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La collection d’égyptologie de l’UdS ou la valorisation d’un patrimoine exceptionnel

Un dossier réalisé par Sophie Blitman
Publié le
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Héritée de l’époque où l’université de Strasbourg était allemande, la collection d’égyptologie est une mine pour les chercheurs comme pour les étudiants. Ses pièces constituent un outil à la fois scientifique et pédagogique. Encore faut-il valoriser ce patrimoine, en commençant par un inventaire méthodique.

F.Colin, © Sophie BlitmanUn bureau d’université apparemment banal, avec ses étagères remplies de dossiers et ses rangées de placards qui habillent les murs de haut en bas. Petit détail : tous sont soigneusement fermés à clef. Et puis, il y a cette caméra suspendue au plafond. Il faut dire que sont conservés ici des milliers d’objets antiques, parfois de très grande valeur, qui forment la collection de l’Institut d’égyptologie de l’université de Strasbourg , l’une des plus riches de France.
Vases, figurines, stèles, anses d’amphores, étiquettes de jarres ou encore statues… Environ 6.500 objets composent ce patrimoine, fruit pour l’essentiel des voyages, au XIXe siècle, de savants allemands, puisque l’université de Strasbourg faisait alors partie de l’Empire germanique, qui avait trouvé dans l’égyptologie l’occasion de rivaliser de prestige avec la France. Une compétition sur le terrain scientifique et culturel, qui répondait aussi à un idéal d’universalisme très en vogue à l’époque.

Inventaire et numérisation de la collection

Problème : tous les objets de la collection sont loin d’être répertoriés, et ceux qui le sont figurent dans des inventaires en papier créés par les Allemands puis complétés par les Français, de façon peu systématique… C’est pourquoi l’Institut d’égyptologie s’est lancé, il y a trois ans, dans une vaste entreprise d’inventaire, sous la houlette de Frédéric Colin, professeur à l’Université de Strasbourg, entouré pour cette mission d’un petit noyau de doctorants et d’étudiants en master. L’objectif : réaliser une base de données numériques, en numérotant les objets et en leur associant des photographies légendées – au moins dix par objet – et élaborer une bibliographie afin de recenser tous les ouvrages mentionnant les objets de la collection.
Un véritable travail de titan ! En trois ans, Frédéric Colin et son équipe ont établi les fiches de 500 pièces. « Dans un an, on saura combien nous avons d’objets, et d’ici à cinq ans, on devrait disposer d'un premier outil qu’il faudra ensuite continuer à alimenter et à perfectionner », évalue le chercheur.

Un outil pédagogique

Atelier d'inventaire © Pascal Disdier / CNRS AlsaceLa collection de l’université ne reste pas enfermée dans les placards, mais sert de support aux cours : les étudiants peuvent ainsi tenir entre leurs mains des objets authentiques. Certains leur sont même temporairement confiés afin qu’ils puissent examiner de près des pièces réelles. La richesse de la collection est telle que « nous avons de quoi faire des exercices sur tous les sujets d’archéologie ! » se réjouit Frédéric Colin.
Ses étudiants testent par exemple les différentes méthodes photographiques en travaillant sur ces objets rapportés de fouilles : ils apprennent à jouer sur les éclairages et à se servir de logiciels de dessin sur ordinateur afin de superposer différentes prises de vue et de mettre en valeur une inscription.
Dans ce domaine, « les explications théoriques sont sans intérêt, souligne le professeur, il faut que les étudiants fassent leurs expériences eux-mêmes ».

Valorisation économique

Atelier d'inventaire © Pascal Disdier / CNRS Alsace
À terme, l’objectif est de constituer une photothèque dont les droits de reproduction pourront être vendus, comme le font le musée du Louvre ou le CNRS.
Une exception cependant : celle des collaborations internationales entre chercheurs, précise Frédéric Colin, qui insiste sur la nécessaire « gratuité des échanges scientifiques ».
Mais le projet de cette photothèque l’enthousiasme, d’autant qu’il s’agit là d’un
« exemple rare où les sciences humaines peuvent rapporter de l’argent à l’université ! ».

Un dossier réalisé par Sophie Blitman
Mars 2011


Une histoire mouvementée

En 1872, la collection de l’université de Strasbourg est née du souhait des Allemands de créer une vitrine de leur science dans un ex-territoire français. La rivalité politique et militaire entre les deux pays se double ainsi d’une rivalité intellectuelle, alors que l’égyptologie française jouit d’un grand prestige, autour notamment de la chaire créée pour Champollion au Collège de France. En riposte, les Allemands se dotent eux aussi d’une chaire d’égyptologie et organisent des expéditions égyptiennes. Ils en rapportent des trésors d’archéologie qui constitueront le patrimoine strasbourgeois.
Conséquence des sursauts de l’histoire alsacienne, la collection a une vie mouvementée : cachée dans des caves en 14-18, elle suit l’université à Clermont-Ferrand lorsque celle-ci s’y réfugie pendant la Seconde Guerre mondiale. Si ces troubles ont nécessairement engendré des pertes, l’héritage n’en demeure pas moins extraordinairement riche.
Depuis les années 1970, il est strictement interdit d’exporter des objets archéologiques du territoire égyptien. Désormais, la vie de la collection se partage entre les usages pédagogiques, les prêts pour des expositions, mais aussi très largement les publications.

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