C. Vautrin (Avuf) : "On ne se décrète pas ville étudiante, on est reconnue comme telle par les étudiants"

Pauline Bluteau
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C. Vautrin (Avuf) : "On ne se décrète pas ville étudiante, on est reconnue comme telle par les étudiants"
Pour le logement ou les transports, les villes ont un rôle fondamental à jouer dans la vie quotidienne des étudiants. // ©  Stephane AUDRAS/REA
Parfois sous-estimé, le rôle des villes est pourtant essentiel pour attirer les étudiants. Depuis 2014 à la présidence de l’Avuf (association des villes universitaires de France), Catherine Vautrin a d’ailleurs remarqué quelques transformations dans le paysage des villes universitaires. Un constat qui fait écho au classement des villes étudiantes 2020-2021 publié sur l’Etudiant.

Le 9 septembre dernier, vous avez été réélue à la présidence de l’Avuf. Parmi vos priorités figurent des thématiques similaires à celles des établissements du supérieur. Pouvez-vous l’expliquer ?

 // © j.driol

En effet, les trois prochaines années, nous allons travailler sur la santé des étudiants, tout simplement parce qu’avec les élus, nous estimons qu’elle n’est pas forcément prise en compte. Il y a beaucoup de choses à faire dans ce domaine-là. En travaillant en lien avec les établissements, l’Avuf se positionne comme une autre porte d’entrée et permet d’avancer sur ces sujets.

Il y a aussi de vraies questions concernant l’attractivité internationale. Que ce soit l’accueil des étudiants étrangers – sachant que si certains sont déjà arrivés ce n’est pas toujours simple pour eux, surtout quand les cours sont en distanciel – mais aussi pour les étudiants qui devaient effectuer, cette année, une partie de leur scolarité à l’étranger. On sent bien qu’il y a une difficulté supplémentaire avec la crise. Il faut absolument que nous poursuivions cette approche internationale. Nous devons être vigilant pour que tous nos efforts en matière d’attractivité ne soient pas vains.

Quant au numérique, il est devenu une priorité avec la crise sanitaire.
Pendant le confinement, certains étudiants sont restés dans leur ville d’études pour éviter la fracture numérique. Cela les a conduits à rester seuls avec tous les problèmes que cela a engendrés. Aujourd'hui, nous réfléchissons à trouver des endroits qui pourraient les accueillir si d’aventure ils ne pouvaient plus aller dans leur établissement.

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Pourquoi est-ce si nécessaire que les villes s’impliquent en faveur des étudiants ?

Quand les étudiants font un choix pour leur orientation, ils font le choix d’un établissement mais aussi celui de la ville dans laquelle ils vont passer du temps. On ne se décrète pas ville étudiante, on est reconnue comme telle en fonction de la perception que les étudiants en ont.

Cela va donc jouer sur les transports et les logements avec un phénomène nouveau, certaines villes ont tellement d’étudiants que cela devient compliqué en termes d’accueil. C’est le cas à Lyon et Toulouse où l’accès au logement est extrêmement cher, où la disponibilité n’est pas évidente et où les transports posent quelques fois des difficultés.

Les besoins spécifiques des étudiants génèrent une métamorphose du quartier.

Il y a également l’offre culturelle, l’offre sportive et la capacité de la ville à créer des événements autour des étudiants. Même si la situation est plus compliquée depuis la crise sanitaire, il est important que la ville crée des conditions pour accueillir le primo-arrivant et faire en sorte que ce soit plus facile pour lui. Cet accueil va même plus loin : il arrive que l’installation d’un établissement dans un quartier conduise la ville à repenser cet espace. Lorsque vous voyez arriver des étudiants internationaux, d’autres types de commerces émergent et l’offre évolue considérablement parce que les besoins spécifiques des étudiants génèrent une métamorphose du quartier.

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Vous évoquez les transports et les logements, deux principaux postes de dépenses pour les étudiants, est-ce que les villes vont assez loin sur le sujet ?

Concernant les transports, les villes travaillent de plus en plus sur les mobilités douces. Il y a aussi des adaptations aux besoins des étudiants avec les transports de nuit ou encore la gratuité dans certaines villes… Je sais que des efforts sont faits et les villes avancent dans ce domaine pour permettre aux étudiants d’éviter au maximum la précarité.

Concernant les transports, les villes travaillent de plus en plus sur les mobilités douces.

Pour ce qui est du logement, nous travaillons actuellement sur un projet de labellisation. Le but de la manœuvre est de permettre aux étudiants qui viennent de recevoir une réponse sur Parcoursup d’accéder rapidement et facilement à l’offre de logements. Ce label permettrait d’éclairer les étudiants et leurs parents en mettant en avant les efforts sur la qualité d’équipement, d’entretien, de sécurité, de propreté… et qu’ils sachent qu’ils peuvent y aller en toute confiance, sans mauvaise surprise. Pour nous, c’est important de proposer une offre de logements correcte et à un coût accessible.

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Les étudiants sont, chaque année, plus nombreux et beaucoup ont fait part, cette année, de leurs difficultés à trouver un logement pour la rentrée. Quelle est la solution ?

Les très grandes villes commencent à mettre en avant leur attractivité auprès des étudiants mais cela devient compliqué en termes de logement et transports. C’est un discours très nouveau que je n’avais jamais entendu de leur part jusqu’à maintenant. Il est possible que petit à petit on sorte des 15 grandes villes universitaires traditionnelles car les étudiants vont regarder comment étudier ailleurs.

Cela amène donc à une réflexion des élus et à l’idée que les villes moyennes sont aussi engagées. Les villes progressent et font des efforts, elles investissent car c’est un élément d’attractivité majeur. Cela permet d’être considérée comme une ville étudiante. Les villes qui ont des pôles universitaires de proximité offrent une qualité d’enseignement et des possibilités de qualité de vie. Là-dessus il y a une complémentarité – et non une concurrence – à jouer.

Quel que soit l’endroit où vous habitez dans le pays, avec un pôle universitaire de proximité, vous pouvez entrer dans l’enseignement supérieur.

Développer ces pôles de proximité est aussi un moyen pour les jeunes d’accéder à l’enseignement supérieur. J’y suis très attachée car on touche à la notion de l’égalité des chances. Quand un jeune habite une ville de taille plus petite comme Charleville-Mézières, s’il n’a pas un département d’IUT qui lui permet d'étudier près de chez lui avant de poursuivre son parcours à Reims, je ne suis pas sûre qu'il irait vers l’enseignement supérieur.

Quel que soit l’endroit où vous habitez dans le pays, avec un pôle universitaire de proximité, vous pouvez entrer dans l’enseignement supérieur.

Malgré votre volonté, vous sentez-vous écoutée par les acteurs publics ?

C’est une vraie question. Aujourd’hui, les budgets des villes sont conséquents, nous devons donc être associés aux décisions et pouvoir intervenir régulièrement sur les sujets qui concernent l’enseignement supérieur. Parce que finalement… ce sont tous des sujets urbains.


Pauline Bluteau | Publié le

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