Stratégie internationale : une alliance indispensable entre universités et régions

Pauline Bluteau
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Stratégie internationale : une alliance indispensable entre universités et régions
Régions et universités collaborent ensemble pour développer les partenariats inter // ©  Sinuswelle/Adobe Stock
Pour des raisons économiques mais aussi, et surtout, pour s’assurer visibilité et rayonnement, la stratégie internationale est un enjeu capital pour les universités. Un enjeu qu’elles partagent avec les régions, elles aussi largement impliquées dans la construction de partenariats étrangers. Coup d’œil sur cette indispensable synergie.

Entre la mise en place du label "Bienvenue en France" et le déploiement des universités européennes, la stratégie est claire : la politique internationale doit être une priorité nationale. Dans cette course au rayonnement, les universités comptent de plus en plus sur leur région. Si la logique pourrait être purement financière, elle est aussi le fruit d’une collaboration réfléchie où les intérêts des acteurs sont vivement partagés.

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Travailler sur des bases communes

"Lorsque j’étais président de l’université Toulouse 3, nous avons vite compris qu’il y avait une carte à jouer avec le Brésil mais une question s’est posée : dans quelle partie du pays s’installer et pourquoi ? Il fallait se coordonner avec la région – qui déployait en parallèle ce partenariat – pour savoir ce qui avait du sens pour l’une comme pour l’autre et ainsi créer une synergie", raconte Bertrand Monthubert, universitaire mais aussi ancien président du conseil d’administration de Campus France et conseiller régional. L’exemple est simple mais efficace : si les universités peuvent mener seule leur stratégie internationale, l’impact est tel qu’il doit être concerté avec les acteurs locaux.

La région Auvergne-Rhône-Alpes (AURA) a d’ailleurs orienté sa stratégie internationale en fonction des points forts de ses établissements. "Il y a un lien entre les besoins et l’offre universitaire, détaille Karine Samuel, vice-présidente des relations internationales à l’Université Grenoble-Alpes (UGA). Cela permet de structurer les appels à projets" et d'éviter toute concurrence entre les universités. La région soutient notamment les coopérations transfrontalières avec la Suisse et l’Italie ainsi que celles autour du bassin méditerranéen axées sur la francophonie.

L’université Côte d’Azur a également fait le choix de s’appuyer "sur l’existant" pour développer ses partenariats : "Nous sommes en discussion avec le Japon car nous savons que la région est déjà très impliquée. Nous travaillons main dans la main pour cibler les villes et les universités qui nous intéressent, explique Cécile Sabourault, vice-présidente des relations internationales. Nous avons aussi un partenariat très fort avec l’université Laval au Québec autour de la e-santé et des nouvelles technologies, des thématiques que nous partageons avec la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA)."

Nous travaillons main dans la main pour cibler les villes et les universités qui nous intéressent. (C. Sabourault – Université Côte d'Azur)

Dans la région des Pays de la Loire, jusqu’à présent moins active sur les questions internationales, la réflexion commence à s’engager entre les différents acteurs locaux. "Ce n’est pas naturel dans notre région, il faut donc une réelle volonté politique pour provoquer les rencontres", assume Samia Soultani-Vigneron, vice-présidente enseignement supérieur, recherche et innovation au sein de la région.

Des stratégies axées sur la recherche et l’innovation

Globalement, le point d’orgue de toutes ces stratégies est le même pour tous : développer la mobilité doctorante. "L’accueil des étudiants est un vecteur de liens entre les pays mais c’est encore plus le cas avec les chercheurs car ils restent plus longtemps", plaide Bertrand Monthubert.

Fortes des 250 millions d’euros investis chaque année par la région AURA, les universités peuvent créer d’excellents partenariats en matière de recherche et d’innovation. L’alliance Campus Rhodanien a justement vu le jour en 2018 pour lancer des vagues d’appels à projets à destination des chercheurs. Cette alliance rassemble trois universités de la région – l’Université de Lyon, l’Université Grenoble-Alpes (UGA), l’Université Savoie Mont-Blanc (USMB) – mais aussi trois universités suisses – l’Université de Genève (UNIGE), la Haute école spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO), l’Université de Lausanne (UNIL). "Notre partenariat avec la région est très fort, nous la jouons collectif, c’est du gagnant-gagnant", estime Karine Samuel à l’UGA.

Les Pays de la Loire misent aussi sur les doctorants avec plusieurs dispositifs et programmes créés (PULSAR, Etoiles montantes, Connect Talent…). "Nous voulons inciter les chercheurs à aller chercher des financements au niveau des régions : nous avons des pôles d’excellence (dans le végétal à Angers, l’acoustique au Mans), il faut créer des sites partagés pour leur offrir plus de visibilité", précise la vice-présidente. Les Pays de la Loire ont aussi lancé un appel à projets pour faire travailler les chercheurs autour des problématiques des entreprises locales. "Mais cela a des impacts au niveau international, cela leur permet d’élargir leurs horizons." Autant d'ambitions qui répondent à la stratégie 2021–2027 de la région dont un premier bilan des impacts est attendu à mi-parcours.

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Créer des universités du monde

La recherche fait aussi partie des enjeux des universités européennes qui s’appuient en premier lieu sur leurs doctorants. Au sein du projet Ulysseus (nom de l’université européenne), chacun des six établissements de l’alliance, dont l’université Côte d’Azur, est responsable d’un "hub d’innovation". "Nous travaillons en particulier sur la santé. Nous développons des outils et des solutions pour préparer l’avenir en accord avec le territoire", affirme Cécile Sabourault.

Notre partenariat avec la région est très fort, nous la jouons collectif, c’est du gagnant-gagnant. (K. Samuel, UGA)

À travers ces projets, plus que des financements, les universités vont chercher de la visibilité sur le plan européen et international. "Nous amenons vraiment tout un écosystème puisqu’on participe au développement économique du territoire et c’est bien le but d’une université", poursuit la vice-présidente de l’Université Côte d’Azur. Avec 900 accords et 9.000 étudiants internationaux accueillis, l’UGA est du même avis. "Tout est co-construit et concerté, même quand nous accueillons une délégation, nous échangeons avec les métropoles et la région", souligne Karine Samuel.

De là à dire que le rayonnement international n’a pas de prix, il n’a au moins pas de limite géographique : "Le savoir n’a pas de frontière. L’université ne peut pas se penser autrement qu’en université du monde et sa connexion avec son territoire est une question centrale", conclut Bertrand Monthubert.


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