Jean-Marie Croissant (directeur des affaires financières et du patrimoine) : "Travailler en site occupé rend l’organisation des chantiers très compliquée"


Publié le
Envoyer cet article à un ami
L’époque des grands travaux d'Assas touche à sa fin. L’inauguration des nouveaux locaux est prévue courant mars 2012. L’université Paris 2 a été le théâtre de l’un des plus importants projets immobiliers universitaires de la décennie. Jean-Marie Croissant, directeur des affaires financières et du patrimoine d’Assas depuis 1996, est à la tête de la manœuvre. Comment ce projet de learning center est-il sorti de terre ? Quelles difficultés a-t-il fallu surmonter ? Il raconte cette expérience à EducPros.

Les travaux à l’université Paris 2 s’achèvent à l’été 2012. Soit la fin de plus de cinq ans de chantiers pour le centre Assas. Comment cette aventure a-t-elle démarré ?

Il s’agissait au départ d’une simple mise en sécurité du centre Assas, avec un élément fort : la création d’une nouvelle bibliothèque. S'est ensuite greffé un projet dans le projet : il y a deux ans, nous avons commencé à réfléchir à changer la destination de certains locaux, puis imaginé un learning center !

L’idée a principalement germé dans la tête de Louis Vogel. Nous voyions nos étudiants assis en permanence dans les escaliers, obligés de travailler dans le café d’à côté pour brancher leurs batteries d’ordinateur. Nous avons visité le Rolex Center de Lausanne , les premiers learning centers en Écosse. Nous avons alors réalisé que notre hall n’y suffirait pas. D’où le lancement d’un nouveau chantier pour couvrir la cour d’honneur d’Assas.

En quoi consiste ce learning center ?

«Nous transformons nos espaces libres en lieux de vie pour nos étudiants, à qui nous voulons donner envie de rester à Assas»

C’est un pari, qui repose sur une idée un peu nouvelle : nous ne nous concentrons plus uniquement sur les missions premières de l’université, nous allons plus loin. Il s’agit de créer une vraie vie de campus. Pour cela, nous transformons nos espaces libres en lieux de vie pour nos étudiants, à qui nous voulons donner envie de rester à Assas. Aux enseignants également, en leur mettant à disposition des bureaux et des salles de travail.

La plus grande difficulté d’un tel projet était-elle financière ?

Effectivement. D’autant que nous étions la deuxième grande opération immobilière parisienne après Jussieu , soit une situation délicate. En la matière, le rôle du président est immense : pour passer des promesses et autorisations d’engagement aux crédits de paiement. Encore plus pour un projet qui dure depuis dix ans [lancement des premières études].

Mais ce n’est pas la seule difficulté. Travailler en site occupé rend l’organisation des chantiers très compliquée. Ceux-ci se sont déroulés à dose homéopathique pendant l’année universitaire, à dose de cheval pendant les vacances, pour que la communauté universitaire souffre le moins possible, même si elle a évidemment pâti du manque de locaux, de la poussière, etc.

L’évolution permanente des règles ne facilite pas non plus la tâche : sur ces dix années, nous avons eu au moins deux réformes du Code des marchés et trois réformes de la réglementation incendie. Enfin, quelques surprises ont surgi en cours de route : nous avons découvert une carrière sous le bâtiment d’Assas, qu’il a fallu renflouer !

Votre métier a-t-il beaucoup évolué avec ces travaux ?

Paris 2 a fait le choix de garder la maîtrise d’ouvrage. Nous avons donc assumé l’ensemble du projet, ce qui a engendré une forte professionnalisation du service.

J’ai longtemps été opérationnel sur les trois aspects de mon métier : finance, marchés/achats et patrimoine. J’ai maintenant trois adjoints. Nous étions douze il y a dix ans, nous sommes aujourd’hui une trentaine (trois personnes pour les marchés, neuf aux finances, neuf au patrimoine, ainsi qu’une équipe technique de neuf personnes). Notre compétence juridique a été très utile, car un tel projet comporte une multitude de contrats à gérer.

C’est aussi – et surtout – la loi LRU qui a fait évoluer mon métier. Avec nos nouvelles missions – sur la partie financière, le transfert de la masse salariale – et de nouvelles problématiques. Par exemple sur le volet immobilier, nous prétendons à la dévolution du patrimoine , ce qui nous fait travailler sur la stratégie immobilière et l’optimisation des locaux.

Beaucoup de vos collègues s’engagent, avec l’Opération campus, dans de grands travaux. Quels conseils pourriez-vous leur donner ?

Je conseillerais tout d’abord de sécuriser au maximum l’évaluation du plan de financement de départ, quitte à demander une contre-expertise. Également de fiabiliser l’aspect juridique : il ne faut pas hésiter à investir pour lever toutes ambiguïtés sur l’urbanisme, les permis de construire, etc. Il s’ensuit sinon d’énormes retards et surcoûts. Enfin, c’est d’abord une aventure humaine, donc il faut s’entourer des bons !

Regardez les photos de l'université Paris 2 en cliquant sur le diaporama :

img src="fileadmin/www.educpros.fr/Camille-TER/Diaporama-Assas.jpg" style="width: 630px; height: 423px;" alt="" />

Les chiffres des travaux

• Deux phases dans les travaux. Entre 2005 et 2007 : l’immeuble de la rue Notre-Dame-des-Champs ; entre 2007 et 2012 : le centre Assas.
• Les travaux ont porté sur 29.000 m2 (construits, rénovés, restructurés).
• Le centre Assas, premier concerné par les travaux, représente près de la moitié de la surface de l’université.
• Budget de l’ensemble des travaux (équipements compris - sauf les équipements des 3 restaurants financés par le CROUS) : 62 millions d’euros.
• Financements : État (51,5 M€), département de Paris (7,15 M€), fonds propres de l'université Paris 2 (2,9 M€), Région Ile-de-France (0,45 M€).

Propos recueillis par Camille Stromboni
Mars 2012


| Publié le

Vos commentaires (0)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires