Toujours plus de diplômés, toujours plus de croissance ?

Céline Manceau
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La dernière mouture de Regards sur l’éducation – le rapport annuel de l’OCDE sur les systèmes éducatifs – s’intéresse plus particulièrement à l’accroissement du nombre de diplômés dans le supérieur. Faut-il accélérer en France ce mouvement engagé dans de nombreux pays ? Quelles sont les conséquences à long terme sur l’économie ? Si les experts de l’OCDE ne prévoient pas l’avenir, leurs prédictions sont dans l’air du temps.

Un milliard d’euros pour 100 000 diplômés. Tous les indicateurs concordent pour « suggérer un effet positif sur les individus et les économies de ce développement de l’enseignement tertiaire », relève dans l’éditorial du rapport la directrice de l’éducation de l’OCDE, Barbara Ischinger. Voilà un constat qui, tout en rejoignant le sens de l’histoire, sert la politique gouvernementale française. « Il y a trente ans, 15 % des jeunes Français étaient diplômés du supérieur, ils sont aujourd’hui 40 %. Atteindre l’objectif de 50 %, ce qui représenterait 100 000 jeunes supplémentaires, aurait un effet considérable sur la croissance », explique Bernard Hugonnier, directeur adjoint pour l’éducation. Ce dernier balaie d’un revers de manche le surcoût de cette mesure au regard de son impact : « Elle ne représenterait qu’un milliard d’euros. » Soit cinq fois moins que la somme promise pour le supérieur par Nicolas Sarkozy pendant sa campagne.

Encourager la réussite pour favoriser l’équité

« Trois moyens sont envisageables, poursuit-il. Soit relever le nombre de jeunes qui décrochent le bac, soit veiller à ce que tous les bacheliers poursuivent leurs études, soit – et cette solution est la plus simple – faire passer le taux de survie dans l’enseignement supérieur de 80 à 90 %.» Pour y parvenir, il relance le débat sur la sélection et l’orientation des étudiants (préconisant, entre autres, un meilleur aiguillage des bacheliers technologiques, comme l’a demandé Valérie Pécresse, et une refonte du bac général par options, évoquée par Xavier Darcos). Il plaide aussi pour une augmentation des frais d’inscription et des bourses afin de favoriser la démocratisation du supérieur. On ne saurait être plus en phase avec l’actualité, au vu des dernières annonces de Valérie Pécresse ! Il conviendrait aussi d’inciter les étudiants à terminer leurs études dans les délais, via une limitation des droits d’inscription et des bourses en cas d’échec (comme pratiqué au Danemark), sans oublier une amélioration du taux d’encadrement. 

Un simple pari sur l’avenir

Ce catalogue de bonnes résolutions ne fait toutefois pas l’impasse sur une question essentielle posée par Barbara Ischinger : « Quelle conséquence l’accroissement de l’offre de travailleurs plus qualifiés aura-t-il sur le marché de l’emploi ? » Faut-il craindre pour une partie des diplômés du supérieur un accès à des emplois déqualifiés et pour les moins qualifiés une hausse du chômage ? Réponse : les moins qualifiés « jouissent de meilleures perspectives d’emploi » car celles-ci « dépendent avant tout de la croissance économique et de l’augmentation de la productivité en général », indique-t-elle. Pour les plus diplômés, « une offre excédentaire de compétences ne va pas de pair avec un risque accru de chômage (...), pas plus qu’elle n’induit une baisse de leur salaire ». La directrice de l’éducation de l’OCDE précise toutefois qu’il « serait abusif d’en déduire que ces diplômés exercent des emplois en rapport avec leurs compétences ». Une réalité qu’aucun indicateur ne peut mesurer aujourd’hui. L’OCDE n’est pas Nostradamus : « Rares sont ceux qui auraient pu prévoir au début du 20ème siècle que le second cycle du secondaire deviendrait la norme au début du 21ème siècle. Il est tout aussi difficile de prévoir l’évolution dans l’enseignement tertiaire d’ici à la fin du 21ème siècle », prévient Barbara Ischinger.


Céline Manceau | Publié le