Benoist Apparu (député UMP) : « Je ne cache pas mes ambitions ministérielles »

Propos recueillis par Fabienne Guimont et Virginie Bertereau
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Benoist Apparu (député UMP) : « Je ne cache pas mes ambitions ministérielles »
Le rapporteur de la loi LRU officie sur plusieurs fronts. Le 27 mai 2009, Benoist Apparu doit présenter en commission de l’Assemblée nationale son rapport sur la réforme du lycée. Un document qui comptera deux projets différents, la droite et la gauche n'ayant pu se mettre d'accord au sein de la mission d'information. Il en livre ses principales propositions à Educpros. Le député UMP de la Marne a également joué un rôle politique dans le conflit sur le statut des enseignants-chercheurs.

Quelles propositions allez-vous formuler dans le cadre de la mission d’information parlementaire sur le lycée ?

Il faut donner du sens à la réforme. Concrètement, cela signifie repenser totalement l’architecture du parcours scolaire. A la place du primaire-collège-lycée qui isole le primaire et coupe le secondaire en deux, il faut un premier bloc primaire-collège avec une culture commune pour 100 % des jeunes d’une génération et un deuxième bloc lycée-licence. Quand on a créé le bac, c’était une finalité en soi. Aujourd’hui, le lycée est fait pour préparer au supérieur et tous les bacheliers généraux et technologiques ont vocation à y aller. A la sortie de la Seconde Guerre mondiale, les futurs instituteurs devaient avoir un niveau de troisième pour passer le concours d’entrée à l’Ecole normale. Demain, il leur faudra un master.

Vous ne pensez pas que les lycéens ont besoin de plus de concret pour comprendre la réforme ?

Je suis d’accord, mais ils veulent aussi voir où on veut les emmener. Par ailleurs, mon boulot n’est pas de parler seulement aux lycéens, de faire de la démagogie pour les mettre dans ma poche. Mon boulot de député, c’est de parler à tout le monde et de faire un bon lycée.

Vous souhaitez également repenser le système d’orientation ?

On va essayer de partir sur une spécialisation et une orientation progressives. On prévoit une seconde indifférenciée où l’élève testera les nouvelles matières, y compris la techno. En première, érigée en deuxième pallier, on va probablement partir sur une filière générale et une filière technologique. Et avoir la vraie spécialisation en terminale. Ainsi, on permet beaucoup plus facilement les réorientations.

En outre, si on considère que le bac n’est pas une fin en soi, il faut amener 100 % des bacheliers généraux mais aussi technologiques dans le supérieur (contre 75 % aujourd’hui). Cela signifie qu’il faut probablement instaurer des quotas de bacheliers technologiques dans les IUT (au moins 50 %) et déspécialiser la première année d’université à la manière de la L1 santé. On pourrait penser à une L1 droit-économie-gestion par exemple. Par ailleurs, de mon point de vue, il faudra à un moment ou à un autre que les BTS et les classes prépas repartent dans l’université. Si on continue à enlever les 10 % d’étudiants les meilleurs aux universités, on finira par les tuer.

De quels moyens avez-vous besoin pour réformer le lycée ?

Les moyens du lycée me paraissent suffisants, à condition d’en réorienter. Par exemple, en ce qui concerne le temps scolaire, je propose une semaine à « 35 heures TTC », travail personnel compris, contre 45 à 50 heures actuellement. Et pour « démocratiser » le travail à la maison, l’idée serait d’effectuer 5 heures d’études au lycée. Dans le bloc de 30 heures d’enseignement (contre 37-38 en moyenne aujourd’hui), on va préconiser 3 heures hors cours magistral pour faire de l’orientation, de la méthodologie, du travail en groupe, de l’aide personnalisée… Il faudrait réinjecter les postes économisés dans le dispositif, sachant qu’une heure de cours en moins correspond à peu près à 1000 postes d’enseignants.


Vous n’êtes pas seul à travailler sur le lycée. Richard Descoings, par exemple, rendra ses propres propositions en même temps que vous…

Cela signifie qu’il existe une prise de conscience, un besoin de réformer le lycée.
Le cahier des charges de Richard Descoings est 1 000 fois plus compliqué que le mien. Il doit travailler sur une réforme applicable en 2010. Moi, ce que je vais préconiser n’a pas vocation à être appliqué tout de suite. J’ai un objectif à quatre - cinq ans. J’ai plus de marges de manoeuvre que lui.

Vous avez fait une proposition de loi – aujourd’hui retirée – amendant la LRU sur l’élection du président de l’université. Pourquoi ? Et pourquoi en ce moment ?

Je l’ai retirée suite à un communiqué syndical car effectivement ce n’était pas l’idée du siècle en ce moment. Je l’avais déposé il y a trois ou quatre mois et elle n’est sortie que maintenant… Je la redéposerai en vue des prochains renouvellements de conseil d’administration. Il est incompréhensible que les membres extérieurs des CA d’université n’élisent pas le président. Pécresse a bougé sur ce point par rapport au débat sur la LRU en 2007 pendant lequel j’avais déjà défendu cette idée. Si ces membres extérieurs participent à l’élection du président de l’université, il faut qu’ils soient nommés avant par une commission ad hoc composée du recteur, de représentants des chambre de commerce, des syndicats, du préfet…

Le mouvement de l’autonomie est enclenché, même s’il est erratique, je n’ai aucun doute sur la LRU. Une trentaine d’universités supplémentaires devraient passer à l’autonomie l’année prochaine entre celles en cours d’audition [par l’IGAENR] et la dizaine de celles qui pouvaient déjà passer à l’autonomie cette année, en stock en quelque sorte.

Quel regard portez-vous sur le mouvement des enseignants-chercheurs ?

Je ne partage pas leurs revendications mais de vraies questions ont été posées. C’est une profession qui s’est sentie insultée entre le discours du 22 janvier [de Nicolas Sarkozy sur la recherche] et le décret ensuite. Ce discours était une erreur, il a été interprété comme tel, à tord ou à raison. Sur le décret, avec le député Fasquelle, nous avons voulu déminer le terrain à droite pour Valérie Pécresse alors qu’il y avait un front syndical entre la gauche et la droite. Actuellement, le mouvement professionnel est quasiment terminé. Ce qui perdure, ce sont les étudiants. Les revendications sont très larges et on ne peut y répondre. C’est pour cela qu’on ne peut pas débrancher le mouvement.

   
Avez-vous d’autres ambitions que celles de rapporteur de mission ?

Je ne cache pas mes ambitions ministérielles. Ce qui ne veut pas dire que je suis candidat au remplacement éventuel de Valérie Pécresse et de Xavier Darcos... Je n’ai pas le niveau et avant de devenir n°1, il faut devenir n°2. Je vise l’après prochaine élection présidentielle pour entrer dans un gouvernement. De toute façon, je pense que Valérie Pécresse et de Xavier Darcos vont rester tous les deux… au moins jusqu’aux régionales.


Propos recueillis par Fabienne Guimont et Virginie Bertereau | Publié le

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