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Marc Boudier (OVE de Toulouse 1) : «L’enquête d'insertion du ministère ne prend pas en compte les spécificités locales»

Propos recueillis par Jessica Gourdon
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L’enquête d’insertion demandée aux universités par le ministère de l’Enseignement supérieur, et dont les OVE (observatoires de la vie étudiante) ont la charge, n’est pas adaptée aux contextes locaux. C’est que qu’affirme Marc Boudier, directeur de l’OVE de Toulouse 1 et président de Résosup , association qui réunit depuis 2006 les OVE des universités.

 
Pour la seconde année, le ministère de l’Enseignement supérieur a demandé aux universités de faire remonter des statistiques d’insertion à trois ans. Quels sont les résultats à Toulouse 1 ?

Sur cet indicateur, nous nous en sortons plutôt bien, avec 92,3% de diplômés ayant trouvé, au bout de trois ans, un emploi. Cela dit, je m'élève contre cette logique de hit-parade telle qu’elle a été mise en scène dans les médias.

Ce traitement n’est pas sérieux. En droit-éco, apparaît en première place Bordeaux 1, alors que cette université ne compte qu’une poignée d’étudiants dans ces disciplines et que l’immense majorité des troupes se rassemble à Bordeaux 4. Et puis comparer les universités parisiennes et celles de province n’est pas pertinent : le marché du travail n’est pas le même.

Plus précisément, le périmètre de cette enquête n’est pas adapté aux contextes locaux. En droit, nous avons à Toulouse 1 plus de 40 % de poursuite d’études en M2, et cette population n’est pas prise en compte !

Idem pour les DUT : nous menons notre enquête sur les 25% qui s’insèrent, et laissons de côté les 75% qui poursuivent leurs études. Enfin, vu le temps que cela nous prend – quasiment un mi-temps sur l’année –,  je trouve inutile de mener ce travail tous les ans. Tous les deux ans, ce serait suffisant.

«Comparer les universités parisiennes et celles de province n’est pas pertinent : le marché du travail n’est pas le même»



Quelles sont vos inquiétudes ?

Ce qui m’inquiète, c’est le projet, défendu par le ministère, de labellisation CNIS de cette enquête, qui la rendra obligatoire – au même titre que le recensement, par exemple. Cela signifie que le questionnaire sera administré dans un cadre très strict : nous ne pourrons ajouter aucune question supplémentaire. Là encore, nous allons perdre en souplesse et en qualité.

Aujourd’hui, à Toulouse, si nous ne précisons plus «aéronautique» ou «pharmaceutique» dans les secteurs industriels d’insertion, nous passons à côté de l’essentiel ! Nous obtenons déjà de très bons taux de réponse – la moyenne nationale est de 80% – alors cela ne me paraît vraiment pas la priorité.

Mais vous avez la liberté de mener d’autres enquêtes localement...

Oui, mais ce que je constate, c’est que les observatoires sont en passe de devenir des opérateurs du ministère. Notre hiérarchie, ce devrait être le président de l’université, et on nous demande de travailler de plus en plus pour la «Centrale». Les OVE ont justement été créés, à côté du Céreq, pour prendre en compte les spécificités de chaque académie.

Le risque, c’est que nous devenions des presse-boutons, que nous perdions notre autonomie. Cela signifie, pour les agents, une perte d’intérêt dans leur travail, et à terme une déqualification.


«Les observatoires sont en passe de devenir des opérateurs du ministère»



Êtes-vous pour la fusion des OVE au niveau des PRES ?

Nous travaillons sur cette question à Résosup, et nous allons organiser un séminaire en 2012. Cela me paraît de bon sens et permettrait de réaliser certaines économies d’échelle. Nos enquêtes auraient plus de pertinence – notamment sur les aspects santé, logement – si elles étaient menées au niveau d’un site plutôt que d’une université.

Sur les enquêtes d’insertion, l’important sera de garder les spécificités disciplinaires. Le seul risque, dans une structure type PRES, est de se trouver coupé des étudiants, des directeurs de composantes… Ce qui rendrait les retours plus difficiles. Il faudra veiller à ne pas rompre ce lien.

Propos recueillis par Jessica Gourdon
Janvier 2012


Les Journées nationales des observatoires

Organisées par l’Observatoire de l’université de Reims-Champagne-Ardenne, les prochaines Journées se dérouleront à Reims les 6 et 7 juin 2012.


Propos recueillis par Jessica Gourdon | Publié le

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