Les ENS, ESC et IEP négocient le nouveau concours


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La future banque d'épreuves littéraires (« BEL »), socle de ce recrutement commun des khâgneux, se calquera sur l'actuel concours à l'entrée des écoles normales supérieures de Paris et Lyon. Les deux ENS garderont la mainmise sur le contenu des épreuves. La nouveauté, c'est que ces futures épreuves écrites permettront aux candidats de khâgne d'être admissibles à des écoles de commerce ou à six des neuf IEP (Aix, Lille, Lyon, Rennes, Strasbourg, Toulouse), selon les cases cochées par les étudiants. Des oraux seront ensuite organisés par chaque établissement.

Si tous les partenaires se mettent d'accord, la création de la BEL sera annoncée dans les semaines à venir. Il faut dire que ce concours commun est fortement soutenu par le ministère de l'Enseignement supérieur, notamment au travers de la personne de Claude Boichot , inspecteur général spécialiste des classes prépas et ancien conseiller chargé de la formation et de l'orientation au cabinet de Valérie Pécresse. En ce moment, deux autres inspecteurs généraux, Paul Raucy et François Louveaux, planchent sur ce sujet, et doivent remettre un rapport à la ministre avant l'été 2010.

Khâgneux : des débouchés plus lisibles

L'enjeu de cette banque d'épreuves est clair : rendre plus visibles les débouchés des classes préparatoires littéraires. Aujourd'hui, leur issue naturelle a de quoi décourager : le concours ENS, graal du khâgneux, éjecte 96 % des candidats, et ne retient que 200 élus sur 4.500. La BEL doit aussi permettre de revaloriser l'ensemble de la voie littéraire, dès le lycée. Et casser l'équation selon laquelle la voie scientifique offre systématiquement plus de débouchés.

Une chose est sûre : cette nouvelle organisation facilitera la vie des étudiants. Car, s'il existe déjà des concours réservés aux khâgneux pour intégrer des écoles de commerce, et des voies spéciales pour intégrer les IEP , cette route est semée d'embûches : manque d'information, absence de sensibilisation des professeurs, déplacements multiples, frais supplémentaires... « Pour eux, cette période est difficile à gérer. Ils passent parfois quatre ou cinq concours en un mois, avec des épreuves souvent très semblables », fait remarquer Marina Mestre, directrice adjointe de l'ENS de Lyon.

ESC et IEP exigent une nouvelle notation

Mais, pour aboutir à une banque commune, les IEP et les écoles de management ont posé une condition : le changement de notation. Aujourd'hui, celle-ci est très sévère : les professeurs sélectionnent les 300 meilleurs et disqualifient les autres. Les notes tombent parfois très bas, et la moyenne flirte avec le 6/20.

Difficile de recruter quelqu'un avec ces résultats. Surtout, cette notation ne permet pas de classer les étudiants de façon progressive. « Dès cette année, nous avons donné des consignes aux correcteurs afin qu'ils changent de méthode. Normalement, en 2011, nous serons prêts », affirme Marina Mestre. Cette petite révolution nécessitera de vaincre les réticences chez certains enseignants. « Globalement, nous sommes d'accord pour faire évoluer la notation. Mais certains collègues craignent de perdre le caractère exigeant et élitiste du concours  », pointe Françoise Carmignani, présidente de l'APPLS (Association des professeurs de première et de lettres supérieures).

Quant aux ENS, redoutent-elles de voir les meilleurs khâgneux déserter leurs rangs pour intégrer HEC ? Marina Mestre s'en défend : « Non, là-dessus, nous n'avons aucune crainte. »

Jessica Gourdon


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