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Formation : une nouvelle licence et une offre simplifiée

Camille Stromboni
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Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne – TD économie - Licence Droit-Economie - oct2013 Tolbiac ©C.Stromboni
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne – TD économie - Licence Droit-Economie - oct2013 Tolbiac ©C.Stromboni

Geneviève Fioraso sur le fil. Le remaniement ministériel, annoncé mercredi 2 avril 2014 suite aux résultats des élections municipales, confirme le bouleversement annoncé pour l’enseignement supérieur. Benoît Hamon a été nommé à la tête d'un grand ministère réunissant Education nationale, Enseignement supérieur et Recherche. Tandis que le sort de Geneviève Fioraso n'est pas encore fixé, retour sur les grandes lignes de ses deux années à la tête de l'ESR, vues par la communauté de l'enseignement supérieur.

La réussite étudiante était l'une des priorités affichée par l'ancienne ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. C'est dans cette optique que Geneviève Fioraso a défendu une simplification des intitulés des formations, ainsi qu'une réforme de la licence.

45 mentions de licence, contre plus de 300 jusque là, 250 mentions de masters, au lieu des quelque 5.000 intitulés existant, et moins de 200 licences professionnelles contre plus de 1.800 auparavant : le grand ménage a eu lieu dans les dénominations des formations universitaires. Celles-ci seront mises en place progressivement, dès 2014 pour la licence et à compter de 2015 pour les licences pro et masters.

Ces nouvelles nomenclatures sont accompagnées de la mise en place d'un cadre national des formations, qui précise notamment les règles de la nouvelle licence que veut voir émerger Geneviève Fioraso : plus généraliste et progressive.

Pour cela, le texte précise que tout étudiant devra avoir la possibilité, jusqu'à son 4e semestre d'études, de se réorienter dans une autre mention, sans avoir à repartir de zéro. Des paliers d'orientation devront être prévus pour que l'étudiant puisse changer de voie, ainsi qu'un socle commun de compétences entre plusieurs mentions de licence. Ce dernier représentera entre 25 et 45 crédits ECTS, indique un autre arrêté, qui porte sur l'accréditation des établissements.

Concernant l'orientation et le lien lycée-université, également au cœur du questionnement sur la réussite des étudiants, la loi sur l'enseignement supérieur votée à l'été 2013 prévoit l'instauration de quotas minimum de bacheliers technologiques et professionnels en DUT et BTS. Enfin, dans le domaine de la santé, où l'échec en première année est, numerus clausus oblige, extrêmement élevé, la loi ESR a ouvert le droit à l'expérimentation de filières alternatives, pour améliorer les réorientations.

Université Paris Descartes - Institut de Psychologie (Boulogne) -  ©Photothèque Paris Descartes-Arnaud Février

Ce qu'ils en pensent...

Phlilppe Jamet, directeur des Mines de Saint-Etienne et président de la CGE // DRPhilippe Jamet (Conférence des grandes écoles)

"Ce toilettage était nécessaire, il y a eu un travail important. Il faut maintenant faire attention à ne pas raser trop ras. La suppression de certaines appellations nous éloigne des standards internationaux. Par exemple, la 'mécanique des fluides', qui n’existe plus en master. Il faudra avoir l'intelligence d'adapter ces listes, avec souplesse."

Julien Blanchet - syndicat étudiant - La FageJulien Blanchet (La Fage)

"La simplification est une bonne chose. Il faut maintenant permettre aux équipes des universités d’appliquer ce cadre correctement, et surtout qu'il ne soit pas utilisé comme un prétexte pour diminuer le nombre de diplômes, en cette période de pénurie budgétaire."

Patrick Hetzel - Député UMP - juin2013 ©C.StromboniPatrick Hetzel (UMP)

"Je ne vois pas en quoi cette simplification permet de lutter contre l’échec étudiant. Quant à la spécialisation progressive, cela n’a rien de nouveau. Mais surtout, le point clé, c’est-à-dire l’insertion professionnelle, est totalement absent des réformes. Il y a même une régression puisque le système d'attribution des moyens ne devrait plus en tenir compte..."

William Martinet, président de l'Une // DRWilliam MARTINET (Unef)

"Nous tirons un bilan en demi-teinte de l'action de Geneviève Fioraso. Des objectifs importants ont été fixés, avec la réforme du premier cycle et celle des bourses, mais nous avons le sentiment que la ministre s’est arrêtée en cours de route. Concernant les bourses, nous sommes très satisfaits des 200 millions d’euros promis par le ministère et de la manière dont a été faite la répartition, mais il ne s'agit que du point de départ avant une montée en charge vers l’allocation autonomie. Nous n’avons surtout plus aucune information sur les 100 millions d’euros prévus pour 2014 : on nous dit que tout est suspendu pour l'instant, nous sommes très inquiets."

Claudine Kahane - SnesupClaudine Kahane (Snesup)

"Nous sommes favorable à un cadrage national des formations, mais l’accréditation, qui succède à l’habilitation, met à mal ce principe puisqu’il n’y aura plus de vrais contrôles. Quant à la spécialisation progressive, attention à ne pas mettre tous les étudiants dans le même moule. La réussite en licence passe d'abord par la mise en place de modalités pédagogiques différenciées, adaptées à chaque profil d'étudiant, pour un même diplôme."

Alain Beretz, président de l'université de Strasbourg © Catherine Schröder / UnistraAlain Beretz (université de Strasbourg)

"Les nouveaux intitulés sont une bonne chose. Avec un progrès en devenir : l'accréditation, qui succède à l'habilitation des diplômes. C'est un nouvel état d'esprit de confiance envers les établissements, plutôt qu'un contrôle a priori d'un bureau parisien."

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