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Université : ces filières où la sélection est possible

Camille Stromboni
Publié le - Mis à jour le
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Université de Bordeaux - Site de La Victoire - Janvier 2015
Université de Bordeaux - Site de La Victoire - Janvier 2015 // ©  Camille Stromboni

À l'entrée de certaines licences, l'université choisit ses étudiants. Une sélection jugée "illégale" par l'Unef, dans son enquête du 15 juillet 2015, mais pourtant permise dans les faits. Zoom sur cette zone grise des parcours sélectifs et autres "filières d'excellence".

"Le premier cycle est ouvert à tous les titulaires du baccalauréat", promet l’article 612-3 du Code de l’éducation. Et "lorsque l'effectif des candidatures excède les capacités d'accueil d'un établissement, […] Les dispositions relatives à la répartition entre les établissements et les formations excluent toute sélection", précise-t-il. L’université n'a donc pas le droit, en principe, de choisir ses étudiants sur des critères de niveau comme le font les autres cursus de l’enseignement supérieur.

Et pourtant... plusieurs parcours de licence générale sélectionnent leurs étudiants à l'entrée, après examen d’un dossier de candidature ou même avec des épreuves. 334, d'après l'enquête publiée par l'Unef le 15 juillet 2015, qui dresse un palmarès des plus mauvais élèves, avec en tête Paris 4, Paris 1 et Cergy.

Des doubles licences aux parcours d'excellence

Parmi les filières sélectives figurent des doubles licences, des cursus spécifiques comme les CMI (Cursus master en ingénierie), la licence Frontières du vivant (Paris 5), ou encore des filières à dimension internationale (droit et langues à Bordeaux). Pour expliquer cette pratique, on argue du bon sens du côté des universités. Outre des effectifs souvent très faibles dans ces filières, les doubles cursus nécessitent un travail très conséquent supposant un niveau minimum, quand les parcours internationaux appellent eux des prérequis en langue vivante.

Autre niche de sélection par ailleurs dans le viseur du syndicat étudiant : les "parcours d’excellence", développés jusqu’ici quasi exclusivement dans les facs de droit, sous l’appellation "collège de droit". Ouverts aux étudiants inscrits dans la licence 1 de droit, ils donnent accès aux heureux élus à un certain nombre de cours et de séminaires supplémentaires.

Des pratiques "anormales" pourtant autorisées

Des parcours sélectifs autorisés puisqu'ils sont mis en place dans des offres de formation validées par l'État, via les rectorats ou l'accréditation. Une ligne que n'assume pas totalement le ministère. La rue Descartes rappelle que ces niches ne concernent qu'une infime minorité d'étudiants. Et surtout, le ministère insiste sur le fait qu'un bachelier aura, même s'il est refusé dans l'un de ces parcours sélectifs, une place à l'université dans la filière classique. Le droit d’accès serait donc assuré. Pourtant, interrogé sur SudRadio mercredi 15 juillet, le secrétaire d'État, Thierry Mandon, a tout de même estimé que ces pratiques n'étaient pas "normales", la sélectivité ne devant pas intervenir dès l'entrée à l'université.

L'Unef demande justement au ministère de faire appliquer la loi afin que cette sélection "illégale" cesse. Le syndicat étudiant promet même des recours en justice.

Université Versailles-Saint-Quentin - UVSQ - Amphi licence 1 droit - septembre 2014

des filières sélectives en expansion

Des menaces que balaient les universités. Si le développement des doubles licences est en vogue, les "parcours d'excellence" intéressent eux aussi d'autres filières que le droit. À Caen, par exemple, "la géographie et les sciences économiques y pensent pour l'offre de formation qui sera déclinée en 2017", confie la directrice générale des services, Nathalie Hauchard-Séguin.

"Pourquoi peut-on aider les étudiants en difficulté en leur proposant des parcours de soutien mais pas ceux qui sont capables d’aller plus loin ?, défend Sandrine Clavel, présidente de la Conférence des doyens de droit et science politique. Dans un cas, cela ne dérange personne, dans l'autre on dénonce la 'sélection' ! Mais nous avons aussi besoin d’attirer les meilleurs étudiants."

"Cela n'a rien à voir, réagit William Martinet, président de l'Unef. Regarder les dossiers des candidats et prendre les meilleurs, cela s'appelle de la sélection. L'université doit continuer à garantir l'accès de tous à l'enseignement supérieur."

Quid du coût ?
N’y a-t-il pas une contradiction entre ces parcours sélectifs pour petits effectifs et le manque de moyens dont souffrent les universités, particulièrement en droit où le sous-encadrement est régulièrement dénoncé ?

"Les parcours d'excellence sont très souvent autofinancés, réagit Sandrine Clavel. Ils prennent le plus souvent la forme de DU [diplômes d’université], payants avec un système de bourses – par exemple 180 euros l’année à Versailles – et les enseignants-chercheurs y participent via des heures complémentaires." Soit un coût très limité, assure-t-elle.

Quant aux parcours sélectifs, par exemple internationaux comme à Bordeaux, "ils sont extrêmement mutualisés, souligne le vice-président Formation de l'université de Bordeaux, Achille Braquelaire. Exemple : le cours d'épistémologie est un enseignement à distance destiné aux étudiants de chimie, de maths ou encore de physique. Et le nombre d'étudiants est très faible. C'est donc tout sauf du gaspillage."

Camille Stromboni | Publié le - Mis à jour le

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