Recrutement des enseignants-chercheurs : des préconisations pour repenser les carrières

Oriane Raffin
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Recrutement des enseignants-chercheurs : des préconisations pour repenser les carrières
Le recrutement des enseignants-chercheurs a fait l'objet d'une concertation. // ©  kasto/Adobe Stock
Un rapport remis au printemps à la ministre Frédérique Vidal préconise différentes pistes pour réformer le fonctionnement en matière de ressources humaines dans les universités. Sujet sensible pour beaucoup.

La controversée LPR, loi de programmation de la recherche, comporte notamment un volet consacré au recrutement des enseignants-chercheurs. Il évoque la possibilité de dérogation à la qualification pour le recrutement des maîtres de conférences. Dans ce contexte, la ministre Frédérique Vidal a demandé une concertation globale, afin de recueillir avis et préconisations des interlocuteurs du secteur.

Près de 100 auditions ont été menées et 627 contributions reçues, avant d’aboutir au rapport intitulé "Concertation sur le recrutement des enseignants-chercheurs", remis par Fabienne Blaise, Patrick Gilli et Pierre Desbiolles à la ministre et rendu public en avril dernier. En fil rouge : l’évolution de la carrière des enseignants-chercheurs et la volonté de "trouver un nouvel équilibre", entre le local et le national.

"Le rapport aide effectivement à identifier les pistes pour améliorer la qualité du recrutement, être plus efficace", se félicite Virginie Dupont, vice-présidente de la Conférence des présidents d’université (CPU) et présidente de l’Université Bretagne Sud. Du côté des syndicats, et de la CGT notamment, la prudence est de mise. La LPR est déjà dans leur viseur, car ils craignent que "le gouvernement profite de ce qui devait être une loi financière pour faire passer des modifications statutaires importantes, dont certaines très dangereuses…", explique Jean-Marc Nicolas, secrétaire général de la CGT FERC sup.

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Davantage de liberté de choix à l’échelon local

Parmi les grandes lignes de ce rapport : la préconisation de laisser davantage de liberté de choix aux établissements dans le processus de recrutement. "Cela nous semble un bon signal en termes d’autonomie des établissements, par rapport à leur recrutement : reconnaître qu’ils sont en capacité d’évaluer la formation, la recherche et l’implication sur les tâches collectives", estime Virginie Dupont.

Le rapport préconise, par exemple, l’expérimentation d’un recrutement sans qualification préalable par le CNU (Conseil national des universités) pour les maîtres de conférences. Les établissements auront la possibilité de s’en saisir ou non. "Ils n’ont aucun intérêt à recruter de mauvais enseignants-chercheurs ! souligne Virginie Dupont. Faisons-leur confiance".

La CGT FERC sup craint cependant qu’en "rendant les concours de recrutement de plus en plus locaux, on dénature l’idée de fonction publique d’Etat, qui reste attachée à la dimension nationale, déplore Jean-Marc Nicolas. En outre, en recrutant localement, il y a un fort risque de copinage et d’endo-recrutement, qui sont lourds de menace".

Les universités n’ont aucun intérêt à recruter de mauvais enseignants-chercheurs ! Faisons-leur confiance (V. Dupont, CPU)

Autre point soulevé par le rapport : faire évoluer les comités de sélection (COS) – souvent critiqués – vers plus de transparence, avec un renforcement de la qualité de la procédure. Le rapport encourage à composer les COS essentiellement de personnes internes à l’établissement. Une préconisation critiquée par la CPU, notamment. "Nous pensons que les COS doivent absolument être constitués d’une partie d’extérieurs, avoir des jurys au plus près de ce que l’on trouve dans d’autres pays, garants de la qualité des recrutements", insiste Virginie Dupont.

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Accompagner la carrière

Fil rouge du rapport, l’accompagnement de la carrière des enseignants-chercheurs se retrouve à toutes les étapes de leur parcours. Dès le début, avec des doctorats plus encadrés et l’idée d’une soutenance en deux temps. Mais aussi plus tard dans la carrière, avec la préconisation, par exemple, de faire évoluer les conditions d’accès au corps des professeurs d’université – sans qualification par le CNU.

"De fait, proposer une seconde voie, avec plus de possibilités de promotions pour les maîtres de conférences, cela constitue un progrès, estime Jean-Marc Nicolas. D’autant qu’en tenant compte de critères plus larges, cela pourra permettre de mieux prendre en compte les arrêts de carrière, pour maternité, par exemple, et permettre de rééquilibrer le ratio femmes/hommes, par exemple". Mais, pour lui, tout dépend des modalités exactes, encore peu précises pour le moment.

La question de l’habilitation à diriger des recherches (HDR), indispensable pour rejoindre le corps des professeurs d’université, est en outre sur la table. Si tous s’accordent à noter de grandes divergences entre les différentes sections, la CPU et la CGT ne souhaitent pour autant pas la suppression du dispositif. Avec une préférence pour une réflexion autour d’une homogénéisation. Jean-Marc Nicolas estime "qu’il ne faut pas pulvériser complètement les cadres", ni retirer au CNU ses prérogatives.

En recrutant localement, il y a un fort risque de copinage et d’endo-recrutement, qui sont lourds de menace (J-M Nicolas, CGE FERC)

Car avec ces modifications, ce serait le rôle du CNU qui serait à revoir. La CGT déplorant qu’il soit "vidé de sa substance". Du côté de la CPU, Virginie Dupont considère qu’il peut “être la bonne instance pour accompagner les établissements, en donnant une cohérence globale" sur les questions liées aux carrières des enseignants-chercheurs. "Aujourd’hui, le métier d’enseignant-chercheur est de moins en moins attractif, il faut qu’on progresse. Tout ce qu’on peut faire et mettre en place pour l’accompagnement des carrières est positif".

Maintenant que la concertation avec la communauté universitaire a été menée, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation doit continuer à travailler sur certains points et suggestions soulevés dans le rapport. La CPU a ainsi été sollicitée pour travailler sur l’habilitation de recherche, d’ici fin décembre, avec la CP-CNU et la CDEFI. Les syndicats, eux, trouvent que le processus est un peu rapide. Sans suffisamment de place pour la négociation.


Oriane Raffin | Publié le