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Développement durable : où en sont les établissements d’enseignement supérieur ?

Dossier réalisé par Sophie Blitman
Publié le
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A l'heure où 98% des étudiants veulent que leur campus soit exemplaire, que font les grandes écoles et les universités en matière de développement durable et de responsabilité sociale ?

À 26 ans, Gilles Vanderpooten est un professionnel engagé. Depuis six mois, le jeune homme travaille pour l’ONG Reporters d’espoirs. Sensibilisé depuis l’enfance au développement durable grâce à des parents agriculteurs, Gilles a toujours voulu travailler dans un secteur en lien avec ses convictions personnelles. «Après ma prépa HEC, lorsque j’ai dû choisir une école de commerce, je me suis orienté vers Audencia Nantes, qui s’engage clairement sur ces questions.»

Pendant ses études de marketing, Gilles crée une association étudiante, lance un festival de films, entreprend un tour de France… «Ce cursus m’a permis de mieux comprendre les enjeux du développement durable.» Des enjeux qui tiennent en une simple question, pourtant terriblement complexe : comment répondre à nos besoins, sans compromettre ceux des générations futures ?

76 établissements investis à un degré plus ou moins élevé

 
À l’heure où le sujet investit tous les pans de la société, nous avons voulu savoir comment les établissements d’enseignement supérieur s’inscrivaient dans cette démarche. Soixante-seize établissements (18 universités, 25 écoles de commerce, 33 écoles d’ingénieurs) ont répondu à notre enquête.

Évidemment, les implications sont hétérogènes : certains font du développement durable leur ligne directrice ; d’autres s’y mettent timidement. À noter l’absence de quelques grandes écoles, avouant par défaut leur faible intérêt pour le sujet.

Pourtant, les attentes des étudiants sont bien réelles. Selon le REFEDD (Réseau français des étudiants pour le développement durable), 98% des jeunes veulent que leur campus soit exemplaire. Depuis 2009 et la loi Grenelle 1, les établissements d’enseignement supérieur doivent élaborer un Plan vert, sorte de plan d’action dédié au sujet. Pour les aider dans cette tâche, la CGE (Conférence des grandes écoles) et la CPU (Conférence des présidents d’université) ont créé, en 2010, un référentiel «Plan vert», qui permet à chaque établissement d’autoévaluer sa démarche sur cinq axes : la gouvernance ; l’enseignement et la formation ; la recherche ; la gestion environnementale ; la politique sociale et l’ancrage territorial. Pour notre part, nous avons centré notre enquête sur trois de ces thèmes : gouvernance, formation et recherche.

Offre de formation : diverses manières de sensibiliser les étudiants au sujet


C’est au niveau de leur gouvernance que les établissements sont les plus avancés. La prise de conscience est avant tout environnementale : elle passe par le tri des déchets ou le suivi de la consommation d’eau.

En matière de formation, la sensibilisation constitue une première étape. La plupart des établissements proposent des cours obligatoires pour les étudiants de première année (Reims Management School, Euromed). D’autres misent sur des cycles de conférences (ESC Toulouse, Centrale Paris). À raison de quelques heures par semestre, les jeunes se familiarisent avec le développement durable, dans sa dimension environnementale, économique et sociale.

Certains établissements, quant à eux, jouent la carte de l’originalité. Ainsi, AgroParisTech et l’université Lille 1 ont confié la tonte de leur pelouse à… des poneys et des moutons. «Ces petites mesures ont un intérêt pédagogique, indique Louis Bizalion, jeune chargé de mission à Lille 1. Car les actions ludiques touchent plus facilement les étudiants.»

La recherche : le moyen d’assurer une veille dans le domaine


Mais le challenge des prochaines années reste l’intégration de ces notions à toutes les matières. «Moi qui enseigne depuis trente ans les énergies thermiques, j’ai vu mon sujet évoluer, constate Bernard Baudoin, professeur à l’École des mines de Douai. Aujourd’hui, j’explique à mes élèves comment réduire les consommations d’énergie. Ce qui implique un suivi constant de l’actualité, car le secteur est en perpétuelle évolution.» Ce travail de veille est rendu possible grâce, entre autres, à la recherche, qui permet «d’affiner les connaissances des enseignants pour, ensuite, nourrir leurs cours», note François Petit, directeur environnement et développement durable à l’ESC La Rochelle.

Des élèves encouragés à s’impliquer

Et les étudiants dans tout ça ? S’il paraît évident que leur implication influence l’engagement de leur établissement, «ils ne peuvent pas agir sans le soutien de leur direction», relève Jeanne Neuschwander, présidente de l’association Unis-Terre, d’Euromed. «En 2007, lorsque nous avons créé le REFEDD [Réseau français des étudiants pour le développement durable], se souvient Gilles Vanderpooten, des associations nous faisaient part de leur difficulté à agir face à une direction peu active. Certains pensent encore que c’est un sujet “tarte à la crème”, qui engendre uniquement des contraintes. Mais si le développement durable est une obligation morale, il ouvre aussi de nouvelles opportunités.»

Dossier réalisé par Céline Authemayou et Sophie Blitman
Avril 2012

Jacques Huybrechts, cofondateur de la Cité de la réussite et fondateur du réseau Entrepreneurs d’avenir : «Il existe aujourd’hui une demande des entreprises vis-à-vis des jeunes formés au développement durable»

Pourquoi est-il important que les établissements d’enseignement supérieur s’impliquent dans une telle démarche ?
Si l’on veut faire progresser les entreprises et le monde économique, la première étape consiste, selon moi, à former au DD [développement durable] les jeunes qui seront les futurs actifs, managers et dirigeants. L’avenir se prépare là, sur les bancs des écoles et des universités. Quelle que soit la formation, scientifique, commerciale ou de sciences humaines, il est nécessaire d’y instiller une dose de DD suffisamment élevée pour que les étudiants aient une approche globale de la RSE [responsabilité sociale des entreprises] et qu’ils soient amenés à se poser des questions sur la préservation de la planète, la société de consommation ou le rapport à l’autre en entreprise.

Quels atouts une formation au développement durable donne-t-elle aux jeunes sur le marché de l’emploi ?
Il existe aujourd’hui une demande des entreprises vis-à-vis des jeunes formés au développement durable et à la responsabilité sociale des entreprises, liée non seulement à la pression de la société, mais aussi à l’évolution de la législation : on voit en effet émerger des normes qui obligent toutes les organisations à intégrer ces aspects. Les entreprises vont se trouver de plus en plus contraintes de recruter des personnes capables de comprendre ces enjeux et de mettre en application des actions durables et responsables.

Propos recueillis par Sophie Blitman
Avril 2012

Zoom sur le réseau Entrepreneurs d’avenir

Créé en 2009 avec Generali, Entrepreneurs d’avenir réunit plusieurs centaines de dirigeants dans tous les secteurs et sur l’ensemble du territoire. Ils soutiennent un nouveau modèle d’entreprises conjuguant progrès économique, social et environnemental.

Depuis son lancement, le réseau Entrepreneurs d’avenir a placé la formation au développement durable et à la responsabilité sociale des entreprises comme enjeu prioritaire. C’est dans cet esprit que le réseau s’est associé au journal l’Etudiant pour porter et mener cette opération «Campus d’avenir» et identifier les établissements pionniers en la matière.

Pour aller plus loin : www.entrepreneursdavenir.com.


Dossier réalisé par Sophie Blitman | Publié le

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