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Bientôt des prépas économiques à l'étranger

Cécile Peltier
Publié le
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Des élèves de prépas nouvellement entrés à HEC.
Des élèves de prépas nouvellement entrés à HEC. // ©  Jean-Marc Biais / HEC Paris
Coûteuses, élitistes, délaissées... Les prépas font l'objet de critiques répétées. Une image "caricaturale", battue en brèche par les membres de l'APHEC, réunis vendredi 27 et samedi 28 mai 2016 à Toulouse business school. Son président, Philippe Heudron, défend ce modèle de formation et entend même l'exporter à l'étranger.

Philippe Heudron, président de l'APHEC (Association des professeurs des classes économiques et commerciales).À l'heure de la classe inversée et des Edtech, le modèle de la classe préparatoire n'est-il pas un peu dépassé ?

Après une décennie de forte croissance, les CPGE (classes préparatoires aux grandes écoles) dans leur ensemble ont connu ces cinq dernières années une stagnation, et même un certain repli. Mais ce phénomène n'a pas touché les classes préparatoires économiques et commerciales, dont les effectifs ont augmenté de plus de 23 % ces dix dernières années.

À la rentrée 2015,
la filière enregistre une progression de 2,1 %,
conforme à ce mouvement. Mais, depuis cette année, on note également une remontée dans les séries littéraire et scientifique. 

Malgré les caricatures dont elles font l'objet, les classes préparatoires ne sont pas dépassées, au contraire. Une bonne partie des métiers actuels auront disparu dans 10 ou 15 ans et ce dont les entreprises ont besoin, c'est de personnes adaptables, dotées d'une solide culture générale et de réelles capacités d'analyse et de synthèse. Exactement les qualités qu'apporte la prépa.

Ne voyez-vous pas dans l'explosion des Bachelors une remise en cause de la classe prépa ?

Les Bachelors ne nous concurrencent pas, puisque nos effectifs continuent d'augmenter. Ils attirent des étudiants en quête d'une formation avant tout professionnalisante, très différents du vivier des classes préparatoires.

Au contraire, l'attrait pour ce diplôme révèle une demande importante des familles et des étudiants pour les filières sélectives au sens large – il suffit de voir le succès des formations universitaires ultrasélectives, type double, voire triple licences.

Il faudrait davantage de places dans ces filières, et notamment en classes préparatoires, pour répondre aux besoins de formation des futurs cadres du pays. C'est aussi une nécessité économique pour les écoles de management, et, plus largement, pour les établissements d'enseignement supérieur privés, affectés par un quasi-assèchement des ressources publiques et confrontés à la nécessité d'atteindre une taille critique.

Une classe préparatoire de 28 élèves coûte beaucoup plus cher par étudiant qu'une classe de 46.

Qu'il s'agisse de la création des classes prépas dans les universités ou de la fermeture de certaines CPGE, les décisions des pouvoirs publics ne semblent pas aller dans ce sens...

Oui, quelques rectorats ont mis en place des classes préparatoires de proximité. Certaines d'entre elles marchent très bien, d'autres, créées avant tout pour satisfaire des hommes politiques locaux (maires ou députés), vivotent puis doivent être fermées, faute de recrutement.  

Heureusement, depuis 2012, la mise en place progressive du pilotage de la carte des formations par les régions permet d'en définir les contours au plus près des besoins des bassins d'emploi.

Dans un contexte de raréfaction des financements publics, un redéploiement des classes préparatoires sur le territoire devrait permettre de répondre à la demande tout en rationalisant les moyens.

Une classe préparatoire de 28 élèves coûte beaucoup plus cher par étudiant qu'une classe de 46. En effet, entre 21 et 35 élèves, le coût marginal d'un étudiant supplémentaire se réduit éventuellement à l'ouverture d'un groupe supplémentaire de TD et aux heures de "khôlles". Et le principe est le même pour les classes dépassant 36 élèves. 

Au-delà de leur coût, les prépas posent également la question de leur élitisme... Est-il possible de continuer à dépenser autant pour un système qui profite surtout aux plus aisés ?

Il ne faut pas voir seulement la prépa à travers le prisme des grandes "parisiennes". Certaines CPGE comptent plus de 30 % de boursiers, et jusqu'à 60 % dans la série ECT (option technologique), qui s'est beaucoup développée ces dernières années.

Au contraire, la prépa favorise la réussite des plus modestes. L'écart de notes entre un boursier et un non-boursier, qui est de deux points à la sortie du bac pour la cohorte d'élèves qui va intégrer une CPGE, se réduit à 0,5 points après deux années de classe préparatoire.

En soi, la prépa peut jouer un rôle d'ascenseur social. Pour cela, il faut convaincre les familles, mais aussi les professeurs, que les élèves issus de milieux populaires ont leur place en classe préparatoire. C'est ce que nous tentons de faire chaque année, en écumant les lycées des zones rurales enclavées comme ceux des quartiers sensibles.

Le dispositif "Meilleurs bacheliers", proposant une filière sélective aux 10 % de meilleurs élèves, vise justement à lutter contre l'autocensure. Dans ces conditions, pourquoi le critiquer ?

Nous manquons encore un petit peu de recul sur ce dispositif mis en place il y a seulement deux ans, mais les premiers retours de terrain sont mitigés. Sous couvert d'ouverture sociale, il semblerait qu'il profite surtout à des jeunes issus de milieux plutôt aisés – 75 % des bénéficiaires ont des parents qui gagnent plus de 72.000 euros par an. Il se réduit finalement à des échanges d'élèves entre classes préparatoires de même renommée. 

Des élèves acceptés dans d'autres filières sélectives absentes d'APB – telles que Sciences po, Dauphine, etc. – n'ont pas honoré la place qui leur était offerte en prépa. Ils n'ont pas prévenu, laissant ces places vacantes.

Ces formations s'adresseraient à des locaux et des expatriés, désireux d'intégrer un programme grande école sur place ou en France.

Dans ce contexte, la création de classes préparatoires à l'étranger que vous appelez de vos vœux a-t-elle des chances d'aboutir ?

Oui, même si, pour l'instant, rien n'est acté. Les choses bougent et devraient avancer rapidement. Depuis 2010, nous souhaitons créer une classe préparatoire sur le campus de Skema à Raleigh (États-Unis). La réussite de ce projet était jusqu'à présent suspendue à la volonté du ministère de l'Enseignement supérieur de détacher des professeurs et de labelliser la formation, mais il semblerait que ces obstacles soient levés.

Nous réfléchissons avec Kedge à monter des CPGE à Dakar ; avec deux lycées privés français à Londres, et avec l'université de Columbia sur la côte Est des États-Unis. Nous sommes également en discussion avec un représentant du gouvernement iranien. 

Ces formations s'adresseraient à des locaux et des expatriés, désireux d'intégrer un programme grande école sur place ou en France. Pour le ministère, le principal frein est d'ordre financier. Mais nous arriverons à faire porter les coûts de formation par les familles, des fondations ou bien le fundraising.


Cécile Peltier | Publié le

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