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Alexandre Leroy : "Il faut un milliard d'euros supplémentaires pour l'enseignement supérieur"

Marie-Anne Nourry
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Alexandre Leroy, président de la Fage
Alexandre Leroy, président de la Fage // ©  Fage
Rédacteur en chef invité d'EducPros, Alexandre Leroy commente l'actualité d'avril 2016. Budget, master, orientation, évaluation... Pour le président de la Fage, l'enseignement supérieur doit constituer un levier fondamental du plan "Priorité jeunesse".

Budget des universités : "la double impasse"

"La question du budget de fonctionnement des universités est un marronnier qui revient à l'approche de chaque rentrée. Sans augmentation pour faire face à l'accroissement du nombre d'étudiants, on va se retrouver dans une double impasse. Comment continuer à faire tourner les universités qui assurent une responsabilité de service social ? Où mettre les nouveaux étudiants ?

Il était impératif que François Hollande envoie des signes d'encouragement à la communauté universitaire. Quand on donne une priorité à la jeunesse, l'enseignement supérieur est un levier fondamental. Le courrier qu'il a adressé aux présidents d'université le 21 avril 2016 n'est donc pas tombé dans l'oreille d'un sourd et nous lui demandons un milliard d'euros supplémentaires.

Ce chiffre, que nous lui avions déjà soumis en 2015, peut sembler élevé mais c'est ce qui manque aux opérateurs publics pour assurer un encadrement correct, pour que nos chercheurs aient des conditions de travail dignes. Ce n'est pas de la dépense sèche, c'est de l'investissement. Un euro investi dans l'enseignement supérieur génère quatre euros de retombées dans l'économie, selon la CPU (Conférence des présidents d'université)."

Un euro investi dans l'enseignement supérieur génère quatre euros de retombées dans l'économie.

Sélection en master : "la partie visible de l'iceberg"

"Depuis plusieurs mois, on parle de la sélection en master mais ce n'est que la partie visible de l'iceberg. La vraie question que l'on doit se poser est : Que doit être le master ? Il s'agit du diplôme phare de l'université mais, paradoxalement, on ne lui donne pas les moyens de former un cycle cohérent.

En 2002, nous sommes passés du système LMD sans effectuer les réformes nécessaires et, depuis, on est enfermé dans le vieux format DEA-DESS. Le master se résume aujourd'hui au master 2 qui, bien souvent, cumule sur deux semestres des cours, un mémoire et un stage. Pour constituer un bloc progressif et cohérent, il doit impérativement être organisé sur quatre semestres, ce qui implique la suppression du filtre sélectif entre le M1 et le M2.

Il y a suffisamment de place en master pour accueillir l'ensemble des étudiants de licence. Si certaines filières présentent une capacité d'accueil limitée, c'est à cause d'un problème d'orientation, de gestion des flux. Aussi, pour garantir à chaque étudiant une poursuite d'études en master et mettre fin à la sélection, nous proposons la création d'une plateforme APL (admission postlicence), élaborée à partir d'une cartographie nationale."

"Meilleurs bacheliers" : "le principe de non-sélection attaqué"

"Quand le dispositif "Meilleurs bacheliers", qui consiste à réserver un droit d'accès aux filières sélectives pour les 10% de meilleurs bacheliers, a été lancé en 2013, nous n'y étions pas favorables. Il véhicule l'idée qu'il y a d'un côté les grandes écoles pour les bons, de l'autre, l'université pour les mauvais.

On pourrait croire que le fait d'étendre le dispositif à l'université en donnant un accès prioritaire dans les filières à capacité limitée va nous plaire, mais il vient symboliquement attaquer le principe de non-sélection. C'est un raccourci pour contingenter l'accès en licence.

Certes, l'objectif de ce dispositif est de lutter contre l'autocensure chez des jeunes issus de quartiers prioritaires mais cela revient à vouloir coller une rustine. À qui va-t-on faire croire que l'on règle le problème à 18 ans ? On pourrait faire vraiment mieux en accompagnant les jeunes dans leur orientation dès le collège. Si l'on veut améliorer l'égalité des chances, casser le déterminisme, c'est en retravaillant en profondeur la manière dont on aide les jeunes à construire leur projet personnel."

En 2016, on évalue à l'université comme il y a 40 ans.

#Carte blanche : "le contrôle continu, vecteur d'innovation"

"Au-delà du débat sur la suppression des rattrapages qui a opposé le ministère à la CPU en avril, il importe de repenser l'évaluation. En 2016, on évalue à l'université comme il y a 40 ans. Mais le contrôle terminal empêche-t-il le bachotage ? Aide-t-il les étudiants à progresser ? Est-il égalitaire ? Non, il permet uniquement de faire le tri entre chaque semestre.

Le contrôle continu, à l'inverse, permet aux étudiants de se situer, non seulement par rapport aux autres mais aussi vis-à-vis de leur progression dans le cours. En supprimant les rattrapages, tels qu'ils sont organisés actuellement, le semestre est allongé de 12 à 14 semaines, le cours devient progressif et l'acquisition des compétences par l'étudiant est placée au cœur des enjeux. Plus qu'une seconde chance, incarnée par le rattrapage, le contrôle continu offre une troisième, voire une quatrième chance selon le nombre d'épreuves prévu.

Au sein de la communauté universitaire, tout le monde s'accorde à dire qu'il faut innover, rendre l'étudiant plus acteur de sa formation, mais ce n'est pas en saupoudrant de numérique, de Mooc que l'on va changer la pédagogie, c'est en s'attaquant d'abord à la manière dont on conçoit l'enseignement, dont on l'évalue !"


Marie-Anne Nourry | Publié le

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