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Loïc Vaillant : "L’université de Tours doit s’imposer comme un acteur économique, social et culturel"

Caroline Franc
Publié le
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Loïc Vaillant, président de l'université de Tours.
Loïc Vaillant, président de l'université de Tours.

Loïc Vaillant, professeur des universités-praticien hospitalier de dermatologie, préside l’université de Tours depuis le 19 mai 2008. Il a été réélu à ce poste en mai 2012. Il est également président du PRES Centre Val-de-Loire Université depuis le 15 novembre 2012. Et fait le point pour EducPros sur ses projets pour son établissement.

Quel bilan tirez-vous de votre premier mandat ?

Au cours de mon premier mandat, nous avons effectué un gros travail sur la structuration de la recherche, en mettant en perspective recherche fondamentale et recherche appliquée. De façon à ce que la recherche fondamentale, que nous avons souhaité développer, soit dans la mesure du possible accompagnée d’une réflexion sur son application. Nous sommes une université assez jeune, d’une quarantaine d’années, qui était à l’origine essentiellement positionnée sur la formation. Depuis 2001, nous avons mis en place des laboratoires mixtes public-privé pour faciliter la collaboration avec le secteur privé. La plupart de nos labos sont d’ailleurs installés en dehors de l’université, souvent sur les sites des entreprises avec lesquelles nous coopérons.

S’agissant de la formation, nous avons mis en œuvre une formation plus professionnalisante avec par exemple la création de cursus en droit et langues ou en sciences du langage et orthophonie. Cet aspect nous tient vraiment à cœur.

Et pour ce second mandat que vous entamez, quelles sont vos priorités ?

Tout d’abord l’internationalisation. Nous nous sommes fixé comme objectif le taux de 2% d’étudiants partant en Erasmus pendant leur cursus. Nous avons pour cela mis en place des centres de ressources en langues et avons rendu l’enseignement des langues obligatoire dans plusieurs filières. Cet objectif d’internationalisation se traduit également par la multiplication des partenariats institutionnels, avec des établissements d’Amérique du Nord par exemple, mais aussi de Pologne ou du Vietnam. La recherche n’échappe pas à cet enjeu et nous allons encourager la mobilité des enseignants-chercheurs.

Par ailleurs, en termes de formation, nous voulons développer l’approche par compétences. Il y a actuellement un gros travail du CEVU sur le sujet. Cela passe par la finalisation de référentiels de compétences, par l’identification, également, des compétences non pas seulement des étudiants mais aussi des enseignants et de celles qu’ils peuvent transmettre. Et tout naturellement, cela nous amène à travailler sur la question de l’orientation, cette dernière ne devant être conçue que comme un corollaire de l’insertion professionnelle.

D’une manière générale, je souhaite que l’université s’impose encore plus comme un acteur économique, social et culturel au sein de son territoire.

S’agissant justement du territoire, quels sont les liens qu’entretient l’université François-Rabelais avec ses «voisines» d’Orléans mais aussi de Poitiers ?

Il s’agit de liens différents. Avec Orléans, nous sommes dans le même PRES Centre Val-de-Loire et je définirais celui-ci comme une «communauté d’universités», comme il y a des communautés de communes. Nous y mutualisons la valorisation de la recherche mais aussi l’observatoire de la vie étudiante. S’y ajoute un copilotage du système régional de l’enseignement supérieur. Mais cela ne nous empêche pas d’entretenir, de manière historique, des liens assez forts avec les universités de l’Ouest et particulièrement celle de Poitiers. Nous avons avec cette dernière des labos en commun, des cursus mutualisés et je rencontre régulièrement son président.

En somme, nous ne souhaitons pas nous cantonner au PRES. Il n’y a par exemple pas de secteur médical à Orléans, alors que c’est l’une de nos importantes filières. Lorsqu’il a fallu mutualiser les agrèg’, nous l’avons naturellement fait avec Poitiers. Attention, il ne s’agit pas de jouer Poitiers contre Orléans. J’ai l’habitude de parler au contraire du «TOP» (Tours, Orléans, Poitiers).

Avec Orléans, nous sommes dans le même PRES Centre Val-de-Loire et je définirais celui-ci comme une communauté d’universités

Votre proximité avec l’Île-de-France ne vous fait-elle pas craindre une certaine vampirisation de vos étudiants ?

Si cette vampirisation existe, elle concerne les primo-entrants à l’université. Il y a en effet un certain nombre de bacheliers qui choisissent la capitale. Mais ceux qui commencent un cursus à Tours partent rarement. Et pour garantir notre attractivité, nous avons choisi de nous positionner sur certains créneaux de master. Il ne serait pas pertinent en effet de dupliquer ce qui se fait à Paris. Je pense ainsi à notre master en infectiologie et vaccinologie, qui jouit d’une véritable notoriété, ou le master en patrimoine et Renaissance. Nous avons également mis en place des cursus de master en anglais pour attirer les étudiants étrangers et cela fonctionne bien.

Sur le plan budgétaire, comment se porte l’université ?

Je qualifierais notre situation budgétaire de tendue. Mais, paradoxalement, nous avons l’habitude car nous avons toujours été sous-dotés en termes d’emplois et de dotation globale de fonctionnement. Nous avons récemment hérité de 35 emplois supplémentaires, ce qui est considérable, mais c’est justement le signe que nous avions été jusque-là plus que négligés ! Je rappelle que nous comptons tout de même près de 24.000 étudiants... Ce qui pose en réalité un vrai problème aujourd’hui, mais nous ne sommes pas les seuls à le pointer, c’est le GVT [glissement vieillesse technicité] que nous évaluons à 1 million d’euros. C’est anormal que ce ne soit pas l’État qui le prenne en compte.

Et sur le plan immobilier, quelles sont vos perspectives ?

Nous disposons de 200.000 mètres carrés, ce qui est plutôt satisfaisant. Mais la qualité en revanche de nos locaux est problématique. Faute d’entretien suffisant par l’État, nous avons certains sites en piteux état. Nous avons bâti un SDI [schéma directeur immobilier] avec la CDC qui évalue à 200 millions d’euros les travaux nécessaires à la réhabilitation de nos locaux. Dans ce cadre, l’objectif serait également de regrouper certains sites pour qu’il n’y en ait plus que six principaux. En effet, l’université de Tours est une université dans la ville, parti pris que nous assumons, mais trop éclatée, ce qui parfois nuit au sentiment d’appartenance des étudiants et au bon fonctionnement des filières. Nous poursuivons actuellement notre réflexion avec la CDC pour mettre au point un plan de financement de ces travaux. Mais nous attendons également l’acte III de la décentralisation qui pourrait apporter d’autres réponses...


Caroline Franc | Publié le

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