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Université Paris 1 - Panthéon-Sorbonne : l’interdisciplinarité à l’honneur

Camille Stromboni
Publié le
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Une histoire génétique. L’interdisciplinarité est ancrée au cœur de l’université Paris 1 - Panthéon-Sorbonne, mastodonte de la montagne Sainte-Geneviève qui réunit plus de 40.000 étudiants dans trois grands domaines : le droit, l’économie, les arts et sciences humaines et sociales, sur 27 sites. Avec un dispositif saillant : la quinzaine de doubles licences proposées par l’établissement parisien.

"L’interdisciplinarité est dans nos gènes, sourit le président Philippe Boutry. L’université Paris 1 s’est constituée autour des principes portés par la loi Faure de 1968 : l’autonomie, la participation et surtout l’interdisciplinarité. Les enseignants-chercheurs de l’ancienne Sorbonne qui souhaitaient jouer le jeu de l’interdisciplinarité se sont retrouvés ici, en droit, en science politique, en économie, en gestion, en sciences humaines et sociales... C’est fondamental et cela s’est accentué durant ces quatre dernières décennies."

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne – oct2013 Centre Panthéon ©Camille StromboniUne gouvernance tournante entre les trois domaines disciplinaires

Une dimension historique qui existe, plus ou moins fortement, dans les différents mondes de l’université. Déjà dans sa gouvernance : la présidence est tournante entre les trois secteurs disciplinaires qui forgent l’identité de l’établissement. "J’ai succédé à un juriste, illustre l’historien Philippe Boutry. Un économiste prendra ma suite." Les vice-présidents sont eux aussi partagés, avec deux postes par grand domaine. "Toutes les disciplines sont représentées dans les conseils centraux. Ce souci de l’équilibre est fondamental", ajoute le président.

Autre strate où l’interdisciplinarité est visible : l’offre de formation de Paris 1. Le président rappelle en effet que les maquettes de licence ont été ouvertes à des enseignements complémentaires issus des autres disciplines de l’université dès les années 1970.

Ce qui n’est pas synonyme pour autant de passerelles ou de possibilités de réorientation en licence plus fortes qu’ailleurs. La première année ne constitue en effet aucunement un portail généraliste mêlant les trois domaines, comme souhaite l’instituer la ministre Geneviève Fioraso. "Les bacheliers choisissent, dès la première année, d’entrer dans un cursus disciplinaire, décrit la vice-présidente Communication et systèmes d’information, Nadia Jacoby. Pour changer de voie, des commissions d’équivalence instruisent les dossiers, comme ailleurs, et cela concerne un petit nombre d’étudiants.”

Une large palette de doubles licences en interne

Ce sont surtout les doubles licences qui donnent vie à l’interdisciplinarité à Panthéon-Sorbonne. Droit-philosophie, géographie-économie, histoire-histoire de l’art et archéologie… Douze doubles cursus en interne permettent aux étudiants d’obtenir deux licences à l’issue des trois années d’études, et d’avoir ainsi accès à une large palette de masters. Un dispositif qui concerne 7 % des étudiants de licence l’établissement, avec entre 30 et 100 étudiants par promotion. A noter également : deux doubles licences sont proposées avec l'université Paris 3.

"Ces cursus attirent de plus en plus", reconnaît Philippe Boutry. En histoire-science politique, double cursus le plus demandé, l’université reçoit 4.500 candidatures… pour 100 places ! Une sélection, sur dossier, qui n’a rien de malthusienne, défend cependant le président. "Ces filières ne sont pas proprement sélectives, en ce sens que nous fixons les places uniquement en raison des capacités d’accueil limitées, avec le manque criant de locaux dont souffre Paris 1, explique-t-il. Nous souhaiterions évidemment accepter plus d’étudiants."

Des filières qui coûtent cher ?

Une question financière également, pour l’université en très forte tension après trois déficits consécutifs ? Les détracteurs de ces filières sélectives, auxquelles est souvent accolé le qualificatif d’excellence, dénoncent en effet ces îlots comme privilégiés au sein de l’université, alors qu’ils ne profitent qu’à un faible nombre d’étudiants.

"Ces filières ont un coût, mais très raisonnable, estime le président. Les cours magistraux auxquels ces étudiants assistent sont les mêmes que ceux des autres étudiants de licence classique. Nous devons financer uniquement les groupes de TD supplémentaires."

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne – TD économie - Licence Droit-Economie - oct2013 Tolbiac ©C.Stromboni

"La vraie difficulté est d’ordre organisationnel, ajoute la vice-présidente Nadia Jacoby. Il s’agit de faire correspondre les emplois du temps, après avoir défini une offre pédagogique cohérente, sans doublons. Nous avons l’avantage de disposer des différentes disciplines en interne, mais l’inconvénient d’être éclaté sur un grand nombre de sites."

Bien notées par l’AERES (Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur), les licences de Paris 1 ont en revanche une faiblesse, pointée à plusieurs reprises dans leurs évaluations : le manque de visibilité sur l’insertion professionnelle. "Nous avons un déficit en la matière. Nous essayons d’y remédier, en développant les enquêtes", avoue Philippe Boutry.

Concernant les masters, pas de double cursus en revanche. "Nous avons tout de même une particularité, souligne le président Boutry. Beaucoup de nos masters professionnels profitent de l’articulation de deux grandes disciplines de chez nous, le droit et la gestion, déclinées à chaque fois à la thématique en question, par exemple en muséographie ou en cinéma."

Recherche : des axes communs

Enfin, sur le terrain de la recherche, l’université Paris 1 apparaît globalement comme un établissement comme un autre. La majorité des laboratoires sont en effet "monodisciplinaires". En revanche, si ce n’est pas une tendance dominante, les projets alliant les disciplines rencontrent le soutien de l’université, avec certaines facilités du fait de l’appartenance au même établissement.

Armelle Andro, "maîtresse" de conférences en démographie - l'enseignante tient à ce terme - fait ainsi partie d’un regroupement d’une vingtaine de chercheurs de Paris 1 (juriste, politiste, historien, géographe, économiste, historien de l’art…) qui travaillent autour de la question du genre. "C’est une structure informelle qui fait vivre une forte dynamique de recherche. Nous répondons ensemble à plusieurs appels d’offres. Nous organisons aussi une école d’été doctorale, en collaboration avec d’autres partenaires de Condorcet ou du pôle Hésam", expose-t-elle.

Mélanger les cultures

"Ces initiatives fonctionnent bien parce que nous sommes soutenus par la politique scientifique de l’université, avec des financements, une aide au montage de projets, ou encore un espace sur le site Internet qui nous donne de la visibilité", décrit la chercheuse. Ce qui n’efface pas l’une des difficultés premières pour mener de telles recherches : le manque de reconnaissance. "Les cadres disciplinaires dans l’évaluation des enseignants-chercheurs et des chercheurs demeurent fondamentaux en France. C’est là où le bât blesse, mais cela évolue", pense-t-elle.

Quant à réussir à faire travailler ensemble des chercheurs aux cultures très différentes, Armelle Andro reconnaît certains questionnements au quotidien, qu’elle estime tout à fait surmontables. "Les logiques disciplinaires sont fortes. Par exemple dans la manière dont on publie des résultats de recherche. Quand les historiens privilégient la publication d’un ouvrage, les économistes seront plutôt dans une logique d’articles dans des revues internationales. Nous nous retrouvons donc parfois face à des dilemmes, rapporte-t-elle. Cela demande de l’ouverture d’esprit et nous force à ne pas être paresseux."

Une exigence qui devrait se renforcer avec le développement des collaborations interétablissements au sein de la communauté Hésam.


Camille Stromboni | Publié le

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