C. Ris (UNC) : "L’université doit être identifiée comme un outil de développement de la Nouvelle-Calédonie"

Amélie Petitdemange
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C. Ris (UNC) : "L’université doit être identifiée comme un outil de développement de la Nouvelle-Calédonie"
L'Université de Nouvelle-Calédonie, au milieu des palmiers, est l'une des trois universités françaises du Pacifique. // ©  photo fournie par l'établissement
Catherine Ris a été élue présidente de l’Université de la Nouvelle-Calédonie en août 2021. Première femme à présider cet établissement, elle veut renforcer le rayonnement de l’université dans sa région et développer les partenariats avec les pays voisins.

Vous avez été élue en août dernier à la tête de l'Université de Nouvelle-Calédonie. Quelles seront les priorités de votre mandat ?

 // © UNC

Une de mes priorités, c'est le renforcement du rayonnement de l’université. Nous avons pour objectif un rayonnement plus large au niveau régional et de la zone Pacifique sud.

Il faut ne serait-ce qu'identifier la Nouvelle-Calédonie sur la carte : nous sommes très isolés, éloignés de la métropole et des grands centres métropolitains. Cela passe aussi par l’identification de l’université comme un outil de développement de la Nouvelle-Calédonie, à travers le transfert de compétences et des thématiques de recherche en lien avec le territoire.

Dans la zone Pacifique sud, nous avons aussi des infrastructures qui peuvent nous rendre intéressants pour les universités australiennes et néo-zélandaises. Nous avons par exemple une plateforme de microscopie électronique et un vectopole en partenariat avec l'institut Pasteur pour travailler sur les maladies vectorielles transmises par les moustiques et les rats. Nous allons accélérer nos collaborations dans un objectif de développement durable. L'objectif, c'est de faire des projets de recherche commun dans l’ensemble de la région et se faire accréditer par l'OMS.

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Avez-vous des enjeux particuliers sur le volet financement ?

Effectivement. Nous devons trouver un mode de financement spécifique et créer des partenariats avec le secteur privé. Nous avons une fiscalité propre en Nouvelle-Calédonie, nous ne bénéficions pas de la fiscalité incitative pour la recherche comme en métropole.

Le droit du travail n’est pas le même non plus, nous devons donc créer nos propres dispositifs. Les modes de financement sont actuellement en réflexion par un cabinet d’études qui va donner ses résultats en juin. Nous nous orientons peut-être vers un fonds d’investissement.

Comment allez-vous développer la recherche au sein de l’UNC ?

Nous accompagnons de plus en plus d’équipes pour répondre à des appels à projets régionaux ou internationaux. Nous avons obtenu un financement européen pour le projet H2020 (horizons 2020) sur les modes de vie et l'alimentation.

Nous avons pour but de créer un réseau de chercheurs sur ces thématiques, nous sommes déjà associés à des universités australiennes et européennes. L'idée, c'est de porter des projets de recherche à l’échelle de la région.

Université : comment les chercheurs européens coopèrent-ils ?

Vos recherches, en tant que chercheuse, ont notamment porté sur la réduction des inégalités. Comment souhaitez-vous agir pour réduire la précarité des étudiants calédoniens ?

Malheureusement, nous n'avons pas de Crous en Nouvelle-Calédonie. Les étudiants reçoivent des bourses et la maison de l’étudiant remplace les services sanitaires et sociaux, mais pas dans la même mesure. Les étudiants doivent se déplacer pour déposer les dossiers de bourses, auprès d'une agence immobilière qui gère les logements universitaires. Nous aimerions avoir un guichet unique pour que l’étudiant ait l'ensemble des aides, informations et renseignements.

Le taux de boursiers est de 15 points inférieur au niveau national alors que le taux de pauvreté est bien plus élevé.

Les œuvres universitaires dépendent de l'Etat mais tout ce qui concerne le logement et la protection, ce sont des compétences des provinces en Nouvelle-Calédonie. Le taux de boursiers est de 15 points inférieur au niveau national alors que le taux de pauvreté est bien plus élevé.

On peut l’expliquer par le non-recours mais aussi parce que les critères d'attribution sont les mêmes qu’en métropole. Pourtant, le coût de la vie est beaucoup plus élevé et donc le pouvoir d’achat est plus faible qu’en métropole. Résultat, certains étudiants en bas de l’échelon des bourses abandonnent leurs études.

Le salaire minimum est plus faible en Nouvelle-Calédonie donc une grande partie de la population a des revenus modestes et n’envoie pas ses enfants dans le supérieur. Le taux de poursuite d’études dans le supérieur est plus bas qu’au national. Cela est aussi dû au fait que nous avons beaucoup de bacs professionnels : il y a 36% de bacs généraux en Nouvelle-Calédonie contre 53% en métropole.

Logements étudiants : malgré des constructions, l'offre reste insuffisante

Un diplôme universitaire en métallurgie ouvrira en juillet 2022. D’autres formations ont-elles été créées récemment ou vont-elles l'être prochainement ?

Il n'y a pas d’autres nouveaux diplômes prévus. Nous sommes sur la dernière année d’évaluation du Hcéres donc la nouvelle offre de formation est prévue pour 2024. Nous y travaillerons dans les prochains mois.

Nous avons ouvert en septembre dernier un nouveau master en sciences de la durabilité. Nous avons aussi créé un master régional qui associe l'Université du Pacifique Sud à Fidji et l’Université de Polynésie française. Ce master a des mineures qui donnent un éclairage sur les enjeux contemporains du Pacifique, des problématiques de genre, de santé, et des enjeux globaux de la région.

L’Université de Nouvelle-Calédonie, l'Université du Pacifique Sud à Fidji et l’Université de Polynésie française codélivrent ce diplôme qui accueille pour l'instant une vingtaine d’étudiants. C'est la première brique d’un réseau plus large qu’on aimerait mettre en place pour offrir plusieurs masters importants pour la région comme la santé ou l’animation. Nous voulons ensuite amener sur des formations doctorales avec des cotutelles de thèse. Nous en avons déjà quelques-unes mais nous voulons monter en puissance sur ces partenariats.


Amélie Petitdemange | Publié le