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Jacques Bittoun (Paris-Sud) : "L’université doit rester au centre du système de recherche"

Sophie Blitman
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Jacques Bittoun, président de l'université Paris-Sud
Jacques Bittoun, président de l'université Paris-Sud // ©  M. LECOMPT/PSUD

Élu fin mai 2012, Jacques Bittoun est arrivé à la tête d’une université en pleine refondation. Outre la mise en place de la future université Paris-Saclay, le président doit faire face à des contraintes budgétaires qui le conduisent à rationaliser les dépenses et à moderniser la gestion de son établissement.

Depuis les Investissements d’avenir, l’université Paris-Sud est engagée dans la construction de l’université Paris-Saclay, annoncée pour 2014. Quels sont aujourd’hui pour vous les enjeux d’un tel projet ?

2013 est une année charnière pour Paris-Sud. Nous préparons le renouvellement de notre contrat quinquennal dans un contexte particulier : si le ministère pousse toutes les universités à réfléchir en termes de politique de site, c’est encore plus vrai pour nous, en raison de la densité du tissu d’enseignement et de recherche et des enjeux politiques sous-jacents à la mise en place de l’Idex Paris-Saclay.

Si ce rapprochement avec d’autres établissements et organismes est bénéfique, nous souhaitons que l’université reste au centre du système de recherche, qu’elle ne soit pas réduite à une dimension régionale, liée à l’accueil des jeunes locaux auxquels il faut donner un métier. Une université comme Paris-Sud doit être au carrefour de la formation et de la recherche.

En interne, vous vous étiez engagé au moment de votre élection à moderniser la gestion de l’université. Où en est ce chantier ?

Nous avons missionné un cabinet pour nous conseiller sur l’optimisation des fonctions administratives et nous avons commandé un schéma directeur numérique. Il est en effet indispensable de moderniser nos outils.

Par exemple, nous avons un logiciel pour les payes, un autre pour la comptabilité, ce qui induit des approximations et des erreurs dans les calculs. Il nous faut un système d’information qui gère la paye et reporte dans la comptabilité ce qui doit y être. J’espère que celui-ci sera opérationnel d’ici à quatre ans. L’objectif est de parvenir à une réelle transparence qui est, avec la rigueur, l’une des caractéristiques d’une gestion de qualité.

La transparence est, avec la rigueur, l’une des caractéristiques d’une gestion de qualité



Au-delà des outils, quelle politique budgétaire entendez-vous mener dans un contexte économique globalement difficile ?

Nous sortons d’une période que j’ai mal connue, où le budget excédait de deux ou trois millions les dépenses. Aujourd’hui, en raison du passage à l’autonomie en 2010 et de la révision du système de répartition des moyens, nous sommes à peine à l’équilibre. Aussi devons-nous revoir toutes les dépenses de manière à ne pas proposer des cursus que nous n’avons pas les moyens de financer. Cela implique de rationaliser l’offre de formation et de diminuer le volume global d’heures complémentaires, tout en accroissant nos ressources propres.

Dans quelle mesure la valorisation de la recherche peut-elle y contribuer ?

Nous avons commencé à rénover le fonctionnement du SAIC (service d’activités industrielles et commerciales), qui était jusque-là autorisé à prélever 3% sur chaque contrat : un montant insuffisant pour qu’un tel service soit autofinancé et apporte des ressources.

J’ai récemment été visité l’université catholique de Louvain, exemplaire en la matière, qui prélève 17% sur tous les contrats. La moitié du montant perçu est affectée au service de valorisation, l’autre moitié à l’université. Dans cette perspective, nous avons voté une autorisation de prélèvement de 14%. La moitié reviendra au SAIC, à la tête duquel nous allons nommer un directeur, qui devrait avoir un profil industriel. Il s’agit aussi de financer des CDI sur des métiers qui ne relèvent pas de la fonction publique, notamment pour mener des études sur des brevets et développer des relations sur les contrats. Nous voulons également organiser des séminaires pour former nos enseignants-chercheurs sur des aspects administratifs liés à la valorisation de la recherche comme la discussion d’un contrat, la rédaction de conventions… Une université comme la nôtre doit se donner les moyens de ses ambitions.

Comment allez-vous employer les 7% restants ?

Ils seront dédiés à la rénovation des infrastructures de l’université car notre patrimoine est largement dégradé. Le Plan campus prévoyait initialement le déménagement de toute l’université sur le plateau de Saclay. Mais, en définitive, la médecine reste au Kremlin-Bicêtre, l’IUT à Cachan et seul un tiers du campus d’Orsay ira sur le plateau.

Nous avons demandé à une société de travailler sur la restructuration des deux tiers qui resteront dans la vallée. Un plan total de 500 M€ nous a été proposé pour réhabiliter cette partie du campus, définissant une organisation autour de trois secteurs : la recherche, la formation et l’administration. Bien sûr, nous n’aurons pas cette somme immédiatement ! En particulier, il y a une réflexion à mener avec les communes sur lesquelles nous sommes implantés afin de définir des opérations les unes après les autres. Mais cela permet d’avoir une vision à long terme.


Sophie Blitman | Publié le

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