L’université de Poitiers mise sur l’international

Dossier réalisé par Mathieu Oui
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Très mobilisée dans les programmes européens, les formations délocalisées et l’accueil d’étudiants étrangers, l’université poitevine cultive sa fibre internationale. Avec de réels effets.

Sur le campus ou dans les transports urbains de l’agglomération poitevine, on entend régulièrement parler en anglais, allemand, espagnol, voire… en chinois. Avec quatre masters Eramus Mundus (dont trois directement en coordination), l’implication dans plusieurs des programmes européens, 3.700 étudiants internationaux (sur 23.000 étudiants)… l’université de Poitiers cultive sa fibre internationale. «Ces labels européens constituent pour nous une belle vitrine tant au plan national qu’international», souligne Hervé Sabourin, vice-président des relations internationales, régulièrement invité en qualité d'expert en coopération étrangère dans divers colloques et journées d’études.

L’atout ville moyenne 

«Les Américains se disent que leurs étudiants auront plus de chances d’entrer en contact avec les Français» (Hervé Sabourin)

Outre la forte mobilisation de l’université, celle-ci bénéficie de l’effet small is beautiful, l’une des raisons de son succès à l’international. «La taille moyenne de Poitiers et l’accès à un hébergement à des prix raisonnables rassurent nos partenaires des États-Unis, du Canada ou du Brésil, explique Hervé Sabourin. Les Américains notamment se disent que leurs étudiants auront plus de chances d’entrer en contact avec les Français, d’apprécier leur mode de vie et leurs habitudes.»

Autres atouts : la proximité de Paris, à moins de deux heures de TGV, et la capitalisation sur l’histoire de la ville. Son patrimoine architectural compte en effet parmi les fleurons du Moyen Âge. Par ailleurs, l’université a récemment renoué avec ses racines historiques. Pour renforcer son identité, elle a adopté un blason aux armoiries médiévales, qui représentent deux lions protecteurs soutenant le Livre de la Sapience, lui-même surmonté de trois fleurs de lys. L’inscription de la date de création de l’institution – 1431 – sous le livre du savoir rappelle, elle, l’ancienneté rare et privilégiée pour une université, une référence particulièrement prisée à l’étranger, notamment dans le Nouveau monde. «Le blason fait partie de l’identité des institutions d’enseignement supérieur dans le monde, mentionne Ghislain Bourdilleau, le directeur de la communication. On retrouve, par exemple, le Livre de la Sapience dans les blasons d’Harvard et d’Oxford.»

Le label européen 

«Le label Erasmus Mundus nous permet d’attirer d’excellents étudiants du monde entier», prolonge Jean-Francois Cerisier, le coordonnateur du master Euromime (master en ingénierie des médias pour l’éducation). Sur la vingtaine d’étudiants inscrits dans ce programme, les deux tiers viennent de continents non européens, grâce à des bourses particulièrement alléchantes de 1.000 € par mois (contre 500 € pour les Européens). Mais le programme permet de structurer un réseau : le consortium du master Euromime est constitué de trois universités européennes (en France, au Portugal et en Espagne) et de quatre établissements latino-américains (au Brésil, au Chili, au Mexique et au Pérou).

Lourds à gérer d’un point de vue logistique et administratif, ces programmes multinationaux valent-ils l’investissement ? «On s’est posé la question à la fin du premier contrat d’appels à projets, mais le bilan est finalement très favorable. Il a permis d’accroître l’audience internationale de notre filière et de construire un réseau», analyse Jean-François Cerisier. Le jour de notre entretien, l’enseignant poitevin venait d’être ainsi contacté par une jeune Péruvienne, diplômée du master en 2011. De retour dans son pays, la jeune femme avait été embauchée par son université d’origine. Elle était chargée d’une mission d’audit par le conseil régional de Lima et souhaitait y associer des chercheurs internationaux.

«L’ancienneté de nos partenariats entraîne une forte dynamique», renchérit Monique Camilleri, la directrice des relations internationales de l’IAE, en pointe sur les formations délocalisées (voir l’article «L’IAE de Poitiers ou la carte des formations délocalisées»). «En Égypte où nous sommes implantés depuis 1997, nous avons toute une palette de partenariats, du double diplôme au doctorat en passant par les mobilités de stages. Et avec la formation de jeunes doctorants égyptiens qui, de retour chez eux, deviennent maîtres de conférences et forment une nouvelle génération d’étudiants, la boucle est bouclée», poursuit-elle.

Des effets induits en interne

Sur le plan interne, l’effet Erasmus Mundus entraîne une dynamique collective, avec une émulation au sein des départements de l’université et une entraide entre les porteurs de projets. Parmi les incidences du programme européen figure un nouveau rapport à l’évaluation. «La mise en place d’une évaluation systématique de la formation par les étudiants est quelque chose d’assez nouveau et fort», relève Jean-François Cerisier. C’est par le biais d’un questionnaire en ligne que les étudiants expriment leurs doléances sur des sujets qui dépassent le seul cadre pédagogique et abordent également la vie quotidienne (restauration, logement, etc.). «Les commentaires sont partagés avec les partenaires et nous permettent de faire évoluer la formation», détaille le coordonnateur du master Euromime. Surtout, ce dernier a choisi d’appliquer cette démarche d’évaluation à son propre master national. Et les enseignants-chercheurs étrangers invités dans le cadre d’Euromime sont impliqués dans les autres activités de recherche ou de formation du département.

Plus largement, l’atmosphère internationale de certains départements est stimulante pour l’ensemble de la communauté. Des étudiants d’autres composantes sollicitent Jean-François Cerisier pour obtenir des stages en entreprises à l’étranger. Reste que, malgré leurs atouts, ces programmes européens ont une durée de vie limitée. «Notre principale interrogation est de savoir comment pérenniser le master une fois le financement européen terminé, c’est-à-dire à l’horizon 2016. Le financement par le biais des entreprises privées de la fondation de l’université, créée en 2009, constitue une piste», explique Jean-François Cerisier.



Dossier réalisé par Mathieu Oui
Février 2012



La mobilité des Français, l’éternel talon d’Achille

Poitiers championne des relations internationales ? Le tableau serait presque parfait, si ce n’était la faible mobilité des étudiants poitevins qui constitue le principal point noir. «Le manque de candidats français au départ est un vrai problème. En 2011, j’avais des possibilités d’échanges en Australie, au Canada et aux États-Unis, et je n’ai reçu que cinq candidatures», se désole Monique Camilleri de l’IAE, qui souligne a contrario la forte mobilité des étudiants d’écoles de commerce. Hervé Sabourin reconnaît également que le chiffre de 700 séjours à l’étranger (sur 23.000 étudiants) n’est pas satisfaisant. «Ce ne sont pas forcément des raisons financières qui posent problème, mais plutôt un blocage d’ordre psychologique, l’angoisse de l’inconnu», analyse le vice-président en charge des relations internationales. «Il faut davantage travailler sur leur motivation et leur niveau en langues», renchérit Monique Camilleri. L’université a par exemple créé une option International accessible à tous les étudiants de licence. Ce supplément au diplôme est validé si les étudiants suivent 240 heures de cours d’une langue (au choix russe, chinois ou portugais) sur les trois ans (40 heures par semestre).

Autre initiative originale : le lancement – une première en 2011 – d’une foire internationale sur le campus. Cet événement, destiné à sensibiliser les étudiants poitevins, a réuni, pendant deux jours en octobre, une vingtaine d’établissements étrangers partenaires de l’université. Très mobilisée sur l’international, la fondation, qui a suggéré l’organisation de cet événement, l’a financé à hauteur de 15.000 €. MO

Un projet Tempus au Moyen-Orient

«Orientation et insertion professionnelle dans les université du Liban, de l’Égypte et de la Syrie» (OIPULES), tel est le nom du dernier programme européen Tempus décroché par l’université de Poitiers dans le cadre du quatrième appel à projets de la Commission européenne.

Ce projet, qui s’étale sur trois ans et au budget de 1,2 million d’euros, a été officiellement lancé en novembre 2011 à Beyrouth. Son objectif : créer un portail d’orientation interactif à destination des onze universités des trois pays. «Nous nous sommes inspirés du projet VocaSciences monté en 2009 à Poitiers avec l’ONISEP et destiné à relier l’offre de diplômes avec les débouchés professionnels», résume Hervé Sabourin, le vice-président des relations internationales.

Au plan de l’organisation, le projet Tempus associe, outre Poitiers, les universités d’Iasi (Roumanie) et de Coimbra (Portugal), deux partenaires de longue date. «Si ce projet ne présente pas de bénéfices directs pour nos étudiants, il débouche en revanche sur de nombreux échanges et transferts de technologie au niveau des personnels universitaires», insiste Hervé Sabourin. Début 2012, une trentaine de personnes se sont ainsi rendues à Poitiers pour se former dans le domaine informatique et administratif. MO


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