C. Neau-Leduc (Université Paris 1) : "Cette alliance, c'est une entente sur la manière de concevoir Paris 1"

Amélie Petitdemange
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Université Paris 1 Panthéon Sorbonne - Site du Panthéon - Paris - Septembre 2015
Université Paris 1 Panthéon Sorbonne - Site du Panthéon - Paris - Septembre 2015 // ©  EducPros
La juriste Christine Neau-Leduc a été élue présidente de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne le 14 janvier 2021, grâce à une alliance avec une autre candidate. Elle expose les enjeux et projets de son mandat.

Votre élection a pris un an, avec plusieurs votes et plusieurs administrateurs provisoires. Quels ont été les points d'achoppement ?

 // © Pascal Levy / Panthéon-Sorbonne

Les élections devaient avoir lieu fin mars 2020 mais ont été décalées à cause du Covid. Finalement, elles se sont tenues fin novembre, le temps de mettre en place le vote électronique et de refaire les listes électorales. Je n'ai pas été élue au premier tour, mais au second. Le point d'achoppement, c'est qu'il manquait une voix pour la majorité absolue. Nous avons fait le choix de nous allier avec Soraya (Soraya Messai-Bahri, candidate d'une liste dissidente, NDLR) pour créer une équipe commune. Elle est désormais vice-présidente.

Nous venons de construire une équipe équilibrée et solide. Ce sont des gens qui ont déjà de l'expérience au sein de l'université et qui sont très investis. Nous ne partons pas la fleur au fusil mais il y a un vrai enthousiasme.

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Comment comptez-vous rassembler malgré le manque de cohésion au sein de Paris 1 ?

Cette alliance, c'est une entente sur des projets et une manière de concevoir Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Les vice-présidents sont ceux qui ont voulu participer à ce projet commun et ça se passe bien.

Ce n'est pas une exclusion de la troisième liste PULS (Pour une université libre et solidaire, NDLR), nous les rencontrons régulièrement, ainsi que les syndicats et les étudiants. Je suis très attachée à être dans le dialogue. Nous œuvrerons pour Paris 1 ensemble, en écoutant les problèmes et les propositions.

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Vous êtes la deuxième femme à présider Paris 1 depuis sa création en 1971. Comment l'expliquez-vous ? Avez-vous des objectifs quant à l'égalité femmes / hommes à l'université ?

Je ne crois pas qu'il y ait eu de votes contre les femmes mais plutôt peu de candidates. Cela peut être une autocensure ou une absence d'envie, je ne sais pas. Cela dit, j'observe une féminisation des professions, notamment chez les enseignants-chercheurs.

La référente égalité hommes-femmes a été nommée début mars, elle aura un travail important à mettre en place. Nous mettrons en exergue des statistiques sur la place des hommes et des femmes selon les postes. Cela varie beaucoup selon les disciplines, l'objectif est de favoriser l'égalité dans les postes à responsabilité.

Je ne crois pas qu'il y ait eu de votes contre les femmes mais plutôt peu de candidates.

Je souhaite aussi mettre en place des mécanismes de prévention en matière de violence et de harcèlement sexuel et moral. Des cellules de veille, de soutien et d'accompagnement vont être mises en place. Il y a énormément de problèmes dans l'accompagnement des victimes, qu'il s'agisse d'étudiants ou de membres du personnel.

Je suis spécialiste du droit au travail, je suis donc très attentive à la qualité de vie au travail. C'est un travail de longue haleine, je ne sais pas si quatre ans suffiront mais nous ferons avancer les choses.

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Un nouveau campus pour les étudiants en histoire, géographie et philosophie ouvrira Porte de la Chapelle, en 2024. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce projet ?

Ce campus de 20.000 m2 accueillera 3.500 étudiants des licences en sciences humaines et quelques masters 2. Nous n'accepterons pas plus d'étudiants : ce sont des étudiants du site de Tolbiac qui iront sur ce campus, car nous sommes notoirement sous dotés en mètre carrés. Même avec ce nouveau campus, nous manquerons encore de place.

Même avec ce nouveau campus, nous manquerons encore de place.

Les locaux seront prêts pour septembre 2024. Nous avons pris du retard à cause d'une accumulation de problèmes : terrain occupé par une bulle d'accueil pour des réfugiés, fouilles archéologiques préventives, retard dans l'autorisation du permis de construire… Le problème, c'est que nous avons déjà rendu le bâtiment de la rue de Tolbiac. Nous allons donc manquer de salles et d'un resto U jusqu'à la rentrée 2024.

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Quels sont les autres projets de votre mandat ?

Nous développerons l'université européenne UNA Europa, qui a été créée dès 2018 comme une association d'universités puis a remporté un appel d'offres. Huit universités sont représentées à Berlin, Cracovie, Madrid, Bologne, Edimbourg, Helsinki et Louvain. Nous travaillons sur cinq thématiques internes de recherche : santé, développement durable, intelligence artificielle, études européennes, patrimoine culturel.

Nous portons des projets de doctorats et de bachelors européens et bien sûr l'objectif est de favoriser la mobilité des personnels et des plus de 400.000 étudiants de ces universités. Nous réfléchissons aussi à des rapprochements entre les fonds documentaires et les bibliothèques de ces universités.

Par ailleurs, nous participerons au projet PIA 4 (quatrième Programme d’investissements d’avenir, NDLR), avec le campus Condorcet et d'autres projets de l'établissement. Créé en 2019, le campus Condorcet réunit des équipes de recherche de 11 partenaires. De 20 à 25% des équipes de recherche de Paris 1 Panthéon-Sorbonne sont installées sur ce campus, avec des doctorants et ponctuellement des masters 2.

Retrouvez la biographie EducPros de Christine Neau-Leduc


Amélie Petitdemange | Publié le