Newsletter

Portrait-robot des nouveaux présidents d’université

Franck Dorge
Publié le
Envoyer cet article à un ami
Une nouvelle génération de présidents arrive dans les universités. La génération post-LRU. La loi relative aux libertés et responsabilités des universités de 2007 a réduit le mandat des présidents d’université d’un an, passant de cinq à quatre ans, mais leur a laissé la possibilité d’être réélus deux fois, de manière consécutive. En 2007-2008, 67% des présidents ont ainsi confirmé leur poste. À l’inverse, en 2012, 62% des présidents élus commencent un premier mandat.

Professeur ou maître de conférences ?

Les présidents élus sont professeurs d’université pour 94% d’entre eux, dont 74% de professeurs et 20% de PU-PH (professeurs d’université-praticiens hospitaliers).

Seuls 6% sont maîtres de conférences, malgré la stricte égalité dans la représentation des collèges A (professeurs et assimilés) et B (maîtres de conférences et assimilés) au conseil d’administration.

Deux hypothèses peuvent l’expliquer : le légitimisme de la communauté universitaire, mais également la volonté des maîtres de conférences de conserver une activité de recherche qui leur permettra de devenir professeurs d’université. Endosser la responsabilité présidentielle peut en effet se révéler périlleux dans un plan de carrière.

Quel âge ont les présidents d’université ?

53 ans, tel est l’âge moyen des présidents d’université. Ils sont relativement plus jeunes que les directeurs d’école d’ingénieurs ou de commerce . Si les présidents réélus ont en moyenne 55 ans, il n’y a que quatre ans qui les séparent des primo-élus (51 ans). Dans ces deux catégories, les benjamins sont respectivement Emmanuel Ethis , 46 ans, président de l’université d’Avignon, et Fabrice Lorente , 35 ans, président de l’université de Perpignan (voir son portrait).

Un âge qui dépend de la discipline de rattachement. Les PU-PH sont les plus âgés. Un phénomène compréhensible, explique Olivier Laboux , 50 ans, président de l’université de Nantes et benjamin des professeurs de médecine : «La durée d’études d’un PU-PH est de quinze à seize ans, en fonction de sa spécialité.

Dès lors, il est naturel que leur prise de fonctions soit plus tardive que les autres présidents.» En sciences, droit, économie et gestion, la moyenne d’âge est de 51 ans. «Il n’est pas rare qu’un mathématicien soit professeur des universités à 30 ans», observe le président de Cergy, François Germinet , 41 ans, benjamin chez les scientifiques.

En droit, économie et gestion, l’existence d’une agrégation du supérieur explique la précocité des représentants de ces disciplines qui ont le statut de professeur des universités.

Le benjamin dans ces disciplines : Sébastien Bernard, 37 ans, président de l’UPMF (université Pierre-Mendès-France, à Grenoble) et agrégé de droit public. En lettres et sciences humaines, la moyenne d’âge atteint 53 ans. Le plus jeune est Fabrice Lorente, président de l’université de Perpignan.

Quelles sont les disciplines les plus représentées ?

32% des présidents sont issus des lettres et sciences humaines, contre 22% auparavant. Ils sont 31% en sciences. La santé vient après, avec 20% des présidents issus de cette discipline, suivie du droit, de l’économie et de la gestion, avec 17% (contre 27% avant les élections).

Cette montée en puissance des SHS est-elle due à la politique menée par le gouvernement Fillon de 2007 à 2012 ? Peut-être, avance Philippe Dulbecco, président de l’université d’Auvergne  : «Les enseignants-chercheurs en SHS ont le sentiment d’avoir été malmenés par les évolutions de la loi LRU, le grand emprunt, mais également par l’AERES. Par ailleurs, la question de la masterisation de la formation des enseignants a pu jouer.»



Pour Gilles Baillat, président de l'université de Reims Champagne-Ardenne (URCA) , d’autres raisons doivent être prises en compte : «Les enseignants-chercheurs en SHS ont adopté une nouvelle posture ces dernières années. Ils ne sont plus en position de rupture. Ils souhaitent changer les choses et sont prêts à participer à la gestion de l’université.

Après, il y a sans doute des raisons plus locales. Par exemple, dans une université comme la mienne, cela faisait plus de vingt ans qu’un enseignant-chercheur dans ces domaines n’avait pas occupé la fonction de président. Je pense que les secteurs de la science et de la santé ont estimé que c’était à notre tour.»

Où sont les femmes ?

Elles étaient 15 à la tête des universités en 2008, elles ne sont plus que sept en 2012 : Fabienne Blaise (Lille 3), Lise Dumasy (Grenoble 3) , Anne Fraïsse (Montpellier 3) , Christine Gangloff-Ziegler (UHA), Marie-Christine Lemardeley (Paris 3) , Hélène Pauliat (Limoges) , Frédérique Vidal (Nice) .

Trois sur sept sont des nouvelles présidentes, six sur sept sont professeurs d’université. Sur les cinq issues des lettres et sciences humaines, il y a une juriste, une biologiste et aucune PU-PH…

Si Christine Gangloff-Ziegler, seul maître de conférences femme élue, est fière de contribuer à la représentation des femmes, elle regrette les réflexions sur son genre au cours de la campagne : «Je pense que la communauté universitaire a voté en faveur du programme collectif que je portais, non parce que j’étais une femme. D’ailleurs, lors de la campagne, mon statut de femme et celui de maître de conférences m’ont valu quelques attaques en règle malgré l’exercice pendant quatre ans de la fonction de directrice d’IUT.»

Un phénomène qui s’explique par la faible représentation des femmes dans le corps des enseignants-chercheurs.

Elles sont 41,5% chez les maîtres de conférences et moins de 20% chez les professeurs. Philippe Dulbecco le confirme dans son université : «Malgré mon volontarisme, j’ai le plus grand mal à mettre en place la parité. Le corps des enseignants-chercheurs est très masculin dans les différentes composantes de l’université d’Auvergne [médecine, pharmacie, éco-droit et IUT…]

À Cergy-Pontoise, François Germinet a succédé à une femme, Françoise Moulin-Civil . Il a veillé à cette parité : «Le conseil d’administration est paritaire et quatre des neuf vice-présidents, dont la vice-présidente du conseil d’administration, sont des femmes. Au-delà de la parité, les vice-présidents représentent la diversité des statuts des personnels. Il y a quatre professeurs, deux maîtres de conférences, un PRAG et un agent administratif [BIATOSS]

Quelle place pour la diversité ?

Sept des 65 présidents élus sont issus de la diversité, si l’on considère le nombre de prénoms non francophones [méthodologie de l’Observatoire des discriminations, NDLR].

Cafer Özkul, président de l’université de Rouen , a constaté cette augmentation et s’en félicite : «Quand j’ai été élu président pour la première fois, en 2007, nous étions moins nombreux. J’ai le sentiment que les mentalités progressent. Je pense également que c’est le résultat de la politique d’ouverture du corps des enseignants-chercheurs aux internationaux menée par Lionel Jospin en 1989.» Ce dernier a en effet permis aux enseignants étrangers, jusqu’alors professeurs associés ou invités, d’être recrutés à des postes de titulaires.

Les présidents sont-ils issus des universités ou des grandes écoles ?

La majorité des présidents sont issus de l’université. Seuls 12 d’entre eux – dont deux femmes – viennent d’une grande école. 10 sont normaliens (Ulm, Cachan, Sèvres) et deux ont fait une école d’ingénieurs (Polytechnique pour Frédéric Dardel à Paris 5 et les Ponts-et-Chaussées pour François Germinet à l’UCP/université de Cergy-Pontoise). À noter : aucun d’entre eux n’est issu d’une école de commerce ou d’un établissement privé.

Un parcours cohérent pour les intéressés. François Germinet s’en explique : «J’ai vu l’autre système, le passage par les classes prépas et une grande école d’ingénieurs. J’ai franchi chaque étape non pas parce que j’avais un projet professionnel, mais parce que mes résultats scolaires et mon classement me le permettaient. Aujourd’hui, je fais de l’orientation et de l’insertion professionnelle des étudiants une priorité.»

Quel impact de la recherche ?

Sur les 65 présidents élus, trois ont été professeurs IUF (Institut universitaire de France) juniors : Hélène Pauliat (Limoges), Vincent Berger (Paris 7-Diderot) et François Germinet (UCP). Ce dernier, interrogé sur sa capacité à revenir à un haut niveau de recherche, après son mandat de président, réplique : «Pendant six ans j’ai été vice-président, réussi à produire beaucoup d’articles. Je suis passé IUF et j’ai encadré trois thèses…» Réponse donc dans quatre… à huit ans !



Franck Dorge
Juin 2012

Les 10 élections à venir

D’ici à la fin de l’année, 10 élections doivent encore avoir lieu dans les universités d’Antilles-Guyane, de Bordeaux 3, Dijon, La Réunion, Nîmes, Orléans, Paris 2, Paris 8, Polynésie française, Toulon. Trois de ces universités ont vu l’élection du président annulée ou remise en cause : Bordeaux 3, Dijon et Paris 8. Les candidats qui avaient été élus, respectivement Jean-Paul Jourdan , Alain Bonnin et Danièle Tartakowski , font cependant figurent de favoris. À Orléans, le président sortant, Youssoufi Touré , devrait également être élu.

Suivez toute l'actualité de l'enseignement supérieur et de la recherche sur le compte Twitter d'Educpros et la page Facebook d'Educpros .


Franck Dorge | Publié le

Vos commentaires (0)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires