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Évolution de la réussite en licence par université : entre satisfaction et scepticisme


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Université Paris Sorbonne-Paris 4 - site Clignancourt - sept.2013 © E.Vaillant et C.Stromboni
Université Paris Sorbonne-Paris 4 - site Clignancourt - sept.2013 © E.Vaillant et C.Stromboni // ©  E. Vaillant et C. Stromboni

Comment évolue chaque établissement sur la réussite en licence ? Zoom sur les plus fortes hausses, et baisses, des valeurs ajoutées des universités. Des résultats qui laissent sceptiques certains présidents d'université, tandis que d'autres donnent un sens à l'évolution de ces données. Explications.

L’Auvergne, Angers, La Rochelle, le centre Champollion et Lyon 2 restent en tête du classement 2014 de la réussite en licence, tandis que la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française, Paris 8, Montpellier 2 ou encore l’UPMC conservent les places en queue de peloton. La note ministérielle sur les taux de réussite en licence, publiée fin août 2014, montre en effet une stabilité des résultats de la majorité des établissements en la matière.

La valeur ajoutée par université dans la réussite en licence en trois ans (méthode 3) évolue en moyenne de trois points, à la hausse ou à la baisse, entre la cohorte d’étudiants entrée à l’université en 2007 (note de 2013) et celle entrée en 2008 (note de 2014). Plus des trois quarts des universités ont un résultat qui évolue de moins de cinq points.

En revanche, près de 10 établissements connaissent une importante croissance – ou décroissance : la Corse (+12,6 points), Bordeaux 1 (+8,6 points) ou encore l’Auvergne (+7,2 points), une très franche progression, tandis que Lille 1 (–13 points) ou Rouen (–6 points) sont dans le négatif.

Les plus fortes progressions (en valeur ajoutée)

"Nous ne pouvons que nous réjouir de ces résultats, ils correspondent à l'une de nos priorités, sur laquelle nous essayons toujours d'innover", réagit Gérard Blanchard, président de l'université de La Rochelle.

"Nous n’expliquons pas forcément cette progression soudaine, reconnaît Thierry Antoine-Santoni, vice-président de l'université de Corse-Pasquale-Paoli, qui connaît la plus importante augmentation. Mais nous avons l’impression qu'elle correspond à une série de mesures lancées au moment de l’entrée de cette génération d’étudiants chez nous : l’orientation active et la démultiplication des groupes de TD, pour un meilleur accompagnement des étudiants."

Pour son collègue de Clermont-Ferrand 1, Philippe Dulbecco, dont l’université a vu sa valeur ajoutée augmenter de plus de 7 points – ce qui la porte à la première place du classement –, il s’agit clairement du résultat d’une politique interne lancée dès 2008 avec la charte de qualité des formations.

"Cela montre que nous faisons bonne route, se réjouit le président Philippe Dulbecco. Nous avons notamment développé des enseignements en petits effectifs." "Ce qui a été possible grâce au plan Pécresse", ajoute-il, allant dans le sens inverse de celui de la ministre Geneviève Fioraso, qui pointe, depuis son arrivée à l’Enseignement supérieur, l’inefficacité de l'action de son prédécesseur en la matière.

À propos de l’indicateur, contesté depuis sa création, l'universitaire se veut pragmatique. "Je ne discute plus de sa qualité : je fais l’hypothèse que ceux qui l’ont mis en place ont fait en sorte qu’il soit fiable. Ce qui m’intéresse, ce ne sont pas les valeurs absolues, mais l’évolution des chiffres et la valeur relative de mon université par rapport aux autres", estime-t-il.

D’autres sont plus sceptiques. Même parmi les universités en grand progrès, comme Paris Sorbonne-Paris-4, qui monte de 20 places, entrant ainsi dans le premier tiers du classement. "Nous sommes ravis de ces résultats mais en tirer une véritable analyse fine est un peu difficile", reconnaît Alain Tallon, professeur délégué formation et scolarité.

Les limites méthodologiques sont pointées plus fortement encore dans les universités les moins avantagées par ce taux de réussite.

Les plus fortes baisses (en Valeur ajoutée)

"Je ne suis pas le mieux placé pour m’exprimer sur ces chiffres", reconnaît le président de l’université Paris 13, Jean-Loup Salzmann. Son établissement, classé 55e sur 77, a en effet perdu 38 places par rapport à l’année précédente. "Je ne l’explique pas", réagit-il, avant de glisser simplement : "Je ne suis pas certain que la méthodologie soit pleinement éprouvée."

D'autres sont plus diserts. À l'UPMC, 71e – mais tout de même en légère hausse par rapport à l'année d'avant –, on ne cesse de rappeler le non-sens de ce prétendu taux de réussite.

"Nous sommes extrêmement réticents à accepter cet indicateur, explique Fabrice Chemla, vice-président formation de l'université parisienne. Sur la méthodologie tout d'abord : regarder parmi les étudiants de licence 3 ceux qui étaient inscrits en L1, c'est faire reposer ce taux sur une assise minuscule – à peine 35% de nos 2.500 étudiants de L1. Ceux qui se sont bien réorientés dans d’autres disciplines, ceux qui ont rejoint une école du réseau Polytechnique ou d’autres grandes écoles d’ingénieurs ne sont pas comptabilisés comme de la réussite pour nous ! Sont-ils de l'échec ?"

Sur le fond également, l'universitaire ne trouve pas pertinent ce cadre des trois ans. "C’est considérer qu'une année de réorientation, une année sabbatique, une année de travail, c'est de l'échec et qu'il faut absolument faire ses études d'une traite. C'est une mentalité très française", déplore-t-il.

D'après l'enseignant-chercheur, la réussite semestrielle – ou annuelle – serait bien plus pertinente. "Sur cet indicateur, nous progressons, et cela a un sens quant à l'efficacité de nos formations".

"Quoi qu’il en soit, tant que le problème de l’orientation n’est pas réglé, parler de la réussite en licence par université n’a pas de sens, puisque les facteurs que nous ne contrôlons pas sont plus importants que ceux que nous maîtrisons", conclut Jean-Loup Salzmann. Un constat qui devrait faire consensus dans les universités.


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