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Paris-Sud : comment le projet Saclay influe sur l’offre de formation

Sophie Blitman
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L'entrée du campus d'Orsay de l'université Paris-Sud © S.Blitman mars 2013
L'entrée du campus d'Orsay de l'université Paris-Sud © S.Blitman mars 2013

Pour Paris-Sud, le renouvellement de l’offre de formation dans le cadre de son contrat quinquennal va de pair avec la construction de l’université Paris-Saclay. Alors que la contestation syndicale vis-à-vis de l’Idex reste sous-jacente, et dans un contexte économique tendu, l’équipe présidentielle affirme vouloir mettre en place une politique de site ambitieuse, pour tous.

Comme toutes les universités de la vague E, Paris-Sud va déposer sa nouvelle carte de formation le 15 octobre 2013. Au-delà de la complexité inhérente au renouvellement du contrat quinquennal, l’établissement francilien doit relever un nouveau défi : construire une offre cohérente avec le projet de la future université Paris-Saclay qui doit officiellement voir le jour le 1er janvier 2014.

S’il existe une tradition de collaboration dans les structures de recherche des membres de l’Idex, c’est beaucoup moins le cas pour la formation. Des accords existent entre Paris-Sud et ses voisins, mais ils ont souvent fait l’objet de conventions ponctuelles et concernent essentiellement les sciences dites dures, comme l’emblématique double diplôme signé en 2010 avec l’École polytechnique. En revanche, les partenariats se font plus rares en sciences humaines et sociales.

Or, les acteurs de Paris-Saclay se sont engagés non seulement à partager 80% de leurs doctorants, mais aussi à mutualiser 30% de leurs masters en 2016, et la totalité en 2022. Les objectifs sont moins clairs pour la licence où il s’agit de «mener des actions conjointes», comme le dit Jacques Bittoun, président de Paris-Sud, la formule reflétant le flou qui règne encore sur ce plan.

Des masters mutualisés

Gilles Laschon, élu Snesup au Conseil d'administration de l'université Paris-Sud - DRAfin de remettre à plat l’offre de formation, en parallèle du contrat quinquennal, la FCS (fondation de coopération scientifique) Campus Paris-Saclay a lancé un appel à projets de masters auprès de tous ses membres. À Paris-Sud comme dans les autres établissements de l’Idex, les enseignants-chercheurs ont été sollicités pour transmettre des lettres d’intention. Rassemblées fin janvier 2013, celles-ci sont désormais examinées par la FCS qui souhaite restructurer l’offre à partir des quelque 300 spécialités de master proposées. La carte des formations de la nouvelle université Paris-Saclay devant être achevée pour la rentrée 2015.

Pour le président de Paris-Sud Jacques Bittoun, «le passage aux maquettes permet de passer de la longue période de préparation de l’Idex, qui relevait d’une démarche top-down, à la phase bottom-up : aujourd’hui, ce sont les responsables de formation qui font Paris-Saclay», affirme-t-il.

Mais tous les personnels ne l’entendent pas de cette façon : les organisations syndicales demandent toujours un moratoire sur le projet de Paris-Saclay dont elles dénoncent le «manque de concertation et de démocratie». «La question n’est pas de savoir si l’on est pour ou contre les coopérations de formation et de recherche, explique Gilles Laschon, élu Snesup au conseil d’administration de Paris-Sud. Nous contestons le fait que les décisions soient prises par une superstructure qui bouleverse les équilibres et nie la possibilité pour les personnels d’orienter la politique de leur établissement comme c’est normalement le cas dans une université.» Et de pointer du doigt cet appel à projets de masters, qui émane «non pas du CEVU [conseil des études et de la vie universitaire], instance représentative de la communauté, mais de la FCS, qui rassemble les exécutifs des établissements».

Cependant, fait valoir Colette Voisin, vice-présidente du CEVU de Paris-Sud, «nous avons demandé aux collègues, dans les lettres d’intention qu’ils ont fait remonter à la FCS début janvier, s’ils souhaitaient que leur projet de master soit délivré au nom de Paris-Saclay. C’est le cas de 70% des projets émanant du campus d’Orsay», soutient-elle. Signe, à ses yeux, que la contestation de ce qui était qualifié de «projet Sarkozy» s’est affaiblie avec le changement de gouvernement, même si des craintes de voir Paris-Sud diluée dans Paris-Saclay demeurent.

Nous contestons le fait que les décisions soient prises par une superstructure qui bouleverse les équilibres (G.Laschon)

De nouvelles marges de manœuvre ?

Pour l’équipe dirigeante de Paris-Sud, l’intégration dans Paris-Saclay devrait permettre au contraire de proposer aux étudiants une offre de formation plus riche : outre les nouveaux parcours qui pourraient être mis en place, «agrandir le bassin d’étudiants devrait éviter de devoir fermer des masters, comme nous avons déjà dû le faire en raison d’effectifs insuffisants», avance le président.

Colette Voisin, VP CEVU de l'université Paris-Sud © M. LECOMPT/PSUDLa vice-présidente, Colette Voisin, veut également croire que la mutualisation sera bénéfique dans un contexte financier difficile, à Paris-Sud comme dans l’ensemble des universités françaises. «Les écoles, espère-t-elle, seront sans doute incitées à mettre plus de moyens dans ces formations mutualisées Saclay que ce qu’elles mettent actuellement dans les M2 cohabilités, et les M1 devraient désormais également être concernés. Surtout, de nouveaux partenaires viendront se greffer, d’où un potentiel de formation accru et une meilleure répartition des coûts.»

Une offre de formation "soutenable"

In fine, l’objectif affiché de Paris-Sud est de mettre en place une offre de formation «soutenable» financièrement, selon l’expression dont Jacques Bittoun a fait son leitmotiv.

Alors que de nombreuses universités cherchent à faire des économies, Paris-Sud s’est engagée dans un vaste travail pour déterminer un volume maximal d’heures complémentaires de cours pour chaque composante, en tenant compte de l’activité recherche ainsi que des besoins d’encadrement spécifiques aux différentes disciplines. Un plafond horaire a également été voté par niveau de diplôme : 1.800 heures pour les trois années de licence, 600 en licence professionnelle, de 500 à 600 en master 1 selon la durée du stage, 300 en master 2 indifférencié…

De quoi s’attirer les foudres des syndicats. «Dans un contexte de sous-financement chronique, la présidence a choisi, dans la nouvelle maquette, de limiter le volume horaire devant les étudiants, ce qui va nous conduire, par exemple, à former des groupes de TD plus nombreux», dénonce Gilles Laschon du Snesup.

«On devient comptable, mais il ne s’agit pas de faire des économies à tout prix : certaines UE n’étaient plus pertinentes aujourd’hui, rétorque Colette Voisin. Notre souci premier reste la qualité de la formation, fondée sur l’adossement à la recherche et à l’insertion professionnelle des étudiants. Saclay ou pas, on ne vendra pas notre âme sur ces deux points.»

Renforcer les échanges au niveau de la licence

Le bâtiment de chimie de l'université Paris-Sud, sur le campus d'Orsay © S.Blitman mars 2013Si les projets ne sont pas encore définis pour la licence, Paris-Sud mêle deux objectifs : tout d’abord, développer les parcours d’excellence pour ses étudiants, qui pourraient plus facilement trouver des passerelles vers les grandes écoles. De tels dispositifs existent déjà : il s’agit par exemple de l’accord de double diplôme avec Centrale et Supélec qui fait se succéder des enseignements de L3 ou première année de magistère, de cycle ingénieur, et de M2 ou deuxième année de magistère.

Par ailleurs, l’université souhaite accueillir davantage d’élèves des écoles, comme elle le fait dans le cadre de son partenariat avec HEC : en 2012-2013, une vingtaine d’étudiants issus de classe prépa ont pu s’inscrire en licence de mathématiques, en parallèle de leur cursus grande école.

Première université française du classement de Shanghai, Paris-Sud compte sur sa réputation pour faciliter de tels partenariats, ainsi que sur les besoins de recrutement des écoles d’ingénieurs.

Mais pour Gilles Laschon, «le problème principal de l’université aujourd’hui est celui de l’enseignement en L1. Or, l’université Paris-Saclay ne va avant tout bénéficier qu’aux étudiants des parcours d’excellence et des grandes écoles : aujourd’hui, l’accent est mis sur l’aspect prestigieux de formations ciblées. Le projet, estime-t-il, ne répond pas à la dualité université/grandes écoles.»

Former les élites et donner un avenir à tous les étudiants. C’est ce que font aujourd’hui séparément les écoles et les universités. L’objectif est de parvenir à le faire ensemble (J.Bittoun)


Concilier tutorat et parcours excellence

À l’inverse, l’équipe présidentielle affirme que les économies réalisées sur certaines formations devraient permettre d’investir davantage dans des dispositifs de soutien aux étudiants les plus fragiles, à travers notamment le tutorat et la réorientation. En particulier, Paris-Sud souhaiterait rendre obligatoire une L1 scientifique en deux ans pour les étudiants qui, du fait de leur parcours scolaire, n’ont pas les prérequis nécessaires pour réussir en une année : les bacheliers ES sans option maths ainsi que les bacheliers technologiques. Un parcours aujourd’hui proposé sur la seule base du volontariat. Or, «d’après les directeurs des études de L1 sciences, le taux de réussite des bacheliers non scientifiques faisant cette première année en un an, excepté ceux qui ont suivi la PCSO [préparation aux cursus scientifiques d’Orsay] (lien vers l’article PCSO de letudiant.fr), avoisine le zéro», avance Colette Voisin, qui reconnaît que concilier ces différents objectifs «peut paraître parfois un peu schizophrène».

Jacques Bittoun, lui, résume en une phrase ce qu’il aimerait voir devenir la devise de l’université Paris-Saclay : «Former les élites et donner un avenir à tous les étudiants. C’est ce que font aujourd’hui séparément les écoles et les universités. L’objectif est de parvenir à le faire ensemble», explique le président de Paris-Sud. À ses yeux, au-delà de la carte des formations, l’enjeu d’un regroupement comme celui de Saclay est de changer l’image des universités, à commencer par la sienne.


Le futur bâtiment de l’Institut des sciences moléculaires de l'université Paris-Sud sur le plateau de Saclay - © Klaus en Kaan Architecten


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