La présidence Vogel : un virage pour l’université Paris 2


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Le président des réformes. Louis Vogel est à la tête de la prestigieuse université Paris 2-Assas depuis 2006. Réputée pour son conservatisme, celle-ci a pourtant profondément évolué sous la houlette du juriste. À quelques mois de la fin de son mandat, l’heure est au bilan : comment a évolué Assas ? Quelle est la méthode «Vogel» ?

Difficile de lister toutes les réformes mises en œuvre à l’université Paris 2 sous la présidence de Louis Vogel. Réalisation des grands travaux sur le centre Assas, création du Collège de droit , des bilicences (avec Paris 4 et l’UPMC), de la Maison du droit, du concours de plaidoirie, ouverture de la job fair aux autres facs de droit, construction du PRES Sorbonne Université … Tous le reconnaissent : l’université a profondément changé en cinq ans.

La communauté universitaire mûre pour le changement

«Je suis arrivé à la présidence au moment où tout s’est mis à bouger pour les universités. Loi LRU, PRES, Investissements d’avenir… J’ai donc eu beaucoup de possibilités, et j’ai tout utilisé ! rapporte Louis Vogel. Cela correspondait aussi à l’ambiance dans la communauté universitaire. Les collègues voulaient que ça change. Certaines grandes écoles commençaient à développer des filières juridiques, nous ne pouvions plus nous protéger derrière notre monopole.»

Pour une université réputée qui avait plutôt tendance à se considérer comme «un îlot hors du monde, exonéré de toute forme de réflexion sur l’adaptation de l’université à son environnement et à son temps», comme le notait l’AERES en 2009, le virage a été de taille.

Renforcer l’excellence, sans être élitiste

La réforme phare qui marquera Assas ? Sans aucun doute la mise en place des parcours différenciés. En plus du parcours de droit classique, deux filières ont été créées en 2008 : le parcours «réussite» en première année, destiné aux élèves qui ont des lacunes (250 par an), et surtout le Collège de droit, filière d’excellence pour les plus brillants (environ 120 élèves par an, jusqu’au M1). Un projet réalisé par l’équipe Vogel sans difficulté. Seule l’UNEF a voté contre aux conseils centraux, estimant qu’il s’agissait d’un retour à la «sélection sociale».

«Nous avions besoin de filières d’excellence pour faire face à la concurrence de Sciences po ou d’autres écoles, qui se présentent comme de grandes écoles de droit», explique Pierre Crocq, professeur à la tête du Collège de droit. Les bilicences sélectives, développées au sein du Collège de la Sorbonne avec Paris 4 et l’UPMC, participent de cette dynamique.

Sans pour autant glisser dans un système élitiste ou malthusien, insiste le président. «L’excellence consiste à conduire le maximum d’étudiants à être au maximum de leur potentiel, avec une quasi-suppression de l’échec. Nous avons donc encore du travail, surtout en première année», ajoute-t-il. Le taux d’échecs en L1 reste en effet élevé : environ la moitié des élèves ne passent pas en deuxième année, soit un chiffre similaire aux autres universités juridiques.

L’obsession d’être dans les premiers

«Assas était déjà une excellente université, observe la présidente du MET [Le mouvement des étudiants], Sara Ben Chérifa, mais Louis Vogel a renforcé cette excellence et surtout l’a rendue plus visible.» L’élection du juriste à la tête de la CPU (Conférence des présidents d’université) a augmenté la notoriété de l’établissement, tout comme les grands travaux permettent à Assas de prétendre à un véritable campus.

«Louis Vogel est quelqu’un qui avance à marche forcée, et réussit à mobiliser les équipes avec lui. Nous sommes en surrégime»

Le professeur de droit comparé a également tenté en permanence d’être dans les premiers : Assas a pris très tôt le virage de l’autonomie et du PRES (2010) avec Paris 4 et Paris 6 («Sorbonne Université»), ce qui n’était pas gagné d’avance étant donné les différences de culture entre les trois établissements. Et enfin le couronnement : la victoire à l’Idex .

Convaincre pour mieux réformer

Dynamique, charismatique, pugnace… Impossible d’exclure la personnalité de Louis Vogel de la recette du succès de Paris 2. «C’est un hyperactif», glisse Sara Ben Chérifa. «C’est quelqu’un qui avance à marche forcée, et réussit à mobiliser les équipes avec lui. Nous sommes en surrégime», sourit Jean-Marie Croissant , directeur des affaires financières et du patrimoine. Dès son arrivée, le président a organisé une demi-journée de réunion hebdomadaire avec ses chefs de service. «Ce travail collectif est très efficace», considère le responsable.

Son mode de gouvernance ? L’art de la conviction. «Nous allons essayer de lancer notre fondation partenariale avant la fin de mon mandat, indique Louis Vogel. Pour que ça marche, une réforme doit être acceptée, encore plus à l’université. Il faut donc prendre le temps nécessaire pour convaincre.»

Diviser pour mieux régner

Un projet n’arrive ainsi jamais dans les conseils avant d’avoir obtenu une quasi-unanimité. «Le débat est purgé en amont», approuve Jean-Marie Croissant. Le président rencontre les enseignants, les personnels administratifs, les étudiants. Un moyen de diviser pour mieux régner, d’après le représentant de l’UNEF, Benjamin Guéraud-Pinet. «Les conseils deviennent de simples chambres d’enregistrement, sans débat», dénonce-t-il.

«Le président essaie de satisfaire tout le monde, et surtout ne fait rien qui puisse heurter nos mandarins : les professeurs», estime le jeune homme, expliquant par là-même le blocage de certaines des réformes qu’il défend (comme la capitalisation des matières en cas de redoublement). Un «gouvernement officieux des pairs» remarqué par l’AERES en 2009, que Louis Vogel balaie d’un revers de main.

«Nous ne sommes pas une entreprise ! Nos professeurs sont indépendants, c’est le propre de l’université», martèle le président, qui loue la beauté du système démocratique universitaire. La preuve que ça marche ? Ses réformes, tranche-t-il.

L’université Paris 2-Assas en chiffres

• Nombre d’étudiants : 18.262 (dont 14.282 en droit).
• Nombre d’inscrits en licence : 7.200.
• Taux de boursiers : 13% (moyenne nationale dans l’enseignement supérieur : 38%).
• Taux d’étudiants étrangers : 16,6%.

• 268 enseignants-chercheurs et chercheurs.
• 764 personnels administratifs (dont 412 vacataires).
• Budget 2012 : 92,3 millions d’euros (dont 60,7 millions d’euros de masse salariale).
• 23 centres de recherche (dont 2 UMR associées au CNRS), 5 écoles doctorales.
• 7 laboratoires notés A+.
• 130 thèses soutenues par an.
• Nombre de sites : 19 (soit 60.506 m2).

• Passage aux RCE (responsabilités et compétences élargies) : janvier 2010.
• Décret de création du PRES Sorbonne Université (qui s'écrit désormais sans "s" à Université) : juin 2010 .
Derniers rapports AERES

Source : chiffres 2011-2012.

Lire aussi
• La fiche biographique de Louis Vogel .
• La fiche de l’université Paris 2 -Panthéon-Assas.

Dossier réalisé par Camille Stromboni
Mars 2012


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