Réforme du deuxième cycle des études médicales : les universités restent vigilantes

Pauline Bluteau
Publié le
Envoyer cet article à un ami
Avec la réforme, les épreuves classantes nationales deviendront des "matching" composées d’épreuves dématérialisées nationales.
Avec la réforme, les épreuves classantes nationales deviendront des "matching" composées d’épreuves dématérialisées nationales. // ©  Adobe Stock/Minerva Studio
Repoussée d’un an, la réforme du deuxième cycle des études médicales se met en place dès la rentrée 2021. Attendue et plutôt bien accueillie, la R2C suscite aussi beaucoup de vigilance de la part des universités qui anticipent déjà un manque de moyens humains et financiers.

Dès ce mois de septembre, les universités s’attaquent à un nouveau chantier, celui de la mise en place de la réforme du deuxième cycle des études de médecine. Actée en 2019 et déjà repoussée d’un an, elle fait suite aux deux autres réformes – du troisième cycle en 2017 et du premier cycle en 2020 – déjà installées dans le paysage universitaire. Bien que discrète, la R2C est sur le point d’engager de nombreux changements en matière d’innovation pédagogique. Un chantier anticipé mais aussi craint par les universités qui s’inquiètent des moyens alloués.

Éviter le fiasco de la réforme du premier cycle

Les universités l’admettent d’emblée, cette nouvelle réforme sera bien plus facile à porter que celle du premier cycle. "La R2C n’embarque que la fac de médecine, contrairement à la R1C qui englobait toute l’université et nécessitait acceptation et coordination", confirme Marc Braun, doyen de la fac de médecine de Lorraine et chargé de mission pour la mise en place de la réforme du deuxième cycle. "C’est une réforme plus accessible. La R1C, elle, est plus ambitieuse", complète Manuel Tunon de Lara, président de la CPU.

Pourtant, c’est bien toute la pédagogie, les programmes et les examens qui sont repensés dans cette réforme. "On ne pouvait pas continuer de la sorte, la réforme du deuxième cycle est une réforme importante où l’on passe d’un paradigme d’enseignement à un paradigme d’apprentissage", reconnaît Marc Braun.

Concrètement, de nouvelles unités d’enseignement vont faire leur apparition quand d’autres seront supprimées, la simulation va prendre une place plus importante tout comme l’approche par compétences, les ECN (épreuves classantes nationales) deviendront des "matching" composées d’épreuves dématérialisées nationales (EDN), d’examens cliniques objectifs et structurés (ECOS) et d’un dossier sur le parcours engagé de l’étudiant. Enfin, le classement unique sera également supprimé au profit de classements par spécialité. Rien que ça.

Les universités sont organisées et elles ont eu plus de temps pour se préparer à la réforme. Malgré quelques réfractaires, la transition va se faire. (M. Braun)

Mais après le fiasco de la R1C mise en place en urgence en pleine crise sanitaire, plus rien, ou presque, ne semble atteindre les universités. "Nous sommes assez confiants sur sa concrétisation car les universités sont organisées et elles ont eu plus de temps pour s’y préparer. Malgré quelques réfractaires, la transition va se faire. Les universités n’auront pas le choix pour leurs étudiants", estime l’ANEMF.

Un an après, la formation et la recherche restent les oubliées du Ségur de la santé

Une approche par compétences mais à quel prix ?

En réalité, ce n’est donc pas tant la mise en place de la réforme qui inquiète que les coûts alloués pour y parvenir. "On a quelques points de vigilance, notamment sur les moyens humains pour les ECOS qui demandent une grande organisation logistique", prévient l’ANEMF.

Le vademecum publié en mars 2021 précise ces différents points d'anticipation, et la liste est longue : "Déterminer si les locaux de la faculté permettent d’organiser plusieurs circuits parallèles d’ECOS, établir si les connexions wifi de la faculté permettent une évaluation dématérialisée, évaluer les besoins en matériels informatiques et pédagogiques, maîtriser les outils informatiques d’obtention et de report des notes…" Sans compter la mobilisation du service scolarité.

L’État finance mais au coup par coup, on manque de dialogue stratégique. (M. Tunon de Lara)

"Cette réforme va dans le bon sens mais tout dépend de l’argent qu’on y met. On fait des réformes ambitieuses sans évaluer les coûts. La R1C a déjà assommé les facs, on fait du bricolage interne", constate le doyen de l’université de Lorraine.

Pour Manuel Tunon de Lara aussi, la réforme "nécessite beaucoup de bras". Or, difficile de demander aux hospitalo-universitaires de s’impliquer quand leur charge de travail est déjà "considérable". "Nous ne sommes plus dans l’hôpital des années 60, on fait de la simulation, on se sert du numérique, et c’est une évolution qu’il faut mener, mais il faut aussi sécuriser les recrutements", plaide le président de la CPU. D’après lui, un plan de recrutement pluriannuel serait nécessaire. "L’État finance mais au coup par coup, on manque de dialogue stratégique."

Au total, la loi de finances pour 2021 prévoit 11 millions d’euros pour la réforme du deuxième cycle dont 5 millions d'euros pour les créations de places en première année du deuxième cycle, 3 millions d'euros pour l'acquisition de matériels de simulation et 3 autres millions pour la mise en place des ECOS.


Pauline Bluteau | Publié le