Universités : un budget 2020 menacé par la crise sanitaire ?

Amélie Petitdemange
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Les "corolles" ou "coquilles", symboles de l'université de Reims Champagne-Ardenne
L'université de Reims Champagne-Ardenne évalue à 4 millions d'euros le coût lié à la crise sanitaire. // ©  Delphine Dauvergne
Les universités anticipent un budget 2020 amputé des dépenses liées à l’épidémie de coronavirus et une baisse de leurs recettes. Si le confinement a engendré des économies, cela ne suffira pas à combler le déficit, alertent les établissements.

"La situation budgétaire des établissements sera très questionnée en fin d'année", a alerté la Conférence des présidents d’université (CPU) lors d’une conférence de presse organisée fin août 2020. Dans un contexte de crise sanitaire, les dépenses ont augmenté et les rentrées ont baissé.

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Impact de la crise sanitaire sur les budgets

Selon la CPU, le coût lié à la crise sanitaire représente 2 à 3% du budget des universités. A l’université de Reims, il s’élève à 2% du budget, soit 4 millions d’euros, confirme Guillaume Gellé, président de l'université.

"Nous avons dû investir en matériel et en réseau, et mobiliser de nouvelles ressources humaines. Nous avons aussi renforcé le ménage et acheté des masques et du gel, ce qui a coûté 1,5 millions d’euros”, a détaillé le président le 3 septembre lors d’une conférence de presse. Chaque étudiant sera en effet doté d’un masque lavable pour “qu’il n’ait pas à assumer cet équipement primordial”.

Le coût lié à la crise sanitaire représente 2 à 3% du budget des universités (CPU)

L’université a par ailleurs investi près de 300.000 euros pour proposer quotidiennement 500 tests PCR aux étudiants. Les tests sont réalisés en interne, grâce au personnel de l’université et à des doctorants.

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Effectifs en hausse

Le nombre d’étudiants a par ailleurs augmenté, alors que les dotations ne sont pas liées aux effectifs. Si les effectifs sont en hausse constante dans l'enseignement supérieur (30.000 à 40.000 en moyenne chaque année), l’obtention du bac au contrôle continu a encore accentué cette tendance. A l’université de Reims, les effectifs augmentent de 2,5% à la rentrée 2020. “Il faut un accompagnement de l'Etat”, martèle Guillaume Gellé.

Une inquiétude partagée par Claire Duverger, vice-présidente du conseil d'administration de l’université du Mans. L’université a dépensé 150.000 euros pour aider les étudiants lors du confinement et après. “Nous avons assuré une assistance rapatriement pour les étudiants qui étaient à l’étranger puis créé un fonds pour l’hébergement de ces étudiants qui sont rentrés dans la précipitation. Nous avons aussi créé un collectif pour aider financièrement les étudiants restés sur le campus pendant le confinement, avec des dons de vêtements et des paniers repas. Un fonds social a aussi été dédié à ceux qui avaient perdu leur emploi ou leur stage”, détaille la vice-présidente.

Achat de matériel et de protections

L’achat d’outils numériques – forfaits téléphoniques, clé 4G, prêt d'ordinateur aux étudiants et aux enseignants – a aussi été “un effort conséquent” pour les universités. D'ailleurs, un “plan équipement” qui se poursuit à la rentrée 2020. Tous les amphithéâtres et certaines salles de TD ont par ailleurs été équipées pour télétransmettre les cours. “On frôle le million d’euros pour cet investissement numérique”, pointe Claire Duverger.

Comme dans les autres universités, il a aussi fallu acheter des masques et des bornes de distribution de gel hydroalcoolique et adapter les locaux. A l’université de Lorraine, les dépenses liées au coronavirus ont été chiffrées à 6 millions d’euros.

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Économies du confinement

Les universités ont cependant fait des économies durant le confinement. L’absence de frais de gestion pendant le confinement et de frais de déplacement en France et à l’étranger pour les colloques et congrès estivaux ont par exemple fait économiser 300.000 à 400.000 euros à l’université du Mans. "Une économie qui n’est pas du tout à la hauteur de l’augmentation des dépenses", souligne Claire Duverger. Ce que confirme la CPU pour qui "ces économies ne compenseront pas les dépenses de l'adaptation pédagogique, du nettoyage, de l’achat d’appareils numériques…"

A l’université de Lorraine, les économies s’élèvent pourtant à 7,7 millions d’euros, soit 1,7 million de plus que le surcoût. Mais le budget 2020 devrait tout de même se dégrader. La hausse des dépenses est en effet conjuguée à une baisse des recettes. Mi-juillet, l’université de Lorraine observait déjà une baisse de 2,5 millions d’euros pour l’année 2020. La taxe d’apprentissage est notamment en cause.

Baisse des recettes

Claire Duverger s'inquiète aussi de la chute des recettes à l’université du Mans. Les inscriptions dans les diplômes d’apprentissage du français, destinés aux étudiants internationaux, sont notamment en baisse. "Cela concerne surtout le champ de la formation continue. On a constaté une baisse des contrats de professionnalisation et de la reprise d’études, qui sont généralement financés par les entreprises". Ces baisses de revenus liées aux inscriptions auront un impact encore plus fort en 2021 qu’en 2020.

La VP CA de l'Université du Mans observe également une baisse de la taxe d’apprentissage, dont la modalité de collecte a été modifiée cette année. “Je ne saurais pas dire si la baisse est liée à la réforme, car les entreprises sont un peu perdues, ou à l’épidémie”, s'interroge-t-elle.

L’université est encore plongée dans l’incertitude sur plusieurs points, dont le nombre d'inscriptions. "Le budget n’est pas encore clôturé mais il y a peu de chances qu’on ait de bonnes surprises". L'impact de la crise sanitaire sera connu plus précisément fin septembre.


Amélie Petitdemange | Publié le

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