Aymeric Marmorat (Enactus) : "Nous voulons faire émerger une nouvelle génération d'entrepreneurs"

Propos recueillis par Cécile Peltier
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Aymeric Marmorat, directeur d’Enactus France et cofondateur de La Ruche Innovation // DR
Aymeric Marmorat, directeur d’Enactus France et cofondateur de La Ruche Innovation // DR
L’économie sociale et solidaire est un concept en vogue. Implantée en France depuis 2002, l'association Enactus en a fait son terrain de prédilection pour former une nouvelle génération de managers responsables. Interface a rencontré son directeur, Aymeric Marmorat.

Comment définir l'économie sociale et solidaire ?

L'entrepreneur voit une opportunité business là où l'entrepreneur de l'ESS voit une opportunité sociale. Son initiative est au service de l'intérêt général et l'entrepreneuriat n'est qu'un outil. Mais le paysage de l'ESS, constitué ­d'associations mais aussi d'entreprises, est, il est vrai, assez divers. La mise en place d'un label, inscrite dans le projet de loi relatif à l'économie sociale et solidaire en cours d'examen, devrait permettre d'affirmer sa cohérence par la définition de critères communs : encadrement des échelles de salaires de 1 à 10, rétribution limitée des actionnaires, etc.

Quel rapport avec Enactus ?

Enactus France accompagne les étudiants dans la mise en œuvre de projets d'ESS avec le soutien d'acteurs de l'entreprise et de l'enseignement supérieur. L'objectif est triple : 1) Développer l'esprit entrepreneurial et la responsabilité individuelle et collective de ces jeunes en les incitant à s'intéresser à leur territoire sous l'angle de l'emploi, de l'éducation, de la gestion des déchets... Je suis en désaccord avec les études sociologiques qui dressent le portrait d'une "génération Y" égoïste : au contraire, elle est sensible aux questions environnementales et sociales. 2) Les aider à professionnaliser cet engagement en développant leurs compétences humaines et managériales à travers la conduite d'un projet d'équipe. 3) Faciliter leur insertion professionnelle en les amenant à se constituer un premier réseau de professionnels et d'entreprises. Nous espérons ainsi contribuer à faire émerger une nouvelle génération d'entrepreneurs, mais surtout d'"intrapreneurs" capables de faire évoluer l'entreprise de l'intérieur.

Les recruteurs insistent de plus en plus sur l'engagement citoyen des candidats...

Parce que c'est un vecteur de compétences et d'expériences. Mais aussi parce que c'est un facteur discriminant au sein d'une génération globalement très diplômée. On observe, au fil du temps, chez les étudiants d'Enactus les plus ­investis, une réelle évolution dans la manière de s'exprimer, de prendre du recul...

Comment s'y prend Enactus pour développer l'esprit d'entrepreneuriat et de responsabilité ?

Nous misons sur le "learning by doing" à travers la réalisation d'un projet d'équipe. En matière d'entrepreneuriat, les établissements demandent beaucoup aux étudiants de travailler sur le business plan. Nous, on leur demande de l'action, des rencontres, des résultats... C'est une véritable expérience managériale. Une fois qu'ils se sont réparti les rôles au sein de l'équipe, ces jeunes doivent se déplacer sur le terrain afin de définir un enjeu, puis imaginer un projet et le développer. Ils sont accompagnés, durant l'année universitaire, par un ensei­gnant référent et par des professionnels (de l'ESS ou non). Chaque équipe a aussi accès aux rencontres, ateliers thématiques et événements nationaux organisés par l'équipe d'Enactus France.

Le réseau s'étend
Membre du réseau international Enactus (66.500 étudiants, 1.600 universités dans 36 pays), l'association naît en France en 2002. Elle compte alors cinq membres : Sciences po Paris et quatre écoles de commerce. En 2013-14, elle est présente dans 41 établissements (13 universités et instituts, 19 écoles de commerce et 9 d'ingénieurs) contre 32 en 2012-13. Soit un peu plus de 1.200 étudiants mobilisés sur 113 projets, à raison de 30 membres et 3 projets par équipe en moyenne. "Parfois, le projet fait l'objet d'un module pédagogique sur un ou deux semestres avec ECTS (European Credits Transfer System) à la clé, précise Aymeric Marmorat. Dans d'autres, il s'inscrit dans le cadre d'une association. Parfois, c'est un peu les deux..." CP
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