Les armes de séduction des universités pour attirer les meilleurs chercheurs

Céline Manceau
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Depuis l’arrivée d’un prix Nobel à l’université Paris-Diderot, en février 2010, la pression est montée d’un cran sur le marché international du recrutement des enseignants-chercheurs. Les universités françaises mènent désormais une politique volontariste de recrutement de professeurs étrangers reconnus dans leur domaine. Les voilà lancées à la conquête de ces chercheurs que tout le monde s’arrache… Sont-elles de taille à attirer des pointures ? Ont-elles des atouts pour les séduire, et, surtout, les arguments nécessaires pour les convaincre de venir travailler en France ?

À l’heure de choisir son université, un enseignant-chercheur courtisé tiendra compte de trois critères : « le laboratoire, le lieu géographique et enfin le salaire, dans cet ordre », résume Jean-Charles Pomerol, président de l’université Pierre-et-Marie-Curie (UPMC). Trois critères qui ne placent pas toutes les universités sur un pied d’égalité. Enfin… hormis pour le salaire. Aucune université ne se bat sur ce terrain-là (cf. encadré) : impossible de rivaliser avec les propositions des universités américaines ou même des grandes écoles pour les enseignants en économie-gestion.

Des labos garnis


Si bataille financière il y a, elle se joue plutôt sur les moyens financiers et humains alloués aux chercheurs. « Nous avons recruté, début septembre 2010, une enseignante américaine, qui était précédemment à l’université de Sarrebruck, Kira Weissman. Ce qui l’a décidée à venir, c’est la réputation de notre laboratoire de biologie fondamentale, classé A+, et le nombre de doctorants et de postdocs mis à sa disposition », se félicite Jean-Pierre Finance, président de l’université de Nancy 1.

À l’université Paris-Diderot, même si les nouveaux locaux et les équipements se suffisent à eux-mêmes pour séduire les enseignants-chercheurs (notamment une salle blanche pour la physique, la seule de Paris intramuros, et une animalerie de haut niveau), l’université va plus loin encore. « Nous avons mis en place un appel d'offres interne permettant de soutenir financièrement les projets les plus innovants, pluridisciplinaires notamment », indique Catherine Bernard, directrice de cabinet du président de l’université Paris-Diderot.

Paris ou province : à chacun ses atouts


« Nous utilisons tous les dispositifs nationaux et locaux et nos propres procédures pour attirer des enseignants-chercheurs étrangers, tels que les chaires – et notamment les chaires d’excellence – ou encore les programmes de mobilité de la région », renchérit Farid Ouabdesselam, président de l’université Joseph-Fourier à Grenoble. L’université Bordeaux 1 travaille, elle aussi, de manière très étroite avec des partenaires nationaux ou locaux pour proposer un package attractif. « Il est indispensable de jouer ensemble pour remporter un candidat brillant. Les partenaires industriels nous aident à monter des chaires, avec l’appui des organismes de recherche pour le recrutement de maîtres de conférences ou d’ingénieurs, la région aide au financement via des bourses pour les postdocs… » détaille son président Alain Boudou.

Les universités de province ont, ici, un léger avantage sur les parisiennes : elles arrivent plus facilement à trouver des locaux pour aménager un laboratoire. « Dans la capitale, il faut parfois faire des acrobaties pour dégager des mètres carrés », rappelle Jean-Charles Pomerol, de l’UPMC. Cependant, Paris reprend vite le dessus quand il s’agit de mesurer le deuxième critère (le lieu géographique). Difficile de compenser l’attractivité de la capitale pour un enseignant et surtout pour sa famille. « Je mets même au défi l’épouse d’un grand chercheur américain d’aller vivre sur le campus de Saclay, qui est pourtant un pôle d’excellence attractif », s’amuse une mauvaise langue !

Céline Manceau
Février 2011


Céline Manceau | Publié le

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