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Nouveaux présidents d'université : Frédérique Vidal, une femme présidente à Nice


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«Je supporte difficilement de ne rien faire quand je pense qu'il faut changer les choses. C'était le cas à l'université de Nice.» Frédérique Vidal, 48 ans, nouvelle présidente de l'établissement niçois, fait partie des rares femmes élues à cette fonction en 2012, après avoir été la première directrice de la faculté des sciences il y a trois ans.

Le plafond de verre pour une femme enseignant-chercheur

L'enseignant-chercheur en biologie moléculaire, professeur depuis 2004, reconnaît qu'à l'université comme ailleurs, il existe un «plafond de verre». Ce qui s'explique par un phénomène assez simple.

«Les professeurs d'université sont majoritaires à la tête des universités, et une minorité d'entre eux sont des femmes. Car je pense qu'après un premier concours de maître de conférences, les femmes sont souvent moins dans une dynamique de progression de carrière», réfléchit l'enseignante, qui s'est engagée avec deux objectifs pour son université : assurer l'équilibre entre l'enseignement et la recherche, et entre les disciplines (SHS, médecine, sciences).

La question de la gestion de la vie familiale entre aussi en compte. «Dans sa carrière d'enseignant-chercheur, une femme va forcément prendre du retard en ayant des enfants. Sans oublier la pression sociétale et les habitudes : les femmes continuent d'avoir souvent trois journées en une avec les tâches ménagères, ce sont elles qui vont chercher le plus souvent les enfants quand ils sont malades, qui interrompent leur carrière pour suivre leur conjoint si nécessaire, etc.», énumère la généticienne, qui note l'importance pour sa carrière d'une bonne organisation et d'un vrai partage des tâches.

Arrêter l'autocensure

Pour elle, c'est aussi aux femmes de se décomplexer et d'arrêter de s'autocensurer. «Il faut changer l'esprit des jeunes femmes», insiste-t-elle, s'énervant par exemple qu'en réunion avec de futurs doctorants, les étudiantes s'inquiétaient de concilier la vie de famille et la thèse, mais jamais les étudiants !

D'autant que le milieu universitaire échappe grandement à la cooptation, estime-t-elle, par rapport à d'autres lieux de pouvoir comme les conseils d'administration d'entreprise ou la politique.

«Nous sommes sélectionnés sur nos titres et travaux à l'université, souligne-t-elle. Nous n'avons donc pas, en tant que femme, à nous battre beaucoup plus.» Sauf, peut-être, pour faire en sorte que les plaisanteries machistes cessent ! «On peut le faire avec humour. Je n'ai surtout jamais baissé les yeux devant ces réflexions, et cela s'est arrêté tout de suite. C'est une question d'habitude», sourit-elle.

La même gestion qu'un homme, mais des campagnes plus apaisées

Estime-t-elle qu'une femme aura une gestion de l'université différente de celle d'un homme ? «Absolument pas. C'est une question de tempérament et non de genre», assure-t-elle. Une petite différence tout de même, observée pendant la campagne, où elle était opposée… à une autre femme.

«J'ai souvent entendu que c'était une “campagne de femmes”, car moins agressive que peut l'être une campagne d'hommes. Il y a peut-être moins de compétition “hormonale”, ce qui engendre des comportements plus apaisés», raconte-t-elle.

Défend-elle particulièrement la place des femmes au sein de l'université ? Non plus. Son équipe compte d'ailleurs un peu plus d'hommes. «Je ne me suis jamais posé la question. Il n'y a rien de pire que d'entendre qu'on a accédé à une fonction en raison d'une disposition discriminante», s'exclame-t-elle.

Lire aussi la biographie EducPros de Frédérique Vidal

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Camille Stromboni
Juin 2012


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