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Mohamed Amara (UPPA) : "L’État ne joue pas son rôle d’arbitre et de garant de l’équité"

Isabelle Dautresme
Publié le
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Université de Pau et des pays de l'Adour - Mohamed AMARA - ©I.Dautresme
Université de Pau et des pays de l'Adour - Mohamed AMARA - ©I.Dautresme

Président de l’université de Pau et des pays de l’Adour depuis 2012, Mohamed Amara estime que l’État ne joue pas son rôle face aux difficultés financières des universités, dont la sienne. Malgré les plans d’économies mis en place dans son établissement, il s’inquiète d’une situation qu’il voit s’aggraver. Interview.

Le budget 2014 de l'université de Pau a été voté en décembre dernier, malgré la contestation d'enseignants et d'étudiants qui le jugeaient trop austère. Partagez-vous leur réserve ?

Il n'y a rien d'étonnant à ce que les collègues manifestent leur mécontentement vis-à-vis d'un État qui ne remplit pas son rôle. La contestation vient notamment du gel de 15 postes que nous avons dû effectuer.

Cela fait plusieurs années que l'université de Pau est sous-dotée financièrement et en personnels. Depuis le passage à l'autonomie, notre GVT (Glissement-vieillesse-technicité – évolution de la masse salariale due à la progression de carrière des fonctionnaires) explose.

Nous sommes donc contraints de geler des postes, de réduire les primes, de baisser les remboursements des frais de mission, de bloquer les revalorisations salariales des fonctionnaires ainsi que de revoir l'offre de formation. Et malgré tout, cela ne suffit pas. Fin 2014, nous aurons un fonds de roulement disponible de seulement 8 jours. La situation risque encore de s'aggraver en 2015.

Où est la solidarité ? Je n'ai rien contre le fait de geler des postes mais dans ce cas, il faut le faire chez tout le monde

Ne pensez-vous pas que les universités doivent, elles aussi, participer à l'effort budgétaire ?

Bien sûr, il faut que les universités participent à cet effort. Le problème aujourd'hui, c'est que toutes les universités ne sont pas traitées de la même manière. Nous, par exemple, petite université, sommes hors opération Campus et hors IDEX. On parle de milliards d'euros pour des programmes d'investissements d'avenir et on nous casse les pieds pour quelques millions d'euros. La moitié de nos bâtiments sont déclarés en mauvais état.

Où est la solidarité ? Je ne la vois pas. Je n'ai rien contre le fait de geler des postes pendant trois ans, mais dans ce cas, il faut le faire chez tout le monde.

Quelles conséquences cette rigueur budgétaire a-t-elle sur l'offre de formation ?

Nous avons été obligés de la revoir. Certaines formations ont été regroupées, d'autres ont vu leur nombre de places diminuer. Ainsi, en STAPS [sciences et techniques des activités physiques et sportives], nous sommes passés de 300 inscrits à 240, alors que nous avons près d'un millier de demandes. Tout ça dans l'objectif de réduire les coûts.

Université de Pau et des Pays de l'Adour - Sites

L'UPPA est structurée autour de deux pôles éloignés : le pôle béarnais et la Côte basque, n'est-ce pas une difficulté supplémentaire ?

L'existence de ces deux pôles engendre mécaniquement des surcoûts que nous avons estimés, au bas mot et sans tenir compte des frais de déplacement, à 800.000 €. Mais ces frais, nous nous devons de les assumer car nous remplissons ainsi notre mission de service public.

Sur la Côte basque, des étudiants souhaitent poursuivre leurs études mais, pour diverses raisons, ils ne sont pas prêts à partir jusqu'à Pau ou Bordeaux. En maintenant des sites sur ce territoire, nous offrons à ces jeunes la possibilité de poursuivre des études supérieures.

Le problème, c'est qu'il n'y a pas de compensation financière. L'État ne joue pas son rôle d'arbitre et de garant de l'équité.

Si nous voulons exister, nos deux pôles [béarnais et Côte basque] doivent rester ensemble. Séparés, nous serons laminés

Certains souhaiteraient que le pôle de la Côte basque soit une université de plein exercice. Qu'en pensez-vous ?

Cela ne me semble pas une bonne idée. Nous sommes en Aquitaine, à plus de 200 km de Bordeaux, où il existe un pôle universitaire lourd. Si nous voulons exister, nous devons rester ensemble. Séparés, nous serons laminés.

À charge pour nous, en revanche, de mieux équilibrer ces deux entités. En effet, si Pau et la Côte basque ont des bassins de population comparables (300.000 habitants), le campus palois accueille 8.000 étudiants, contre 3.000 sur la Côte basque.

Quelle est votre position par rapport aux universités de Bordeaux et Bordeaux Montaigne ? Ne redoutez-vous pas un isolement de l'UPPA ?

Travailler avec les universités de Bordeaux, dans le cadre de la communauté d'universités, a du sens. Nous avons, d'ailleurs, un certain nombre de chantiers en commun concernant le numérique ou la cartographie des formations. Nous devons maintenant approfondir notre complémentarité dans le domaine de la recherche.

Mais ensemble ne signifie pas que nous ne sommes plus qu'un. Á chacun ses spécificités territoriales.

Quelles sont vos priorités pour l'UPPA dans les trois ans à venir ? 

Développer le transfrontalier, pour lequel d'ailleurs nous n'avons pas d'aides de l'État. Nous le faisons sur nos moyens propres, avec l'aide des collectivités et de l'Europe.

Nous souhaitons également dynamiser la vie étudiante. Pour cela, nous avons créé un poste de vice-président délégué à la vie de campus. Nous allons également accentuer nos efforts de recherche en chimie, environnement et génie pétrolier (ressources fossiles). L'idée est d'encourager les projets en partenariat avec les industriels de la région.

Lire aussi
- Sur letudiant.fr :  L’université de Pau et des pays de l’Adour : un pied en France, l’autre en Espagne

- La biographie EducPros de Mohamed Amara.
- Mohamed Amara est signataire de plusieurs lettres destinées au ministère par plusieurs présidents d'université dénonçant la situation des universités autonomes. Lire notamment : Financement des universités : 17 présidents dénoncent l'inaction du gouvernement.

- Les billets du blogueur EducPros, Pierre Dubois, dans sa rubrique Aquitaine.

- L'article : Pau: le budget de l'université approuvé (“La République des Pyrénées”).

Isabelle Dautresme | Publié le

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