nous entendons bien sûr concourir à cette nouvelle vague pour obtenir un Idex à plein régime. Nous aurons, semble-t-il, un concours spécifique.


Camille Stromboni | Publié le

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