La mission humaniste de Laure Bonnaud, directrice du pôle Égalité femmes-hommes

Un dossier réalisé par Mathieu Oui
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Laure Bonnaud dirige le seul service universitaire dédié à l’égalité femmes-hommes.

Ne dites pas à Laure Bonnaud, la directrice du pôle Égalité femmes-hommes de l’université Paris-Diderot, qu’elle est féministe. «Notre objectif n’est pas de défendre les femmes, mais l’égalité entre les hommes et les femmes : c’est un combat humaniste !» défend-elle. Et pour étayer son propos, Laure Bonnaud prend l’exemple du congé paternité : «Cela reste une démarche difficile pour les collègues hommes : il y a toujours ce risque d’être dévalorisé ou catalogué comme n’ayant pas d’ambitions.»

Enseignant-chercheur en biologie, Laure Bonnaud reconnaît qu’elle n’était pas forcément très convaincue ou sensibilisée au départ à cette question. «Je pensais que l’université était un peu protégée de cette question des inégalités. J’ai accepté de participer à un groupe de travail un peu en traînant les pieds. Et puis la présentation de statistiques sexuées dans les sciences dures a constitué une révélation assez violente. Dans mon département de biologie, où cette répartition était de 50/50, je n’avais absolument pas conscience de ces inégalités. J’ai réalisé tout à coup que l’université reproduisait les schémas de la société.» Par exemple, il n’y a que 20% de femmes enseignants-chercheurs en physique.

Une «journée égalité» pour les nouveaux étudiants

Créé en octobre 2010, le pôle Égalité est constitué d’une petite équipe composée d’une responsable administrative permanente assistée de deux chargés de mission et de deux chargés d’études (statistiques et sociologiques). En juin 2011 a été voté un plan d’action de 17 mesures. Parmi les actions concrètes mises en place, figure notamment une action de sensibilisation de tous les nouveaux inscrits en licence. À la rentrée 2011, les 3.700 arrivants en licence 1 ont suivi une «journée égalité». «La journée a été conçue en deux temps : le matin portait sur la prise de conscience des stéréotypes sexistes sous forme d’un QCM, suivi l’après-midi d’une conférence sur le genre avec un débat.» L’initiative, assez lourde à gérer d’un point de vue logistique, n’a pas été totalement couronnée de succès : «Si certains étudiants ont découvert ces inégalités, d’autres nous ont dit ne pas être convaincus de l’intérêt de cette manifestation.» Depuis cette première journée de sensibilisation, d’autres ont été organisées plus spécifiquement à destination des personnels.

Viser la parité dans les conseils et les comités

Autre initiative : constituer des comités paritaires et créer des listes électorales alternant systématiquement un homme et une femme. Pour son second mandat, la liste de Vincent Berger était paritaire et alternée. La vice-présidente du conseil d'administration est ainsi une femme.

Le pôle Égalité a également confié à la sociologue Sophie Lhenry la réalisation d’enquêtes statistiques sexuées sur les acteurs de l’université. Laure Bonnaud ne sous-estime pas les difficultés, la méconnaissance de ces questions ou la résistance au sein de la communauté universitaire. «Nous sommes également attentifs à la parité dans les comités de sélection, mais cela suppose une veille permanente pour éviter d’avoir des comités exclusivement masculins», témoigne-t-elle. La sensibilisation fait son chemin, le pôle a par exemple été interpellé sur la question des couples homosexuels, et le congé partenaire de parentalité figure parmi les 17 mesures du plan d’action. Nommée en mars dernier directrice de cabinet de l’université, Laure Bonnaud assure toujours l’intérim de la direction du pôle, avant la nomination de son successeur. Un homme ?

Un dossier réalisé par Mathieu Oui
Mai 2012


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