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Lise Dumasy (Grenoble 3) : "L'université Stendhal a peu de chances de survivre seule dans ce monde de loups"

Isabelle Dautresme
Publié le
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L'université Grenoble 3 Stendhal
L'université Grenoble 3 Stendhal // ©  Université Stendhal

Alors que la loi sur l'enseignement supérieur et la recherche (ESR) prévoit trois modes de regroupement, Lise Dumasy fait le point sur le projet d'université unique à Grenoble et dresse les priorités pour son établissement.

À l'automne 2012, vous expliquiez à EducPros attendre de la loi ESR une nouvelle forme d'université. Vos attentes sont-elles comblées ?

Lise Dumasy - Université Grenoble 3Oui, en partie, dans la mesure où elle donne à l'université la possibilité de décider de composantes au-delà des laboratoires de recherche et des UFR (article 30). Les grands secteurs disciplinaires (le pôle SHS, le pôle droit-économie-gestion, le pôle santé…) pourront dorénavant avoir une existence légale dans les regroupements. Charge ensuite à chaque établissement de définir les compétences déléguées aux différents niveaux. Les universités n'accepteront de fusionner que s'il existe des protections de ce type.

En revanche, ce n'est pas une bonne idée d'imposer à tous les établissements de se rassembler suivant un schéma préétabli. Soit les universités sont dans un processus fort de rapprochement, qui implique qu'à terme elles s'accordent sur une stratégie commune de formation et de recherche notamment. Dans ce cas là, à plus ou moins longue échéance, il faut qu'elles fusionnent.
Ou bien elles n'ont pas envie d'aller dans cette direction, alors il faut des solutions souples pour leur permettre de travailler ensemble.

Où en est l'université unique Grenoble-Alpes, qui devait regrouper les établissements grenoblois et l'université de Savoie ?

Il faut distinguer l'université de Savoie, qui désire rester indépendante, et les trois universités grenobloises, l'INP et l'IEP, qui souhaitent se rapprocher mais ne sont pas encore tout à fait d'accord sur les modalités.

Nous réfléchissons actuellement à un modèle qui satisfasse l'ensemble des acteurs. Les universités scientifiques penchent pour une communauté d'universités, composée de grands pôles pluridisciplinaires. Chaque pôle garderait un certain nombre de compétences en subsidiarité et l'ensemble de ces pôles formerait une instance dotée d'un conseil d'administration et d'un conseil académique. Mais tout cela est encore très exploratoire.

En matière d'autonomie des universités, pensez vous que la loi ESR va dans le bon sens ?

Nous sommes dans une période où il faut réaffirmer l'autonomie des universités, la vraie. C'est-à-dire une autonomie de stratégie, pédagogique et scientifique. Ce qui ne veut évidemment pas dire que chaque établissement décide tout seul de sa pédagogie et de son développement scientifique. Il faut qu'il le fasse en dialogue avec l'État, avec les collectivités, les métropoles, les villes, les régions… Aujourd'hui, nous avons vraiment l'impression que la bagarre se cristallise autour de qui contrôlera des universités.

Il faut réaffirmer l'autonomie des universités

Vous travaillez actuellement à votre prochain projet d'établissement. Quelles en seront les grandes lignes ?

Nous y réfléchissons dans un contexte incertain. Nous ne savons pas ce que nos finances nous permettront, ni où nous en serons du côté de l'université Grenoble-Alpes. Seule certitude : nous allons essayer de développer notre offre de formation, voire la réorienter ou la renforcer notamment en littérature et en langues de spécialité pour lesquelles nous avons une forte demande interuniversitaire.

Nous allons proposer davantage de doubles diplômes avec les universités du site mais aussi étrangères, et poursuivre notre travail sur les innovations pédagogiques en lien notamment avec les TICE et l'enseignement à distance.

Autre axe de développement : l'alternance que nous projetons d'introduire dans plusieurs formations. Jusqu'à quel point ? Je ne sais pas. L'alternance coûte cher. Est-ce qu'on nous donnera réellement les moyens de la développer comme le prétend Geneviève Fioraso ? Rien n'est moins sûr.

L'université Stendhal est une université de petite taille dans un environnement qui compte des poids lourds, notamment dans les sciences dures. Pas facile dans ces conditions de se faire entendre… 

En définitive, ce qui fait la petite taille de Stendhal, c'est qu'elle n'a qu'une partie des sciences humaines, l'autre étant à l'UPMF (université Pierre-Mendès-France) : histoire, philosophie, musicologie, sociologie, psychologie… Former une université unique permettrait de donner plus de poids à un pôle qui représente, au final, la moitié des étudiants et des enseignants-chercheurs de Grenoble-Alpes.

Former une université unique permettrait de donner plus de poids au pôle sciences humaines


Il nous faut réfléchir non pas à l'échelle d'une université mais en termes de cohérence disciplinaire d'ensemble. Nous n'avons pas le choix. Si nous restons seuls, l'université Stendhal a peu de chances de survivre à terme dans ce monde de loups.

Et en matière de recherche ?

Là encore, nos équipes sont de trop petites tailles, il faut absolument que nous parvenions à les étoffer. L'idée est de mutualiser les moyens d'appui à la recherche en sciences humaines : personnels, ingénieurs d'études, gestionnaires, etc. C'est la condition indispensable pour gagner en visibilité face à de grosses équipes scientifiques, sans pour autant perdre en cohérence.

Un nombre important d'universités connaissent des difficultés budgétaires. Est-ce le cas de Stendhal ?

Côté budget, je ne sais pas où nous en sommes et c'est bien là le problème. Cette année, nous n'avons pas de déficit à combler, mais c'est notre première année depuis le passage au RCE [responsabilités et compétences élargies] [Stendhal fait partie des dernières universités à être passées à l'autonomie, NDLR].

Nous avons renforcé notre agence comptable et les fonctions de pilotage, mais même comme ça, nous avons peu de recul et ne savons pas ce qui va réellement nous rester à la fin de l'année. Ce qui est clair, c'est que notre budget est très serré. La situation devrait encore se tendre dans les années à venir, d'autant que nous n'avons pas de gros départs à la retraite avant 2017. Il ne faudrait pas que l'on coule d'ici là !

Pour en savoir plus
Lire la biographie de Lise Dumasy.

Isabelle Dautresme | Publié le

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