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Comment devenir président d’université ?

Franck Dorge
Publié le
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Quels parcours faut-il avoir pour devenir président d’université ? Quelles sont les fonctions à occuper ? Décryptage.

Avoir déjà pris des responsabilités

Pour Emmanuel Ethis, président de l’université d’Avignon , «lorsqu’on souhaite être président, il faut avoir une vision de ce que doit être l’université française. Cette vision s’acquiert dans la prise de responsabilités au sein de l’université. Avant d’être président, j’ai été responsable d’un département, coresponsable d’un laboratoire et ensuite vice-président du conseil d’administration.» Ce parcours est celui de la plupart des présidents d’université. En effet, 92% ont été au moins une fois vice-président (48%, dont notamment 20% VP CS, 9% VP CA et 3% VP CEVU), directeur de composante (48%) ou directeur de laboratoire (34%).

Bertrand Monthubert, président de Toulouse 3 , qui n’a pas suivi ce parcours, nuance les propos d’Emmanuel Ethis : «L’important est d’avoir une pensée structurée sur ce que doit être l’université. Il est possible de l’acquérir dans d’autres cadres politiques ou associatifs. Ce fut mon cas, tant à Sauvons la recherche qu’au sein du Parti socialiste.» Bertrand Monthubert a été respectivement président et secrétaire national en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche de ces organisations.

D’une manière générale, tous les présidents d’université ont exercé une ou plusieurs activités de direction à l’université ou au sein de sociétés savantes (12%), de conférences de doyens (12%) ou encore d’associations locales, nationales et internationales.

Être ancré dans l’université depuis des années

48% des présidents d’université ont fait toute leur carrière dans la même université. Ce pourcentage augmente de 10 points (58%) lorsqu’on prend en compte les carrières effectuées dans la même région (hors Île-de-France). Philippe Dulbecco, président de l’université d’Auvergne , regrette cette situation : «Les enseignants-chercheurs devraient avoir connu différents établissements avant d’être présidents d’université. Pour éviter ce localisme, il faudrait empêcher les universités de recruter les docteurs qu’elles forment.»

Pour Gilles Baillat , président de l'université de Reims (URCA), ce localisme mérite d’être relativisé : «On peut être ancré dans un terroir et avoir le regard ouvert sur le monde. Il y a quand même un enseignant-chercheur sur deux qui n’est pas issu de l’université dont il devient président. Ensuite, si les maîtres de conférences et professeurs réalisent toute leur carrière dans la même université, nombreux sont ceux qui effectuent des détachements en cours de carrière ou des séjours de longue durée à l’international.»




Franck Dorge
Juin 2012

La durée du mandat en question

Le mandat de président d’université est passé, avec la LRU, de cinq ans non renouvelables à quatre ans renouvelables une fois. En se présentant une seconde fois à la présidence de l’université d’Auvergne, les choses étaient claires pour Philippe Dulbecco : «Il fallait consolider les fondations de la “maison”. Nul n’est indispensable, mais quand on a une équipe qui a acquis des compétences – avec le passage aux RCE –, la dévolution du patrimoine, c’est dommage de ne pas mener à terme les chantiers lancés au cours d’un second mandat. En revanche, pas question d’en ouvrir d’autres.»

Emmanuel Ethis, président d’Avignon, partage ce sentiment : «Quatre ans, c’est trop court. Pour transformer une université, il est nécessaire d’avoir suivi la négociation de deux contrats d’établissement et au moins un CPER [contrat de projets État-région, NDLR]. L’idéal serait un mandat unique de sept ans.»

Pour Gilles Baillat, président de l’université de Reims (URCA), ce n’est pas tant la durée du mandat que la fonction de président qui devrait être repensée dans la carrière de l’enseignant-chercheur : «Il est très difficile pour un enseignant-chercheur de revenir à sa fonction initiale après avoir exercé la fonction de président. À l’international, le passage à l’autonomie va de pair avec la professionnalisation de la fonction de président. Peut-être sera-t-on amené à cette réflexion en France…»

Présidence et recherche sont-elles compatibles ?

La fonction de président est-elle compatible avec celle de chercheur ? À l’évidence, des différences de taille existent entre les présidents, selon leur discipline. Si la fonction semble conciliable avec une activité de recherche en lettres, SHS, droit, économie et gestion, cela s’avère plus difficile dans les disciplines médicales ou de sciences expérimentales.

«En cinq ans, 70% des connaissances changent en médecine, relève Olivier Laboux, président de l’université de Nantes . Je compte consacrer tout mon temps à mon mandat, mais il ne me semble pas impossible de refaire par la suite de la recherche.» «En mathématiques, cela reste possible», estime François Germinet .

Avant d’ajouter : «Nous ne dépendons pas d’équipements lourds, à l’instar de disciplines comme la physique ou la biologie.» Pour Bertrand Monthubert, mathématicien, président de l’université Toulouse 3-Paul-Sabatier :

«Tout dépend de la manière dont on envisage la fonction de président. Est-ce un super chef ou l’animateur d’un collectif ? Pour ma part, c’est la seconde option que je revendique. Il faut savoir s’entourer et combiner les différents profils de l’équipe présidentielle.»

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Franck Dorge | Publié le

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