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Écoles d’ingénieurs : des salaires qui varient selon les statuts des établissements

Sophie Blitman
Publié le
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Aux tutelles et statuts multiples des écoles d’ingénieurs correspondent des modalités de rémunération des directeurs disparates. Si les salaires des fonctionnaires sont déterminés par des grilles et des textes officiels, ceux des directeurs recrutés sur contrat privé (pour des écoles publiques ou privées) sont le résultat d’une négociation. Or, de plus en plus de directeurs sont recrutés sur ce type de contrat.

Dans les écoles d’ingénieurs, les écarts de rémunération vont de un à quatre ! Les directeurs gagnent en effet de 50K€ à 200K€ brut annuels. Au-delà de différences juridiques, deux critères déterminent très largement le niveau de rémunération d’un directeur d’école d’ingénieurs : l’expérience personnelle et le statut ou, moins formellement, la réputation dont bénéficie l’école.

Dans la fonction publique, les salaires des directeurs d’école d’ingénieurs dépendent de leur parcours personnel, mais aussi des règles fixées par leur ministère de tutelle.

  

Les grilles du ministère de l’Enseignement supérieur : avancement et RCE

Pour les nombreuses écoles qui dépendent du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (MESR), la rémunération dépend d’une part de l’avancement personnel du directeur, établi en général sur la grille des professeurs d’université même s’il peut y avoir des directeurs maîtres de conférences, d’autre part du type d’école.

Les directeurs des INP, INSA, écoles centrales et universités de technologie bénéficient d’une prime d’administration de 18K€ environ, dont le montant est majoré de 50% pour les écoles qui sont passées aux responsabilités et compétences élargies (RCE), soit un total de 27K€ annuels. Un fonctionnement analogue à celui des présidents d’université, à cela près que toutes les écoles d’ingénieurs ne sont pas encore autonomes. Ainsi, le directeur touchera de 56K€ (pour un professeur d’université en début de carrière dans une école non autonome) à 101K€ brut annuels s’il détient le grade de professeur d’université de classe exceptionnelle dans une école autonome.

Les directeurs d’école d’ingénieurs interne aux universités bénéficient, quant à eux, à l’origine d’une prime d’administration deux fois et demie plus basse que les précédents (7.300€) et celle-ci n’a été majorée que de 25% avec le passage aux RCE des universités dont elles dépendent, soit un total de 10.950€, toutes les universités étant désormais autonomes. Dès lors, le salaire de ces directeurs varie de 49K€ (pour un professeur d’université en début de carrière) à 85K€ brut annuels (pour un professeur d’université de classe exceptionnelle).

Des ministères plus ou moins généreux


Au MESR, les rémunérations des directeurs d’école évoluent donc de 49 à 101K€ brut annuels.

La fourchette est équivalente au ministère de l’Agriculture, même si la manière de compter diffère, puisque les corps d’appartenance des directeurs sont plus variés (PU, mais aussi professeurs et maîtres de conférences de l’enseignement supérieur agricole, directeurs et chargés de recherche, ingénieurs de recherche…). La prime d’administration, quant à elle, s’établit pour le niveau de base à 5.900€, et peut atteindre quatre fois ce montant, soit un peu moins de 24K€ annuels.

Le ministère de l’Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement donne, lui, les chiffres de 73 à 140K€, en fonction du grade du directeur.

Enfin, le ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie (MINEFI) délivre des rémunérations brutes globales de 100 à 150K€. Une part de cette rémunération, supérieure à 20%, est modulable en fonction de la performance. Mais dans les faits, indique-t-on au MINEFI, tous les directeurs perçoivent un minimum de variable – «sinon, cela signifierait qu’ils n’accomplissent pas bien leur mission». D’où des salaires considérés comme «assez homogènes» entre les directeurs. Les écarts sont surtout liés à l’expérience : entre un jeune directeur et un autre qui entame un second mandat, l’écart peut atteindre environ 20%.

Pas de règle pour les contrats privés 

«Il est aujourd’hui relativement bien accepté qu’un directeur venant du privé soit mieux rémunéré qu’un enseignant-chercheur» Christian Lerminiaux

Les critères de rémunération deviennent beaucoup plus flous quand on sort des grilles de la fonction publique et ce, quel que soit le statut de l’école. «Il n’y a pas de règle», affirme Christian Lerminiaux, président de la CDEFI (Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs), qui observe une évolution des mentalités en la matière : «Les écoles sont désormais conscientes qu’il existe un marché, et sont prêtes à payer le prix de ce marché dans la mesure de leurs moyens. Ce qui compte, ce sont les possibilités de financement de l’école.»

L’évolution se fait également sentir du côté de la communauté enseignante : «Il est aujourd’hui relativement bien accepté qu’un directeur venant du privé soit mieux rémunéré qu’un enseignant-chercheur», constate Christian Lerminiaux.

De ce fait, excepté les écoles internes aux universités, les salaires dans les écoles privées diffèrent peu de ceux des écoles publiques, même si les premières refusent de dévoiler leur stratégie en matière de rémunération.

Expérience personnelle et réputation de l’établissement

Pour les contrats privés, les rémunérations dépendent essentiellement de deux critères : la réputation de l’école et l’expérience personnelle du directeur, ce qui rejoint finalement peu ou prou le mécanisme de la fonction publique.

Manager exécutif de Michael Page Public & Parapublic de Michael Page Éducation, François-Marie Delétoille donne les estimations suivantes : 80-100K€ pour les écoles de rang B ou C, 100-125K€ pour celles de rang A, et de 125-150K€ pour celles de rang A+. Quant aux numéros 2 et 3, «il y a un décrochage assez léger, de l’ordre de 20 ou 30K€, guère plus», avance François-Marie Delétoille.
 

«Les écoles d’ingénieurs appliquent désormais des salaires qui ne font plus rougir le monde de l’industrie»
Michel Caste-Ballereau, HRM

Des chiffres qui peuvent être modulés en fonction du parcours antérieur du directeur, et notamment de son passage par l’industrie, comme c’est de plus en plus le cas. «Les écoles d’ingénieurs appliquent désormais des salaires qui ne font plus rougir le monde de l’industrie», observe Michel Caste-Ballereau, P-DG du cabinet de recrutement HRM.

Tout dépend néanmoins de la négociation. Certains directeurs ne perdent ni ne gagnent en salaire par rapport à leur poste précédent, comme le confie Gérard Pignault à la tête de CPE Lyon, qui souligne cependant que «d’autres acceptent une baisse de salaire de 10 à 15%». «On ne fait pas ce métier par opportunisme», confirme Michel Caste-Ballereau. Pour être largement partagé, cet avis mérite d’être nuancé car «il arrive aussi que certains candidats refusent un poste en raison du salaire qu’ils jugent trop bas…» glisse Christian Lerminiaux.

Stratégies d’écoles 

«Les directeurs réfléchissent en logique de package»
François-Marie Delétoille, Michael Page Éducation

En outre, ces rémunérations peuvent s’accompagner d’avantages en nature, à commencer par le logement et la voiture de fonction, les notes de frais couvrant les déplacements et les repas, mais aussi parfois des retraites complémentaires. Si bien qu’aujourd’hui, «les directeurs réfléchissent en logique de package», mentionne François-Marie Delétoille.

Par ailleurs, «si l’expérience du directeur va généralement de pair avec la réputation de l’école, certains groupes privés sont vraiment prêts à faire un effort et à aligner un salaire important, observe Michel Caste-Ballereau. Des écoles ambitieuses qui souhaitent attirer des compétences de haut niveau n’hésitent pas à recruter des directeurs à un salaire de 150K€.» Quant aux écoles les plus réputées, lorsqu'elles recrutent une personnalité forte, dotée d’une solide expérience, la rémunération peut atteindre 200K€.

Enfin, si les rémunérations ont eu tendance à augmenter ces dernières années, le phénomène devrait se poursuivre, en raison de l’environnement de plus en plus concurrentiel dans lequel baignent les écoles. «Il y a de plus en plus de candidats, notamment issus du secteur privé, signe que les postes sont de plus en plus attractifs», relève Christian Lerminiaux, qui détaille les qualités dont il faut faire preuve pour postuler à une fonction de directeur : capacités managériales, leadership, mais aussi capacité à savoir associer culture académique et culture de marché. À bon entendeur…



Sophie Blitman
Mai 2012


Sophie Blitman | Publié le

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