Jean-Pierre Gesson (président de l’université de Poitiers) : «La dévolution du patrimoine est un enjeu important en matière de gestion budgétaire»

Propos recueillis par Mathieu Oui
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Alors que l’université élira un nouveau président en mars prochain, Jean-Pierre Gesson revient sur les grands dossiers de son second mandat, marqué notamment par le passage aux RCE (responsabilités et compétences élargies) et la dévolution du patrimoine.

À quelques mois du terme de votre second mandat, quel bilan tirez-vous ?
Je dois dire que le second mandat a été plus riche et chargé que le précédent. Le passage aux RCE s’est effectué en janvier 2010, mais nous avons fait le choix d’adopter le logiciel SIFAC en 2009 afin de ne pas tout changer en même temps. Être capable de gérer la masse salariale et d’anticiper son évolution conduit à une forme de mutualisation. Et l’un des gros chantiers de ces dernières années a été la dévolution du patrimoine, acquise en septembre 2011, qui a nécessité deux ans de travail avec le ministère. Nous avons élaboré un schéma directeur immobilier [SDI] qui définit une stratégie pluriannuelle sur les vingt-cinq prochaines années.

Qu’est-ce que la dévolution du patrimoine implique en termes de gestion ?
C’est un enjeu important, notamment en raison de sa part dans les dépenses globales. L’objectif fixé avec l’État est de passer de 372.000 m2 de surface à 300.000 m2 d’ici à 2020 par des regroupements, des rationalisations et des destructions. Le personnel a compris qu’il fallait être vigilant sur l’utilisation des surfaces. Il s’agit aussi de diminuer nos dépenses de chauffage, en particulier par un projet de chaufferie à bois. Actuellement, notre facture annuelle pour le chauffage au gaz se monte à 4 millions d’euros. Pouvoir réduire cette note de 10% par an par le biais d’un nouveau système de chauffage, cela n’est pas rien ! Nous travaillons également sur les autres sites de l’université, ceux de Châtellerault, Niort et Angoulême. À Châtellerault, il y a trois départements d’IUT. À Niort, nous avons regroupé les 1.000 étudiants sur le site de Noron. Reste à régler la question de l’éclatement des sites d'Angoulême, avec 1.500 étudiants dispersés sur plusieurs lieux.

L’université de Poitiers n’a pas été très mobilisée sur les Investissements d’avenir. Pour quelles raisons ?

«L’État doit décider et veiller à un certain équilibre»

Effectivement, le grand emprunt me semble poser beaucoup de questions, j’ai même adressé une lettre ouverte à ce sujet. Quand on lance un appel d’offres à un temps T, se pose la question de sa pérennité. D’ailleurs, les Allemands se posent la même question. Quant au choix d’un jury international, je n’y suis pas opposé, mais l’État doit jouer son rôle. C’est probablement une vision un peu jacobine, mais l’État doit décider et veiller à un certain équilibre.

Votre établissement a-t-il connu des difficultés budgétaires ?
Oui et c’est assez naturel. La fin 2009 s’est terminée avec un exercice très négatif en raison du passage au logiciel SIFAC. Car nous avons choisi d’anticiper ce changement en raison du passage aux RCE, en janvier 2010. Par exemple, nous avons perçu les droits d’inscription en septembre pour l’année universitaire. Ces frais ont été rattachés pour un tiers [les quatre premiers mois de l'année] à l’année 2009, et pour les deux tiers restants à l’année suivante. Du coup, nous avons eu un trou dans nos recettes, mais c’est un choix technique. Pour le dernier exercice, nous finissons avec un excédent de 500.000 €, ce qui ne représente presque rien sur un budget total de 220 millions d’euros, à peine 0,22%. À un tel niveau, cela aurait pu être un déficit.

Nous avons décidé, en 2011, de geler quinze emplois. D’abord afin de maîtriser la masse salariale. Mon mandat se terminant en avril 2012, je veux laisser une marge de manœuvre à mon successeur. Les postes gelés le sont en sciences et en lettres-langues, les deux composantes les mieux encadrées. Nous souhaitons en outre réduire le nombre d'heures de 1.000 heures cette année pour économiser environ 500.000 €, pour parvenir à moyen terme à notre niveau de 2008, soit 400.000 heures de formation, contre 440.000 aujourd’hui.

Face au recul du nombre d’étudiants, quels sont les leviers pour relancer l’attractivité de l’établissement ?
Nous travaillons notamment sur la mise en place d’un master d’ingénierie afin de rendre les études de sciences plus attractives. Nous proposons une organisation de travail par projets et une ouverture du contenu de la formation. Le programme comprend 20% de disciplines autres que les sciences dures. Ce projet sera lancé prochainement, avec un réseau d’une dizaine d’universités partenaires.

Globalement, nous essayons aussi d’adapter l’offre de formations à la demande. Cela consiste à fermer certaines filières pour en ouvrir d’autres. En lettres et langues, par exemple, nous avions trois licences – en anglais, allemand et portugais – qui attiraient peu d’étudiants. Nous avons décidé de les réunir en une seule licence plurilingue Langues, traduction et médiation interculturelle [LTMI] dès la rentrée 2011. Cette nouvelle licence séduit beaucoup plus d’étudiants que les trois précédentes confondues.



Propos recueillis par Mathieu Oui
Février 2012


L’université en chiffres

• 23.000 étudiants.
• 2.350 enseignants et personnels BIATOSS (de bibliothèques, ingénieurs, administratifs, techniciens, sociaux et de santé).
• 3.746 étudiants internationaux.
• 870 enseignants-chercheurs.
• 778 doctorants.
• 36 laboratoires (dont 57% classés A ou A+).
• 14 composantes.
• 7 facultés.
• 220 millions d’euros de budget.
• 354.321 m2 de SHON.


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