Devenir propriétaire de son campus : mode d’emploi à l’université d’Auvergne

Un dossier réalisé par Fabienne Guimont
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Depuis avril 2011, l’université d’Auvergne (UdA) est la première université propriétaire de ses murs . Cette dévolution du patrimoine, avant Toulouse 1 et Poitiers, a valeur de test au niveau national. Comment devient-on propriétaire de son campus ? Retour sur les jalons posés par ces pionniers.

 Avant d’arpenter les couloirs interminables de la faculté de médecine et de pharmacie de l’université d’Auvergne, un large hall ensoleillé accueille les quelque 4.000 personnels et étudiants du site Dunant, jouxtant le CHU. Sur sa gauche, une cafet’ écarlate et fonctionnelle a remplacé la scolarité à laquelle les étudiants accédaient après être passés par l’ancien resto U… Des open spaces de travail pour les étudiants, des terrasses et même un « espace cosy » ont restructuré une partie de ce vaste bâtiment des années 1960-1970. Le grand amphi entièrement restauré est équipé pour rediffuser les cours dans six amphis plus petits répartis entre les étages.


Première dévolution du patrimoine : une course de fond(s)

Des équipements liés au plan de relance. En 2009, au moment du lancement de ce plan , l’université saisit la balle au bond en présentant un projet qui dort dans ses cartons, faute de financements de l’État à la hauteur des enjeux. Comme une grande partie du bâti universitaire français, les 55.000 m2 de la faculté de médecine-pharmacie de l’UdA – soit près de la moitié de ses surfaces – sont classés en avis défavorable. Un chantier test pour la dévolution immobilière accordée deux ans plus tard.

Branle-bas de combat pour se mettre en ordre de bataille avec une direction de l’immobilier restructurée en mode projet. Exit la structure pyramidale de prise de décisions de son service immobilier. «Ce chantier a été un test pour montrer qu’on savait faire, que les services étaient efficients et qu’on savait changer d’échelle, puisque notre budget, qui tournait autour de 1 million par an, est passé à 17 millions d’euros en 2010», se souvient Philippe Gadonneix, son directeur. En moins d’un an, un quart des surfaces a été réhabilité.

L’UdA a réussi à obtenir de l’État une enveloppe de 6 millions d’euros par an pour remettre aux normes ses vingt-trois bâtiments (Lire l' interview de Françoise Dupont-Marillia ). S’y ajoutent les 30 millions d’euros obtenus dans le cadre de la labellisation «Campus prometteur». En tout, la remise à niveau du parc immobilier universitaire a été estimée à quelque 80 millions d’euros, dont 50 millions pour la seule fac de médecine.

Nouveaux financements, nouveaux projets

Ce changement d’échelle financière permet d’envisager la restructuration immobilière dans son ensemble, et de rendre possibles les développements de l’UdA, témoigne Philippe Gadonneix. «Avant la dévolution, on traitait un problème sur un bâtiment d’une composante. Aujourd’hui, on peut repenser la fonctionnalité des bâtiments en collant à la vision stratégique de l’université sur l’enseignement et la recherche. Nous avons pu redescendre de grandes salles de cours au rez-de-chaussée. Nous projetons de rassembler des équipes de recherche sur la nutrition humaine, jusqu’alors dispersées sur le campus car l’animalerie était à un endroit et les serres à un autre. Le centre de recherche en biologie clinique va pouvoir se rapprocher des équipes de médecins et de pharmaciens car on leur ouvre des salles communes», commente-t-il.

Des marges de manœuvre inédites, mais qui posent des défis logistiques avec des travaux en «milieu occupé». Pendant la plupart des chantiers, les études continuent ! La direction immobilière n’était, elle, pas forcément dimensionnée pour conduire des opérations de cette ampleur. «Il a fallu repenser tous nos outils, en intégrant les recommandations des audits, les contraintes thermiques, d’accessibilité… explique Philippe Gadonneix. Notre problème est de pouvoir dépenser l’argent des opérations au bon rythme.»

Une question sensible puisque les fonds sont versés régulièrement, tandis que la livraison des chantiers occasionne des pics de dépenses. Le recrutement de nouvelles compétences est un autre problème à gérer. Pour l’heure, seuls 2,5 équivalents temps plein – sur les 10 budgétés à l’horizon 2014 – sont venus seconder les 46 de la direction de l’immobilier. Ces derniers n’ont pas pris beaucoup de vacances ces deux dernières années. Et ce n’est pas fini : les chantiers doivent s’étaler sur près de vingt-cinq ans !

En savoir plus sur la dévolution : document de l'UdA sur la dévolution immobilière



Fabienne Guimont
Avril 2012
 


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