Villes, universités et monde professionnel : un dialogue à trois

Frédérique Letourneux
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Le cercle est présenté comme vertueux : « L'université a besoin de cultiver son rayonnement, elle doit attirer des chercheurs étrangers, valoriser son image, etc. Elle le fait d'autant plus facilement qu'elle est ancrée dans un territoire dynamique. Or, plus une université est attractive, plus le territoire l'est », analyse Yannick Guin, vice-président de Nantes Métropole en charge de l'enseignement supérieur et de la recherche. Pour les élus des grandes agglomérations, le cadre de référence est celui fixé par la Stratégie de Lisbonne en 2000 par les pays membres de l'Union européenne, qui suppose que le développement de l'innovation et de la société de la connaissance a des impacts économiques et donc des conséquences en termes de création d'emplois. D'ailleurs, en l'absence de compétences spécifiques dans le domaine de l'enseignement supérieur, les communautés urbaines se saisissent de la question au nom de la compétence du développement économique du territoire (1).

Les besoins exprimés par le territoire en termes de formation et d'emploi trouvent désormais une résonance dans la logique de l'université. Même si les passerelles sont encore parfois difficiles à construire : « Il est vrai que la loi LRU a conféré aux universités une nouvelle mission en matière d'orientation et d'insertion professionnelle des étudiants. Mais un système qui a huit cents ans ne s'habitue pas à fonctionner différemment rapidement. D'une manière générale, le monde universitaire considère que l'inclusion dans un territoire particulier ne l'intéresse pas. Au sein des établissements, il n'existe pas de service dédié aux relations avec le territoire... Tout repose sur les bonnes volontés des uns et des autres au sein des laboratoires, des services généraux, des services de la présidence », expose Jean-Paul Domergue.

Le rôle d'interface des collectivités territoriales

Pourtant des lieux formels ou informels de discussion existent de plus en plus entre le monde économique et le monde académique. Un dialogue à trois, où les collectivités jouent le rôle d'interface : « La définition des formations relève du ministère, mais il y a des thématiques qui intéressent plus particulièrement l'économie du territoire. Nous ne sommes pas là pour leur dire ce qu'ils ont à faire, mais nous pouvons les accompagner en favorisant les échanges avec les industriels », assure Faustin Aissi, conseiller délégué chargé de la recherche à l'université Lille Métropole, lui-même premier vice-président de l'université Côte-d'Opale et professeur de chimie. Le lancement des pôles de compétitivité en 2004 a permis d'identifier des pôles d'excellence au niveau des territoires en matière de recherche. Même si, pour le monde universitaire, il importe que l'État pose des limites : « Jusqu'en master, l'université doit porter une vision universelle et pluridiciplinaire. L'éventuelle spécialisation ne doit intervenir qu'en deuxième cycle. De toute façon, il n'est pas évident que l'université ait envie d'avoir des formations adaptées aux besoins locaux », soutient Gilles Casamata.

Une collaboration grandissante entre universités et collectivités

D'une manière générale, la montée en puissance des collectivités territoriales pose la question du rôle que doit jouer le ministère vis-à-vis du monde universitaire dont il reste l'instance tutélaire : « L'État est en train de donner des responsabilités énormes aux universités, comme la gestion de la masse salariale, sans lui en donner les moyens, pointe Faustin Aissi. Dans cinq ou dix ans, le premier réflexe des universités sera d'interpeller plus encore les collectivités territoriales car elles seront les acteurs les plus proches. Nous devons anticiper ce mouvement. Si nous souhaitons être présents aujourd'hui, c'est pour ne pas être surpris plus tard. » Il reste que les élus des grandes villes universitaires, situés en grande majorité à gauche de l'échiquier politique, s'inquiètent de la probable la réforme de la taxe professionnelle et prédisent déjà des budgets fortement en baisse.

Frédérique Letourneux, le 2 décembre 2009

(1) Les CU ont des compétences obligatoires/facultatives. Et elles peuvent aussi se voter des compétences spécifiques. Seule Lille Métropole devrait, en mars ou avril prochain, se doter d'une compétence spécifique « enseignement supérieur ».


Frédérique Letourneux | Publié le