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Philippe Brincard (CEA) : "GIANT comptera parmi les 10 meilleurs campus technologiques mondiaux"

Propos recueillis par Céline Authemayou
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Le campus GIANT, implanté sur la presqu'île grenobloise. ©GIANT
Le campus GIANT, implanté sur la presqu'île grenobloise. ©GIANT // ©  GIANT

Après la Silicon Valley, direction Grenoble. Le 14 février 2014, Geneviève Fioraso posera la première pierre de l’extension de l’école d’ingénieurs Grenoble INP – Phelma. Ce chantier s’inscrit dans le cadre du développement du campus d’innovation technologique GIANT (Grenoble Innovation for Advanced New Technologies), initié en 2008 et porté par huit partenaires. Philippe Brincard, responsable de l’équipe Stratégie de l’aménagement et des services au CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies renouvelables) revient sur ce "géant", qui entend bien devenir l’un des dix meilleurs campus technologiques mondiaux.

Voilà six ans que le projet GIANT a été initié. Il réunit huit membres fondateurs. Aujourd’hui, où en sont les chantiers, concentrés dans le quartier de la presqu’île à Grenoble ?

Les premiers bâtiments sont désormais sortis de terre. C’est le cas par exemple de  GreEn-Er, école de l’énergie et de la gestion d’eau. Le CEA et le CNRS disposent également depuis quelques mois de nouvelles infrastructures. Sur les trente chantiers prévus, une bonne dizaine sont déjà terminés.
Mais GIANT, c’est aussi un projet urbain, qui avance lui aussi, grâce notamment au label EcoCité décroché par la ville. Le site de la presqu’île accueillera, en plus des infrastructures de recherche et de formation, des lieux de vie. Des logements vont être construits, notamment pour les étudiants, mais aussi des habitats à caractère social et d’autres destinés aux personnes âgées. Le but est de construire un nouveau concept de vie. Nous visons 2015-2017 pour que tout soit opérationnel.

Ce campus a été pensé pour réunir autour d’un même projet formation, recherche et industrie. La création de valeur passe-t-elle obligatoirement par ce triptyque ?

L’objectif premier de GIANT est clair : c’est le transfert technologique. Pour cela, il est indispensable d’accueillir les entreprises au sein des laboratoires. La proximité géographique de tous les acteurs s’avère donc fondamentale. D’autant plus que cela profite aussi aux formations du campus : les jeunes qui poursuivent en thèse prennent l’habitude d’être au contact des industries. Et leur premier emploi en découle très souvent.
L’autre objectif du campus est de miser sur la mutualisation des forces. En termes de coûts, la création d’une salle blanche par exemple est très onéreuse, tout comme les équipements nécessaires à son fonctionnement. En réunissant plusieurs acteurs, on arrive à gagner en efficacité mais aussi à obtenir une masse critique suffisamment importante pour être reconnus à l’international.

Pour un transfert technologique optimal, la proximité géographique de tous les acteurs s’avère fondamentale

Acquérir une légitimité à l'étranger est d’ailleurs le but ultime, puisque GIANT espère devenir l’un des dix meilleurs campus technologiques mondiaux. Le challenge est de taille, dans un univers de plus en plus concurrentiel…

Plusieurs éléments nous permettent d’observer que GIANT commence à être un lieu d’attraction. Depuis 2012, Grenoble a initié le High Level Forum qui réunit chaque année une quinzaine de clusters de grandes universités, parmi lesquelles figure par exemple le MIT (Massachusetts Institute of Technology). Durant trois jours, les établissements réfléchissent à leur évolution et à ce qui composera les campus de demain. En 2012, la ville accueillait l’événement. En 2013, il se tenait sur le campus de Caltech (California Institute of Technology), aux Etats-Unis. La prochaine édition reviendra à Grenoble. C’est pour nous une preuve que notre campus compte sur le plan international.
De plus, ce n’est pas pour rien si Toyota a choisi Grenoble pour installer son centre de démonstration européen ou que Schneider Electric se reconcentre sur la presqu’île avec la construction de deux centres internationaux de recherche.

Quels sont les campus technologiques dont GIANT s'inspire ?

Outre Caltech que j'évoquais, il y a aussi bien évidemment le MIT, avec qui nous partageons une même vision du concept de campus : la formation et la recherche sont très proches de l’industrie.

Il nous manque le sponsoring des grandes industries. Il faut dire que cette culture n’existe pas du tout en France

Actuellement, que manque-t-il à GIANT pour rivaliser avec ces établissements ?

Il nous manque clairement le sponsoring des grandes industries. Les laboratoires de ces campus bénéficient du financement d’entreprises privées, qui sont prêtes à faire un don pour l’avancement de l’innovation. En ce qui nous concerne, nos travaux sont financés essentiellement grâce à des fonds qui viennent de l’Etat. Et la période actuelle n’est pas propice à l’augmentation des aides. Même s’il faut bien reconnaître que Grenoble a la chance d’être très soutenue.

Cette différence est-elle avant tout une affaire de culture ?

En effet, cette culture de sponsoring n’existe pas du tout en France. Et de façon plus pragmatique, il est très complexe pour une entreprise de faire un don, ne serait-ce qu’en matière de fisc ou d’administration. Aujourd’hui encore, rien n’est prévu pour cela.

Le campus d'innovation GIANT, en chiffres

GIANT aujourd'hui :
- 6.000 emplois dans la recherche
- 5.000 emplois industriels
- 5.000 étudiants
- 300 habitants

Les objectifs :

- 10.000 emplois dans la recherche
- 10.000 emplois industriels
- 10.000 étudiants
- 10.000 habitants

Huit membres fondateurs :
- deux organismes de recherche : le CEA et le CNRS
- trois établissements d'enseignement supérieur : Grenoble École de management, Grenoble INP et l'université Joseph-Fourier
- trois grands instruments européens de recherche : le Laboratoire européen de biologie moléculaire (EMBL), le synchrotron ESRF et l'Institut Laue-Langevin.


Propos recueillis par Céline Authemayou | Publié le

Vos commentaires (1)

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Sirius.

Magnifique projet. Mais on est étonné par le pilotage et le financement uniquement publics. Les propos sur le "sponsoring des grandes industries" laissent penser que l'échec est justifié. La "culture" est un mauvais alibi et les moyens juridiques et fiscaux existent. Sinon, comment expliquer qu'HEC a pu lever plus de fonds à elle seule que toutes les universités françaises réunies. Mais il faut d'abord ne pas raisonner en termes de "don" mais en termes de partenariat. Ensuite il faut recruter des spécialistes venant du monde de l'entreprise, etc. Autrement dit il faut être professionnel.

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